Allocation touristique : le versement en espèces suspendu au profit de la carte bancaire !

Le Conseil des ministres a décidé de modifier provisoirement les modalités d’accès à l’allocation touristique en Algérie. Désormais, les devises ne seront plus remises en espèces, mais versées par l’intermédiaire d’une carte bancaire.

Publié : 13h21 par La Rédaction

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Crédit : Moerschy - Pixabay

Le gouvernement algérien durcit les règles entourant l’allocation touristique. Face à la multiplication des détournements et des bénéficiaires fictifs, les autorités ont choisi de suspendre, à titre provisoire, la remise des devises en espèces. Les voyageurs devront désormais utiliser une carte bancaire pour disposer du montant qui leur est accordé.

La décision a été prise lors de la réunion du Conseil des ministres tenue dimanche sous la présidence du chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune. Elle intervient après plusieurs mois marqués par des affaires de fraude, dont certaines impliquent des agences de voyages, des intermédiaires et des personnes recrutées uniquement pour obtenir l’allocation.

Une décision destinée à stopper les détournements

Dans son communiqué, le Conseil des ministres justifie cette nouvelle procédure par l’ampleur des irrégularités relevées depuis la revalorisation du droit de change destiné aux voyageurs. « Concernant l'exposé sur l'allocation touristique, et compte tenu des dépassements graves ayant entraîné une hémorragie de devises sans que les personnes concernées ne bénéficient de l'allocation touristique, il a été décidé, à titre provisoire, que cette allocation sera versée par le biais de la carte bancaire, et non plus en espèces, afin de mettre un terme aux dépassements constatés », précise le communiqué.

Le paiement par carte doit permettre aux organismes bancaires de suivre l’utilisation des sommes accordées et de mieux identifier les opérations suspectes. Le retrait immédiat des devises en espèces constituait jusqu’ici l’une des principales failles exploitées par les réseaux de fraude.

Les autorités veulent ainsi préserver ce droit au profit des voyageurs qui remplissent réellement les conditions, tout en protégeant les réserves de change du pays.

Des agences de voyages impliquées dans les fraudes

Plusieurs dossiers traités au cours de l’année 2025 ont mis en cause des agences de voyages. Certaines auraient recruté des personnes disposant de faibles revenus, notamment des bénéficiaires de l’allocation chômage, pour déposer des demandes auprès des banques.

En contrepartie, ces personnes bénéficiaient d’un transport vers la Tunisie et d’un hébergement sommaire. Une fois le droit de change récupéré, tout ou partie des devises était remis à l’agence ou à des intermédiaires.

Un ministre avait auparavant dénoncé « les pratiques frauduleuses auxquelles ont eu recours de nombreuses agences de voyage pour s’approprier de cette allocation ».

Selon les explications fournies, « ces méthodes consistent à transporter des voyageurs de l’Algérie vers la Tunisie par des voies légales, à faire apposer le cachet d’entrée sur leurs passeports, à les faire séjourner quelques jours avant de rentrer à nouveau en Algérie via des points de passage non surveillés ».

Le déplacement servait alors essentiellement à justifier l’octroi de l’allocation. Les devises, très peu utilisées durant le séjour, étaient récupérées par les organisateurs avant d’être revendues sur le marché parallèle.

Des arrestations et des condamnations

L’année 2025 a été marquée par plusieurs procédures judiciaires liées au détournement de l’allocation touristique. Des dizaines de personnes ont été interpellées dans différentes affaires, tandis que des condamnations ont été prononcées contre certains organisateurs et bénéficiaires impliqués.

Ces dossiers ont montré que les devises ne profitaient pas toujours aux voyageurs auxquels elles étaient officiellement destinées. Dans plusieurs cas, les bénéficiaires servaient uniquement de prête-noms à des réseaux qui récupéraient les montants accordés.

La nouvelle procédure bancaire doit réduire les possibilités de remise directe des devises à des tiers. Elle ne supprimera pas nécessairement toutes les tentatives de fraude, mais rendra les mouvements financiers plus faciles à vérifier.

La Banque d’Algérie avait déjà renforcé les règles

Avant la décision du Conseil des ministres, la Banque d’Algérie avait commencé à revoir les conditions de paiement de la contre-valeur en dinars du droit de change.

Une note adressée aux banques en décembre avait rappelé que l’obtention de l’allocation était liée à la détention d’un compte bancaire. Le paiement en dinars devait être effectué directement auprès de la banque par le bénéficiaire réel.

Un résident algérien pouvait également régler le montant pour son conjoint ou pour ses ayants droit. Cette procédure devait limiter les paiements réalisés par des intermédiaires et permettre aux établissements bancaires de mieux contrôler l’identité des demandeurs.

L’obligation de disposer d’une carte bancaire avait aussi été évoquée comme une solution permettant d’assurer « une traçabilité quant au versement de cette allocation ».

Avec la décision adoptée en Conseil des ministres, cette orientation devient désormais la règle, au moins pendant la période provisoire annoncée par les autorités.

Les administrations appelées à partager leurs données

Le Conseil des ministres a, par ailleurs, fixé un délai d’un mois aux différents départements ministériels pour relier leurs systèmes informatiques par l’intermédiaire du Centre national des données.

Cette interconnexion doit faciliter le croisement des informations détenues par les administrations. Elle pourrait notamment permettre de vérifier plus rapidement la situation des demandeurs, leurs déplacements, les aides sociales qu’ils perçoivent et leur respect des conditions d’accès aux dispositifs publics.