Paris et Rabat veulent donner un nouvel élan à leur rapprochement !
Le Premier ministre entame, mercredi 15 juillet, une visite officielle de deux jours au Maroc. Entouré d’une importante délégation ministérielle, Sébastien Lecornu doit rencontrer Aziz Akhannouch et coprésider une réunion intergouvernementale consacrée à l’économie, à la sécurité, aux migrations, à la justice et à la défense.
Publié : 13h34 par La Rédaction
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Après le temps de la réconciliation diplomatique, Paris et Rabat veulent passer à celui des réalisations concrètes. Sébastien Lecornu est attendu dans la capitale marocaine ce mercredi soir pour un déplacement destiné à donner un nouvel élan au rapprochement engagé entre les deux pays depuis 2024.
Le chef du gouvernement voyage avec une douzaine de ministres. La délégation comprend notamment Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, ainsi que Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur.
Une première réunion intergouvernementale depuis 2019
À son arrivée à l’aéroport de Rabat-Salé, Sébastien Lecornu doit être accueilli par son homologue marocain, Aziz Akhannouch, en présence de plusieurs membres du gouvernement du Royaume. Une cérémonie officielle avec les honneurs militaires ouvrira cette visite.
La journée de jeudi commencera par un dépôt de gerbe au mausolée Mohammed V. La délégation française se recueillera devant les tombes de Mohammed V et de Hassan II, avant l’ouverture des échanges politiques.
Sébastien Lecornu et Aziz Akhannouch auront ensuite un entretien bilatéral. Ils coprésideront la quinzième « rencontre de haut niveau » entre les gouvernements français et marocain. Cette instance ne s’était plus réunie depuis 2019, en raison de la pandémie puis du refroidissement diplomatique entre les deux capitales.
La séance de travail doit se tenir au ministère marocain des Affaires étrangères. Elle sera suivie de la signature de plusieurs accords, d’un point de presse conjoint et d’un déjeuner officiel offert par le roi Mohammed VI, sous la présidence du chef du gouvernement marocain.
Des accords attendus dans plusieurs secteurs
La rencontre de Rabat doit permettre d’approfondir les coopérations économiques, sécuritaires, judiciaires, migratoires et militaires. Les deux gouvernements souhaitent transformer les déclarations politiques adoptées depuis 2024 en programmes opérationnels.
Sur le plan économique, Paris et Rabat misent notamment sur les investissements croisés, les infrastructures, les énergies renouvelables, l’aéronautique, le ferroviaire, la gestion de l’eau et la coproduction industrielle.
Plusieurs dossiers commerciaux sensibles pourraient également progresser. Les discussions concernent notamment des projets impliquant Airbus, Royal Air Maroc, Veolia, Engie et le groupe marocain OCP. Certains contrats nécessitent encore des arbitrages financiers ou industriels.
Les deux pays veulent par ailleurs développer des projets communs tournés vers le continent africain. La France considère le Maroc comme une plateforme logistique et financière capable de faciliter l’accès des entreprises aux marchés d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine. Le Maroc a également rejoint, en juillet 2025, le Système panafricain de paiement et de règlement, le PAPSS, destiné à simplifier les transactions transfrontalières en monnaies locales.
Le Sahel au cœur des préoccupations sécuritaires
La sécurité régionale occupera une place centrale dans les échanges. La France et le Maroc partagent des inquiétudes face à l’instabilité persistante au Sahel, à la progression des groupes armés et aux trafics qui profitent de la porosité des frontières.
Paris entend renforcer le partage de renseignements, la lutte contre le terrorisme, la coopération policière et la coordination contre la criminalité organisée. Les questions migratoires et la réadmission des personnes en situation irrégulière devraient également être abordées.
Dans un contexte marqué par le recul de l’influence française dans plusieurs pays sahéliens, Rabat apparaît comme un partenaire susceptible de faciliter le maintien de relations avec l’Afrique subsaharienne.
« Emmanuel Macron, qui est en fin de mandat, ne veut pas rester sur un échec au Maghreb avec l’Algérie et se tourne résolument vers le Maroc », analyse l’historien Pierre Vermeren. Selon lui, le Royaume pourrait jouer un « rôle d’intermédiaire » pour permettre à Paris de « renouer » avec certains États africains.
Le dossier Ismaël Benahmed sur la table
La coopération judiciaire figurera également au programme de Laurent Nuñez. Le ministre français de l’Intérieur doit rencontrer son homologue marocain, Abdelouafi Laftit.
Les deux responsables devraient notamment évoquer le cas d’Ismaël Benahmed. Ce ressortissant franco-marocain, récemment arrêté au Maroc, est recherché par la justice française dans le cadre d’une affaire de meurtre commis à Paris en 2019.
La possibilité de son extradition vers la France pourrait être examinée durant l’entretien. Le dossier reste toutefois soumis aux procédures judiciaires et diplomatiques prévues par le droit marocain.
Une visite de Mohammed VI en France en préparation
Le déplacement de Sébastien Lecornu doit enfin préparer une nouvelle étape diplomatique majeure : la visite d’État du roi Mohammed VI en France.
Jean-Noël Barrot et son homologue marocain Nasser Bourita ont confirmé, le 20 mai 2026 à Rabat, que ce voyage était en préparation. Aucune date officielle n’a encore été annoncée.
Cette visite pourrait être accompagnée de la signature d’un traité destiné à inscrire dans la durée le partenariat franco-marocain « d’exception ». Le texte devrait donner un cadre politique aux coopérations en matière de défense, de sécurité, d’économie, d’industrie et de développement en Afrique.
« Nous nous préparons aussi à accueillir Sa Majesté en visite d’État en France, ce qui sera un jalon historique pour les relations franco-marocaines », avait déclaré Jean-Noël Barrot à Rabat.
Le précédent déplacement d’État de Mohammed VI en France remonte à mars 2000. Le souverain avait alors été reçu par le président Jacques Chirac au cours d’une visite de trois jours. Son retour à Paris, plus de vingt-six ans plus tard, consacrerait officiellement la nouvelle phase ouverte entre les deux pays.
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