Yasmine Belkaid primée par le Prix Collen-Jeantet 2026

Directrice générale de l’Institut Pasteur à Paris, Yasmine Belkaid figure parmi les lauréates du Prix Collen-Jeantet de médecine translationnelle 2026. Cette distinction européenne salue ses travaux sur les liens entre microbiote, nutrition, infections et système immunitaire. Une reconnaissance majeure pour une scientifique née à Alger, formée entre l’Algérie, la France et les États-Unis.

Publié : 11h45 par La Rédaction

Yasmine Belkaid
Crédit : Sven Teschke - Wikipedia (CC BY-SA 3.0)

De Bab Ezzouar à Paris, puis des laboratoires américains à la direction de l’Institut Pasteur, Yasmine Belkaid a bâti une carrière à l’image de la science contemporaine : mobile, ouverte et internationale.

La biologiste algérienne, française et américaine a été désignée lauréate du Prix Collen-Jeantet de médecine translationnelle 2026. La Fondation Louis-Jeantet, basée à Genève, récompense ainsi ses recherches sur les interactions entre le microbiote, la nutrition, les infections et les défenses immunitaires de l’organisme. Ses travaux ont contribué à mieux comprendre la manière dont le corps maintient l’équilibre de ses tissus tout en répondant aux agressions infectieuses. 

Cette distinction vient couronner une trajectoire déjà remarquable. Depuis janvier 2024, Yasmine Belkaid dirige l’Institut Pasteur à Paris, où elle conduit également le laboratoire Méta-organisme. Avant son retour en France, elle a occupé plusieurs fonctions de premier plan aux National Institutes of Health, aux États-Unis, notamment au sein du National Institute of Allergy and Infectious Diseases. 

Le Prix Collen-Jeantet, un soutien à la recherche de demain

Le Prix Collen-Jeantet ne se limite pas à une récompense honorifique. Il vise aussi à soutenir la poursuite de travaux scientifiques jugés essentiels pour la médecine. Chaque année, la Fondation Louis-Jeantet distingue des chercheurs installés en Europe dont les découvertes peuvent ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques. 

Pour Yasmine Belkaid, cette reconnaissance met en lumière un champ de recherche devenu central : le dialogue permanent entre les microbes, l’environnement, l’alimentation et le système immunitaire. Dans un contexte marqué par les maladies infectieuses émergentes, les inflammations chroniques et les enjeux de santé globale, ces travaux occupent une place stratégique.

La chercheuse a elle-même salué la portée collective de cette distinction : « Au-delà de la reconnaissance individuelle, ce prix incarne une ambition collective : celle d’une Europe scientifique forte, appuyée sur des écosystèmes philanthropiques solides pour demeurer innovante et indépendante ».

Des débuts en Algérie, une carrière internationale

Née à Alger en 1968, Yasmine Belkaid a commencé son parcours scientifique en Algérie. Elle a obtenu une maîtrise en biochimie à l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene, à Alger. Elle a ensuite poursuivi ses études en France, où elle a obtenu son doctorat à l’Institut Pasteur. 

Après sa thèse, elle part aux États-Unis pour un postdoctorat aux National Institutes of Health. Elle y approfondit ses recherches sur la régulation immunitaire au cours des infections, avant de lancer son propre programme à la Children’s Hospital Research Foundation de Cincinnati. En 2005, elle rejoint le NIAID, où elle dirige ensuite des programmes consacrés à l’immunité de l’hôte et au microbiome. 

Ce parcours entre trois pays lui donne une place singulière dans le paysage scientifique international. Il raconte aussi l’importance des circulations académiques dans la recherche moderne, où les grandes avancées se construisent souvent au croisement de plusieurs écoles, plusieurs institutions et plusieurs cultures scientifiques.

Une pionnière de l’immunologie du microbiote

Les travaux de Yasmine Belkaid portent sur les relations entre les microbes et le système immunitaire. Elle s’intéresse notamment aux barrières naturelles du corps, comme l’intestin et la peau, où se jouent des équilibres essentiels entre protection, inflammation et tolérance immunitaire.

Ses recherches ont montré que le microbiote ne se contente pas d’accompagner le fonctionnement du corps. Il participe activement à la régulation des défenses immunitaires. Il influence la capacité de l’organisme à réagir aux infections, à maintenir la structure des tissus et à prévenir certaines dérégulations inflammatoires.

Yasmine Belkaid résume cette vocation scientifique en des termes personnels : « Consacrer ma vie à la recherche scientifique est un plaisir incomparable. C’est un voyage rempli de découvertes, de merveilles et de questions. J’ai choisi d’explorer la relation extraordinaire entre le système immunitaire et les microbes ».

À la tête de l’Institut Pasteur

Nommée directrice générale de l’Institut Pasteur en mars 2023, Yasmine Belkaid a officiellement pris ses fonctions en janvier 2024 pour un mandat de six ans. Sa nomination avait déjà été présentée comme un moment important pour cette institution historique, fondée sur l’excellence scientifique, la recherche biomédicale et la lutte contre les maladies infectieuses. 

À la tête de l’Institut Pasteur, elle hérite d’une maison au rayonnement mondial. Son mandat s’inscrit dans une période où les questions de santé globale, de coopération internationale et d’indépendance scientifique occupent une place centrale dans le débat public.

Son arrivée a aussi une dimension symbolique. Franco-algérienne née à Alger, devenue également américaine au fil de son parcours, Yasmine Belkaid incarne une génération de scientifiques dont l’identité professionnelle dépasse les frontières nationales, sans effacer les racines personnelles.

Une voix engagée pour la science

Au-delà de ses travaux de laboratoire, Yasmine Belkaid prend régulièrement position sur la place de la science dans la société. En juillet 2024, dans une tribune publiée par Le Monde, elle avait alerté sur les risques que ferait peser, selon elle, l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national sur la recherche. Elle y écrivait notamment : « Pour la recherche scientifique, l’accession au pouvoir du RN représente une menace sans précédent ». 

Cette prise de parole s’inscrit dans une conception exigeante du rôle du scientifique. Pour elle, la recherche dépend de la liberté académique, de la circulation des chercheurs, du financement de long terme et d’un environnement ouvert aux coopérations internationales.

Une reconnaissance qui dépasse une carrière individuelle

Le Prix Collen-Jeantet 2026 confirme la place de Yasmine Belkaid parmi les grandes figures de l’immunologie contemporaine. Il distingue une chercheuse dont les découvertes nourrissent des pistes majeures pour comprendre les infections, les maladies inflammatoires et l’équilibre fragile entre l’être humain et les microbes qui l’habitent.

Mais cette récompense raconte aussi autre chose : la force des parcours transnationaux dans la science d’aujourd’hui. Yasmine Belkaid est partie d’Alger, s’est formée à Paris, s’est imposée aux États-Unis, puis est revenue diriger l’un des instituts de recherche les plus prestigieux d’Europe.

Dans un monde où les frontières scientifiques se déplacent sans cesse, son itinéraire rappelle que l’excellence se construit souvent dans le passage, l’échange et la fidélité à une vocation. Chez Yasmine Belkaid, cette vocation tient en une idée simple : comprendre le vivant pour mieux protéger la santé humaine.