Une salle Imane Khelif au lycée Arnaud-Beltrame à Meyzieu, provoque une polémique politique !

Le lycée Arnaud-Beltrame de Meyzieu souhaitait inaugurer une salle polyvalente au nom d’Imane Khelif, championne olympique algérienne de boxe. Le choix, issu d’un projet pédagogique sur l’égalité filles-garçons et d’un vote interne des élèves et personnels, a déclenché l’opposition du RN et du groupe UDR/RN à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui dénoncent une « dérive wokiste ». L’inauguration, prévue le 7 mai, a finalement été reportée.

Publié : 11h57 par La Rédaction

Imane Khelif
Crédit : D.R ( Imane Khelif - Instagram )

Une salle, un nom, et une polémique ! À Meyzieu, dans l’Est lyonnais, le nom d’une salle polyvalente est devenu un sujet politique. Le lycée Arnaud-Beltrame avait prévu d’inaugurer, le 7 mai 2026, un nouvel espace baptisé Imane Khelif, en hommage à la boxeuse algérienne sacrée championne olympique aux Jeux de Paris 2024. Le projet a été lancé dans le cadre d’un travail mené autour de l’égalité entre les filles et les garçons. 

Selon les éléments communiqués par l’établissement, la démarche remonte à l’année scolaire précédente. Le club égalité filles-garçons du lycée avait engagé une réflexion autour de figures féminines inspirantes. Plusieurs noms auraient été proposés aux élèves et aux personnels, parmi lesquels Gisèle Halimi, Olympe de Gouges et Imane Khelif. Le choix final s’est porté sur la boxeuse algérienne, à l’issue d’un vote interne. 

Un projet défendu par des enseignants

Dans l’établissement, le projet est présenté comme une initiative pédagogique, et non comme une prise de position politique. Contacté par la presse locale, un enseignant du lycée a résumé l’état d’esprit de l’équipe éducative : « Nous ne faisons pas de bras de fer politique, nous respectons seulement une décision interne, prise par le biais d’un vote de nos élèves. » 

Le même professeur explique que de nombreux lycéens se sont identifiés au parcours de la championne olympique. Le profil sportif d’Imane Khelif, son origine algérienne et son parcours international ont visiblement pesé dans le vote. « Beaucoup de nos élèves sont dans des sections sportives et issus de l’immigration. Ils ont un vrai attachement pour l’Algérie. Je pense qu’ils se sont reconnus chez cette athlète », a-t-il indiqué.

Pour la direction, l’objectif était de donner à cette salle un nom associé à la détermination, à l’engagement et à l’égalité. L’établissement porte déjà le nom du colonel Arnaud Beltrame, figure de courage et d’unité nationale, tué après s’être substitué à une otage lors de l’attentat de Trèbes en 2018.

Le RN dénonce une « dérive wokiste »

La controverse a éclaté après l’intervention de la députée RN du Rhône Tiffany Joncour. Élue de la 13e circonscription, elle a dénoncé le choix d’Imane Khelif, estimant que l’école ne devait pas devenir un terrain de bataille idéologique. Sur les réseaux sociaux, elle a lancé : « L’école n’est pas un laboratoire idéologique ».

Dans un message sur X, l’élue a demandé à la Région Auvergne-Rhône-Alpes d’intervenir pour faire retirer cette dénomination. Elle accuse le lycée de mettre en avant une personnalité devenue, selon elle, le symbole d’une controverse internationale sur l’équité dans le sport féminin.

Le groupe UDR/RN à la Région a repris cette critique dans des termes plus larges. Il dénonce une « dérive idéologique et wokiste, qui tend à s'imposer dans les établissements scolaires », au détriment, selon lui, de la neutralité de l’institution scolaire. Il estime que « L’École de la République doit rester un lieu de transmission des savoirs, de respect et de rassemblement, et non un espace de promotion de causes ou de figures controversées ».

La Région tente de bloquer l’initiative

La Région Auvergne-Rhône-Alpes, compétente pour les lycées, a rapidement réagi. Philippe Meunier, vice-président LR de la collectivité, a affirmé avoir « déjà fait le nécessaire pour que cette opération soit immédiatement bloquée ». Il a qualifié le projet d’« initiative interne » et conclu : « On ne lâche rien ». 

Contactée par la presse régionale, la collectivité a précisé qu’elle n’avait pas été associée à la décision. Elle rappelle que, lorsqu’elle nomme des lycées ou des bâtiments relevant de son patrimoine, elle privilégie des personnalités françaises dont le parcours est lié à l’histoire, aux valeurs ou au destin du pays. 

La position régionale n’éteint pas la controverse. Elle la déplace désormais sur le terrain institutionnel : un établissement peut-il attribuer seul un nom à une salle interne, ou cette décision doit-elle passer par une validation formelle ?

L’inauguration reportée au 23 juin

Face à la polémique, le lycée a choisi de revoir son calendrier. L’inauguration, initialement annoncée pour le 7 mai, a été repoussée au 23 juin. Avant toute décision définitive, le nom d’Imane Khelif doit être présenté au conseil d’administration de l’établissement. 

Le rectorat de Lyon a confirmé que cette étape visait à inscrire le projet dans un cadre institutionnel plus clair. Il ne s’agit donc pas, à ce stade, d’une annulation, mais d’un report et d’un réexamen formel. Tiffany Joncour y voit toutefois « une première victoire», tout en affirmant que « rien n’est réglé ».

Imane Khelif, championne olympique au centre d’une controverse internationale

Imane Khelif s’est imposée comme l’une des figures fortes de la boxe féminine en remportant l’or olympique à Paris en 2024 dans la catégorie des moins de 66 kg. Mais son parcours sportif a été accompagné d’une vive polémique sur son éligibilité dans les compétitions féminines. 

La Fédération internationale de boxe, l’IBA, l’avait écartée des championnats du monde en 2023 à la suite de tests d’éligibilité contestés. Cette fédération a depuis été exclue du mouvement olympique, et le Comité international olympique avait autorisé Imane Khelif à concourir aux Jeux de Paris. Le CIO a toujours défendu le fait que les athlètes concernées respectaient les règles olympiques en vigueur. 

La polémique a rebondi en 2025, lorsque World Boxing, appelée à encadrer la boxe olympique pour les Jeux de Los Angeles 2028, a instauré des tests obligatoires liés à l’éligibilité sexuelle. Imane Khelif a contesté cette décision devant le Tribunal arbitral du sport. Elle affirme être née femme et entend poursuivre sa carrière. 

Un débat local devenu national

À l’origine, le projet du lycée Beltrame relevait d’une démarche éducative locale. Il est désormais pris dans une séquence politique nationale, où se croisent plusieurs sujets sensibles : la place de l’école, la neutralité du service public, l’égalité filles-garçons, les débats sur le sport féminin et les tensions autour des figures issues de l’immigration.

Pour les enseignants qui défendent l’initiative, il s’agit d’abord de respecter le choix des élèves et de valoriser une championne olympique reconnue. Pour ses opposants, ce nom ferait entrer dans l’école une controverse qui dépasse le cadre scolaire.

Le conseil d’administration du lycée devra désormais trancher. D’ici là, la salle n’a pas encore officiellement pris le nom d’Imane Khelif. Mais la polémique, elle, a déjà largement franchi les murs de l’établissement.