« Allez le dire à tous les mabouls » : Emmanuel Macron recadre les partisans d’une rupture avec l’Algérie

En déplacement en Ariège, Emmanuel Macron a tenu des propos offensifs sur la question des médecins étrangers. Face aux tensions politiques avec l’Algérie, le chef de l’État assume une ligne pragmatique, au moment où ces praticiens sont devenus indispensables au système de santé.

Publié : 27 avril 2026 à 15h10 par La Rédaction

Emmanuel Macron
Crédit : Emmanuel Macron - Facebook

Une sortie musclée sur fond de débat diplomatique. Emmanuel Macron a haussé le ton. Interpellé par un médecin formé à Oran, le président a lancé : « allez le dire à tous les mabouls qui disent qu'il faut se fâcher avec l'Algérie ».

Une déclaration directe, qui vise les tenants d’une ligne dure avec Alger. Sans le nommer, le chef de l’État adresse un message clair à son ancien ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, partisan d’un rapport de force avec le pays nord-africain.

Le casse-tête des médecins hors Union européenne

Au cœur des échanges : la situation des PADHUE, ces praticiens diplômés hors Union européenne. Leur rôle est crucial, mais leur statut reste fragile. Le président n’a pas caché son agacement face aux lourdeurs administratives : « Les 'PADHU' , c'est encore le bordel ». Avant d’ajouter : « C'est un truc qui me rend dingue! Ils font de la médecine et le jour où il faut les titulariser, faut repasser un concours! On a un système qui marche sur la tête ! ».

Aujourd’hui, ces médecins doivent franchir plusieurs étapes avant de pouvoir exercer pleinement : épreuves de vérification des connaissances, parcours de consolidation de deux ans, puis validation par l’Ordre des médecins. Un processus long, souvent dénoncé pour sa complexité.

Une dépendance devenue structurelle

Derrière ce débat administratif se cache une réalité plus profonde. Les médecins formés à l’étranger occupent désormais une place centrale dans le système de santé français. Au 1er janvier 2026, ils représentaient plus de 14 % des praticiens en activité, soit le double d’il y a quinze ans. Leur présence est particulièrement marquée dans certaines spécialités et dans les hôpitaux.

La situation dépasse le simple manque de médecins. Elle révèle surtout des déséquilibres territoriaux et des difficultés à maintenir une offre de soins dans les zones les plus fragiles. Dans ces territoires, les praticiens étrangers assurent souvent la continuité des services.

Le Maghreb, pilier du système hospitalier

La majorité de ces médecins est formée dans les pays du Maghreb. L’Algérie arrive largement en tête avec 38,8 %, suivie de la Tunisie 17% et du Maroc 7 %. Une réalité qui reflète des liens historiques, mais aussi une forme de dépendance.

Dans certains services hospitaliers, leur présence est déterminante, notamment en gériatrie, en pédiatrie ou encore en chirurgie. Ils interviennent là où les besoins sont les plus urgents. Cette contribution est d’autant plus visible dans les zones sous-dotées. Dans certains départements, près d’un médecin sur deux a obtenu son diplôme à l’étranger.

Une reconnaissance encore incomplète

Malgré leur rôle essentiel, ces praticiens restent souvent dans une situation précaire. Plusieurs réformes récentes ont tenté d’assouplir leur intégration, notamment avec des autorisations temporaires d’exercice.

Mais les tensions persistent. En mars 2025, plusieurs centaines de médecins étrangers ont entamé une grève de la faim pour dénoncer leurs conditions. Le gouvernement, lui, insiste sur la nécessité de régulariser progressivement ces situations.

Un enjeu éthique et stratégique

Au-delà des frontières, cette dépendance pose question. L’Organisation mondiale de la santé appelle à un recrutement plus équilibré, afin de ne pas fragiliser les systèmes de santé des pays d’origine.

Car le constat est clair : la France attire des médecins issus de pays où les besoins restent eux aussi importants. Le différentiel de densité médicale entre les deux rives de la Méditerranée illustre cette tension.

Entre urgence et réforme

La prise de position d’Emmanuel Macron assume un cap clair : continuer à s’appuyer sur ces praticiens tout en tentant d’accélérer leur intégration. Un choix pragmatique face à une crise qui s’installe dans la durée.

Mais derrière cette réponse immédiate, une réalité persiste. Le système de santé  reste fragilisé, dépendant de ressources extérieures pour combler ses manques. À défaut de réformes structurelles, cette solution pourrait s’imposer non plus comme un levier temporaire, mais comme une nécessité durable.