Alger-Paris, d’une rive à l’autre : Fatima Gallaire à l’honneur au Théâtre de la Huchette !

Le Théâtre de la Huchette accueille Alger-Paris, d’une rive à l’autre, un spectacle conçu et interprété par Valérie Jeannet à partir de deux textes de Fatima Gallaire. Entre mémoire de l’exil, départs fondateurs et désir de retour, cette création plonge l’œuvre d’une autrice franco-algérienne majeure, disparue en 2020.

Publié : 13h24 par La Rédaction

Fatima Gallaire
Crédit : D.R

Quitter une ville, c’est parfois emporter tout un pays avec soi. Avec Alger-Paris, d’une rive à l’autre, le Théâtre de la Huchette propose une traversée intime entre l’Algérie et la France, portée par la parole de Fatima Gallaire.

Le spectacle réunit deux textes de l’autrice : Adieu Archie ! et Rimm la gazelle. Le premier plonge dans l’Alger de l’après-indépendance, au moment du départ. Le second se déroule à Paris, deux décennies plus tard, et ouvre une question plus secrète : peut-on revenir là d’où l’on est parti ?

Conçu et interprété par Valérie Jeannet, avec la participation artistique de Juliette Peyret et les lumières d’Yves Thuillier, ce rendez-vous scénique donne à entendre une œuvre où l’histoire personnelle rejoint les grands mouvements de l’Histoire.

Fatima Gallaire, une voix entre l’Algérie et la France

Née Bourega en 1944 à El Harrouch, en Algérie, Fatima Gallaire s’est imposée comme l’une des voix singulières du théâtre francophone. Après des études de lettres à Alger, puis de cinéma à Vincennes, elle travaille à la Cinémathèque d’Alger avant de poursuivre sa formation à Paris. Elle réalise également deux documentaires pour la télévision algérienne.

C’est toutefois en France, et en langue française, qu’elle développe une œuvre théâtrale dense. Elle signe plus de vingt-cinq pièces, parmi lesquelles Princesses, montée en 1991 par Jean-Pierre Vincent au Théâtre des Amandiers de Nanterre. Cette création lui vaut le Prix de la critique pour la meilleure œuvre francophone.

Son parcours est ensuite salué par plusieurs distinctions : le prix SACD Nouveau Talent, le prix Arletty pour l’ensemble de son œuvre théâtrale, le prix Malek Haddad de la Fondation Noureddine Aba, ainsi que le prix Amic de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.

Une écriture libre, sensible et engagée

L’œuvre de Fatima Gallaire se construit dans un dialogue constant entre deux mondes. L’Algérie et la France, l’arabe et le français, l’Orient et l’Occident, la tradition et la modernité : ses textes avancent dans ces tensions sans jamais les réduire.

Son théâtre aborde les blessures collectives et les conflits intimes. Il interroge la place des femmes, la domination masculine, la polygamie, les désillusions de l’après-indépendance, la religion, la mémoire de la guerre, mais aussi les choix douloureux entre partir et rester.

Cette parole, à la fois douce et frontale, mêle le tragique au comique, la sensualité à la gravité. Chez Fatima Gallaire, les personnages parlent pour survivre, pour résister, pour transmettre.

Le critique dramatique Gilles Costaz a résumé cette force en ces termes : « C’est la forme, le talent, l’invention, le brio, le chatoiement des mots, la capacité d’éblouir qu’il faut mettre en avant. Renouvelant le langage de l’assemblée des femmes au parler fertile et la conversation masculine dans son confort autoritaire, Fatima Gallaire compose un théâtre de la parole où l’âme méditerranéenne trouve une vibration d’un nouvel éclat ».

La phrase de l’autrice elle-même éclaire aussi son rapport à la création : « LE BONHEUR EST DANS L’ÉCRITURE ».

Deux textes pour raconter l’exil et le retour

Dans Adieu Archie !, le spectateur est ramené à Alger, au lendemain de l’indépendance. Le texte se tient dans ce moment fragile où une page se tourne. Il y a l’urgence du départ, mais aussi ce que l’on laisse derrière soi : une ville, des liens, des souvenirs, une part de soi.

Avec Rimm la gazelle, le récit se déplace à Paris, vingt ans plus tard. Le temps a passé, mais les questions demeurent. L’exil transforme-t-il l’identité ? Le retour est-il possible ? Et que retrouve-t-on vraiment lorsque l’on revient vers son pays d’origine ?

À travers ces deux œuvres, Alger-Paris, d’une rive à l’autre ne raconte pas seulement un itinéraire personnel. Le spectacle fait entendre une mémoire partagée, celle de femmes et d’hommes marqués par les ruptures, les déplacements et les fidélités invisibles.

Valérie Jeannet, une interprète au service des textes

Pour porter cette parole, Valérie Jeannet met son expérience d’actrice au service d’un théâtre de l’écoute et de la nuance. Son parcours traverse le cinéma, le théâtre et les spectacles littéraires.

Au cinéma, elle débute dans le rôle-titre de Gloria de Claude Autant-Lara, avant de tourner notamment avec Jean-Claude Guiguet, Benoît Jacquot, Jean-Claude Biette, Andreï Prachenko, Arnaud Debrée, Gérard Mordillat et Flavia Coste.

Sur scène, elle joue aussi bien les grands textes classiques que les écritures contemporaines. Elle a interprété Électre et Antigone de Sophocle, Le Chevalier d’Olmedo de Lope de Vega, Le Menteur de Corneille, mais aussi des créations de Nicole Serge Rainer, Claude Mauriac ou Yvette Petit.

Elle a également rejoint l’équipe de La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco au Théâtre de la Huchette, lieu emblématique où elle revient aujourd’hui avec cette proposition consacrée à Fatima Gallaire.

Son travail s’est aussi développé dans des formes littéraires et musicales, notamment autour de George Sand, Olivier Messiaen, Franz Liszt ou Marcel Proust. Pour la maison de disques Cassiopée, elle a enregistré deux collections consacrées à George Sand et à Balzac.

Un spectacle intime aux échos contemporains

Présenté comme un spectacle intime et universel, Alger-Paris, d’une rive à l’autre trouve une résonance particulière aujourd’hui. Il parle d’exil, d’identité, de mémoire familiale, de transmission et de langue. Autant de thèmes qui traversent encore les sociétés contemporaines.

À travers Fatima Gallaire, le Théâtre de la Huchette donne à entendre une œuvre qui refuse les frontières simples. Ni totalement d’ici, ni seulement de là-bas, son théâtre explore les passages, les failles et les liens entre les rives.

Alger-Paris, d’une rive à l’autre est programmé les samedis du 30 mai au 4 juillet 2026 à 16 h au Théâtre de la Huchette, à Paris. Une invitation à redécouvrir une autrice essentielle, dont la parole continue de circuler entre les langues, les mémoires et les générations.