Le monde du transport perd Kara Mendjel, le patron bâtisseur de STAF !

Kara Mendjel, dirigeant historique de STAF Transports, s’est éteint le 21 avril 2026 à l’âge de 73 ans. Entré dans l’entreprise familiale en 1973, puis aux commandes dès 1980, il aura fait grandir en un demi-siècle une maison devenue l’un des grands noms du froid routier, avec environ 800 salariés et 900 véhicules. Ses obsèques ont été célébrées le jeudi 23 avril, au cimetière familial de Quatre Chemins, sur la route d’Agouni Gueghrane, à Ouadhias, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, en Algérie.

Publié : 28 avril 2026 à 18h21 par La Rédaction

Kara Mendjel
Kara Mendjel
Crédit : D.R

La retraite ? « Un mot que je ne connais pas ! » lançait-il encore en 2022. La formule résume bien le personnage : un patron resté jusqu’au bout dans l’action, dans le détail, dans la relation avec les chauffeurs comme avec les clients. Sa disparition ne referme pas seulement une histoire d’entreprise. Elle tourne aussi une page importante du transport sous température dirigée. 

Des racines familiales à la prise des commandes

Originaire de Kabylie, Kara Mendjel rejoint en 1973 la société créée quatre ans plus tôt par son frère Michel Mendjel. Il prend alors le volant du deuxième camion. En 1980, il reprend la direction d’une structure qui compte onze véhicules. En 1986, il lance l’enseigne STAF, puis accompagne l’installation du groupe à Villeneuve-le-Roi en 1987, point d’ancrage d’un développement appelé à dépasser largement la seule région parisienne. 

Ce parcours a une cohérence rare. Parti du terrain, il construit sans perdre la spécialité qui fera la force de l’entreprise : le transport alimentaire sous température dirigée. À la fin des années 1980, STAF couvre déjà l’Île-de-France avec une cinquantaine de camions. Les années suivantes seront celles des nouvelles antennes et du renforcement de l’outil logistique, avec notamment un entrepôt frigorifique de 4 000 m² ouvert en 2008 sur son site historique. 

Changer d’échelle sans perdre le métier

Sous sa conduite, STAF change d’échelle. La société se présente aujourd’hui comme un acteur majeur du secteur, avec environ 800 salariés et 900 véhicules. La presse spécialisée évoque plus de 500 000 livraisons par an, assurées à la fois sur les segments national, régional et urbain. En 2024, l’entreprise se décrivait encore comme « 100 % alimentaire », dont 82 % en froid, avec une forte présence auprès de la grande distribution. 

La réussite ne tient pas seulement au volume. Elle repose aussi sur un modèle très intégré : ateliers internes pour l’entretien, gestion en temps réel, organisation pensée pour protéger la marchandise jusqu’au dernier kilomètre. Sur le site de l’entreprise, trois mots reviennent comme une boussole : ponctualité, professionnalisme et sens du service. 

L’écologie comme ligne de conduite

Kara Mendjel n’a pas attendu que la décarbonation devienne un mot d’ordre général pour faire évoluer sa flotte. Dès 2010, STAF introduit des camions hybrides et expérimente des véhicules roulant avec un carburant issu du marc de raisin. Viennent ensuite les groupes frigorifiques à l’azote, les investissements dans le biogaz, l’arrivée du B100, puis les porteurs 100 % électriques en 2023. En 2025, l’entreprise franchit encore un cap avec la réception de son premier tracteur entièrement électrique. 

Ce virage n’avait rien d’un affichage. En 2024, STAF effectue des livraisons pour des sites olympiques avec des camions électriques. La même séquence montre une entreprise déjà engagée dans des usages concrets de l’électrique, tandis qu’une organisation professionnelle du secteur présentait encore en 2025 le biométhane comme une composante centrale de sa stratégie de décarbonation. Cette cohérence sur la durée explique pourquoi tant d’acteurs le présentent aujourd’hui comme l’un des pionniers de la transition énergétique dans le transport frigorifique. 

Un patron qui restait au contact

Sa marque personnelle ne se lisait pas seulement dans les chiffres. Sur le site de l’entreprise, il résumait sa ligne par une phrase simple : « être au plus près des besoins de nos clients ». Dans un entretien accordé à Froid News, il disait aussi vouloir remettre « la valeur de l’Homme au centre » de son management. Cette philosophie se retrouvait jusque dans ses choix techniques : en 2022, MAN Truck & Bus France le décrivait comme un homme de terrain très attentif au confort de ses conducteurs. 

La proximité, chez lui, n’était pas un slogan. En 2025, il racontait encore qu’il invitait, depuis 1993, des conducteurs et leurs familles au 24 Heures Camions, avec près de 200 participants certaines années. Le détail vaut plus qu’une formule : il dit un patron qui voulait faire corps avec ses équipes, pas seulement les diriger. 

Le chagrin d’une profession

Depuis l’annonce de sa mort, les témoignages venus du secteur dessinent tous le même portrait. L’Association Française du Froid a salué son professionnalisme, son expertise et son humanité. CHEREAU a parlé d’un « ami », d’un « partenaire » et d’un « visionnaire ». Chez Lamberet, on a vu en lui un « précurseur reconnu de la transition énergétique ». Quant à Daimler Truck France, l’entreprise a retenu une personnalité « charismatique, chaleureuse et profondément humaine ». 

Même tonalité du côté des organisations professionnelles AFTRAL a évoqué un homme passionné, « toujours en avance », proche de ses collaborateurs, de ses clients et de ses partenaires. L’OTRE a insisté sur sa générosité, sa loyauté et l’empreinte laissée auprès de ceux qui l’ont connu. D’autres partenaires ont, eux, parlé d’un « technicien hors pair » et d’un modèle pour bien des transporteurs. 

Une trace au-delà des chiffres

Au moment de lui rendre hommage, le bilan matériel impressionne : de onze camions en 1980 à un groupe de plusieurs centaines de véhicules, un savoir-faire reconnu, une longueur d’avance sur les motorisations alternatives. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. Si son nom revient avec autant de force dans les hommages, c’est parce qu’il laisse l’image d’un chef d’entreprise qui a tenu ensemble trois exigences rarement réunies : la rigueur du métier, le goût de l’innovation et la considération humaine. Dans le transport, les chiffres disent la taille. Les hommages, eux, disent la trace.