Opération Marhaba 2026 : les contrôles biométriques inquiètent les MRE avant l’été !

L’édition 2026 de l’opération Marhaba s’annonce particulièrement sensible. Entre le 15 juin et le 15 septembre, l’Espagne expérimentera de nouveaux outils numériques intégrant l’analyse biométrique dans la gestion des passages vers le Maroc. Les autorités promettent un transit plus sûr et plus fluide, mais de nombreux Marocains résidant à l’étranger redoutent des files d’attente prolongées dans les ports les plus fréquentés.

Publié : 13h23 par La Rédaction

Opération Marhaba 2025 (Maroc)
Crédit : DR

À quelques semaines du grand retour estival vers le Maroc, l’inquiétude monte parmi les Marocains résidant à l’étranger. L’opération Marhaba 2026, qui accompagne chaque année les traversées entre l’Europe et le Maroc, sera marquée par une nouveauté majeure : l’intégration de technologies biométriques dans le dispositif espagnol de l’Opération Passage du Détroit.

Le plan validé par les autorités espagnoles prévoit une campagne du 15 juin au 15 septembre. Elle doit encadrer le déplacement de plus de 3,5 millions de voyageurs et de plus de 800 000 véhicules à travers la péninsule ibérique. Le ministère espagnol de l’Intérieur évoque un objectif clair : garantir un transit « cómodo, fluido y seguro », c’est-à-dire confortable, fluide et sûr. 

Des contrôles modernisés avec la biométrie

Cette édition doit servir de test grandeur nature pour un nouveau mode de gestion numérique. Les autorités espagnoles annoncent l’utilisation d’analyses biométriques, combinées à des données en temps réel sur le trafic, les opérations portuaires, la météo ou encore les incidents de dernière minute. 

En parallèle, l’Union européenne a rendu pleinement opérationnel, le 10 avril 2026, son système Entry/Exit System, plus connu sous le sigle EES. Ce dispositif remplace progressivement le tampon manuel des passeports par un enregistrement numérique des entrées et sorties des ressortissants de pays non membres de l’Union européenne effectuant de courts séjours. Il prévoit aussi la collecte de l’image faciale, des empreintes digitales et des données du document de voyage. 

Pour les voyageurs concernés, cette évolution change concrètement le passage aux frontières. Le contrôle devient plus technique, plus automatisé, mais aussi plus dépendant de la rapidité des systèmes informatiques.

Les MRE craignent le retour des longues attentes

C’est précisément ce point qui inquiète une partie de la diaspora marocaine. Durant l’été, les ports d’Algésiras, de Tarifa, d’Almería ou encore les points de passage de Sebta et Melilla connaissent déjà une forte pression. La moindre panne, le moindre ralentissement dans l’enregistrement des données ou la moindre saturation peut provoquer des files importantes.

Les MRE redoutent surtout les premiers jours de forte affluence. Beaucoup craignent que les contrôles biométriques, censés fluidifier les passages à long terme, ajoutent au départ une étape supplémentaire dans un parcours déjà éprouvant. Pour les familles voyageant avec enfants, bagages et véhicules, quelques minutes de plus par passager peuvent rapidement se transformer en heures d’attente.

Une affluence record attendue

Le défi logistique est considérable. Selon les prévisions espagnoles, le trafic devrait encore augmenter de 3 % par rapport à 2025. L’an dernier, l’opération avait déjà atteint un niveau record, avec environ 3,5 millions de voyageurs et plus de 800 000 véhicules. 

Pour absorber cette hausse, Madrid prévoit une coordination renforcée entre les ports, les compagnies maritimes, les services de sécurité et les autorités locales. Neuf ports sont intégrés au dispositif. Le plan de flotte doit aussi fixer le nombre de navires, leur capacité et le rythme des traversées afin d’éviter les blocages aux moments les plus chargés. 

Les autorités espagnoles veulent rassurer

Le ministère espagnol de l’Intérieur insiste sur la dimension préventive du dispositif. La réunion du Comité étatique de coordination et de direction, présidée par Susana Crisóstomo, a validé un plan présenté comme plus moderne et mieux adapté aux réalités de terrain. L’idée est de mieux anticiper les risques, d’analyser les flux en direct et de réagir plus vite en cas d’incident. 

Virginia Barcones, directrice générale de la Protection civile et des urgences, a rappelé l’ampleur de cette opération. Elle l’a décrite comme un véritable défi annuel, en raison de sa taille, de sa complexité et du niveau de coopération qu’elle exige. 

Une modernisation sous pression

Sur le papier, la biométrie doit permettre de mieux sécuriser les frontières, d’identifier plus rapidement les voyageurs et de détecter les situations irrégulières. La Commission européenne affirme que l’EES facilite aussi la lutte contre la fraude à l’identité, grâce à la comparaison des empreintes et des images faciales enregistrées. 

Mais sur le terrain, l’équation reste délicate. L’opération Marhaba concentre en quelques semaines l’un des plus grands mouvements saisonniers de voyageurs en Europe. Toute innovation doit donc être suffisamment fiable pour fonctionner dans des conditions extrêmes : chaleur, affluence, fatigue des passagers, contraintes portuaires et circulation dense.

Un test grandeur nature pour l’Espagne et le Maroc

L’été 2026 dira si cette transition numérique peut réellement améliorer le passage entre l’Europe et le Maroc. Pour les autorités, le pari est celui d’une frontière plus sûre et mieux organisée. Pour les MRE, l’enjeu est plus simple : rejoindre le Maroc sans revivre les scènes d’attente interminable qui ont marqué certaines éditions passées.

L’opération Marhaba reste, pour des millions de familles, bien plus qu’un simple déplacement. C’est le moment du retour au pays. Cette année, ce retour se fera sous le regard attentif des voyageurs, des autorités et des opérateurs maritimes. Le succès du dispositif dépendra d’un point essentiel : moderniser les contrôles sans ralentir ceux qui traversent.