Expulsions vers l’Algérie : Paris et Alger renouent prudemment le fil !

Après près d’un an de blocage, les expulsions de ressortissants algériens depuis la France ont repris ces dernières semaines. La délivrance de laissez-passer consulaires par Alger permet de nouveau l’exécution de certaines OQTF, dans un contexte diplomatique encore fragile entre les deux pays.

Publié : 12h43 par La Rédaction

France - Algérie
Crédit : D.R.

Le mouvement reste limité, mais il marque un tournant. Après plusieurs mois de paralysie, la France a recommencé à expulser vers l’Algérie des ressortissants visés par une obligation de quitter le territoire français, a appris franceinfo de sources concordantes. Cette reprise est rendue possible par la délivrance de laissez-passer consulaires par les autorités algériennes, documents indispensables pour confirmer l’identité des personnes concernées et organiser leur retour.

Selon plusieurs informations publiées ces derniers jours, Alger a délivré plusieurs dizaines de laissez-passer depuis la visite de Laurent Nuñez en février 2026. Avant ce déplacement, la coopération était quasiment à l’arrêt sur ce volet. 

La méthode Nuñez après la période Retailleau

Cette évolution intervient après une longue séquence de tensions entre Paris et Alger. Depuis avril 2025, les expulsions vers l’Algérie étaient très largement bloquées. Le bras de fer diplomatique engagé à l’époque avait gelé une partie des échanges opérationnels, notamment sur les dossiers migratoires.

Avec l’arrivée de Laurent Nuñez au ministère de l’Intérieur, Paris a changé de ton. Le ministre s’est rendu en Algérie en février 2026 afin de renouer le dialogue avec son homologue. Depuis, les autorités françaises observent une reprise progressive des retours forcés.

Un exemple illustre ce redémarrage : le jeudi 23 avril 2026, sept ressortissants algériens considérés comme dangereux ont été renvoyés vers leur pays. Paris cherche en priorité à exécuter les OQTF visant des personnes condamnées pour des faits graves ou identifiées comme représentant une menace pour l’ordre public.

Des résultats encore fragiles

Dans l’entourage du ministre de l’Intérieur, on se félicite de ces premiers signaux, tout en évitant les déclarations trop triomphales. La reprise est réelle, mais encore timide. Les proches de Laurent Nuñez savent que chaque mot prononcé à Paris peut être interprété à Alger.

Cette prudence s’explique par l’état toujours sensible des relations franco-algériennes. Les deux capitales tentent de rétablir des canaux de discussion, sans effacer les désaccords qui se sont accumulés ces dernières années. Le dossier migratoire reste l’un des plus explosifs, aux côtés des enjeux sécuritaires, judiciaires et mémoriels.

Jean-Noël Barrot défend le dialogue avec Alger

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a défendu à l’Assemblée nationale, cette ligne de dialogue exigeant. Répondant à une députée favorable à une rupture plus nette avec Alger, il a rejeté l’idée qu’une stratégie de blocage total puisse servir les intérêts français. « Le gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre, n'a qu'une seule boussole, c'est de défendre l'intérêt de la France et des Français », a-t-il déclaré dans l’hémicycle.

Le ministre a insisté sur la nécessité de maintenir des discussions avec l’Algérie, y compris lorsque les échanges sont difficiles. Selon lui, les intérêts français sont à la fois sécuritaires, migratoires et économiques. « Cela passe nécessairement par un dialogue très exigeant pour obtenir des résultats. Et cela fonctionne », a-t-il affirmé.

Jean-Noël Barrot a également confirmé la reprise de la coopération après une longue période de blocage. « Après le déplacement du ministre de l'Intérieur, après un an de blocage complet, la coopération entre la France et l'Algérie sur le plan migratoire et sécuritaire a repris. Il y a de premiers résultats. Ils doivent se consolider », a-t-il souligné.

Une normalisation encore incomplète

Le gouvernement ne présente toutefois pas cette reprise comme un aboutissement. Jean-Noël Barrot l’a reconnu devant les députés : « Bien sûr, ce n'est pas encore une situation satisfaisante. Bien sûr, il faut aller beaucoup plus loin ».

Paris veut aussi maintenir la pression sur d’autres dossiers sensibles, dont celui du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie. Son cas reste un point de friction majeur dans les relations bilatérales.  Dans son intervention, le ministre des Affaires étrangères a d’ailleurs rappelé que la France restait mobilisée pour obtenir sa libération définitive.

Une ligne politique assumée

Pour l’exécutif, cette reprise valide une stratégie : ne pas rompre le dialogue, mais négocier fermement. Jean-Noël Barrot a vivement critiqué les partisans d’une rupture complète avec Alger. Selon lui, promettre des résultats par la seule confrontation relève « soit de l'aveuglement, soit de la démagogie ».

La formule résume la ligne défendue par le gouvernement : éviter l’escalade publique, maintenir les échanges techniques et obtenir des avancées concrètes.