Marine Le Pen relance sa campagne présidentielle après sa condamnation en appel !
Condamnée en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN, Marine Le Pen a confirmé sa candidature à l’élection présidentielle. La cheffe de file du RN va se pourvoir en cassation, tandis que Jordan Bardella affiche son soutien et que les réactions politiques se multiplient.
Publié : 13h18 par La Rédaction
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La séquence devait être judiciaire. Elle est aussitôt devenue politique. Au lendemain de sa condamnation en appel pour détournement de fonds publics, Marine Le Pen a choisi d’ouvrir une nouvelle étape de sa trajectoire présidentielle. Mercredi 8 juillet, à La Flèche, dans la Sarthe, la responsable du Rassemblement national est apparue aux côtés de Jordan Bardella pour donner le coup d’envoi de sa campagne.
La cour d’appel de Paris a confirmé sa culpabilité dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, devenu RN. Elle l’a condamnée à trois ans de prison, dont deux avec sursis et un an ferme aménageable sous bracelet électronique, ainsi qu’à 100 000 euros d’amende. La peine d’inéligibilité a été fixée à quarante-cinq mois, dont trente avec sursis, soit quinze mois fermes considérés comme déjà exécutés depuis le jugement de première instance. Marine Le Pen peut donc, à ce stade, se présenter à l’élection présidentielle.
Une candidature confirmée malgré la condamnation
Marine Le Pen a officialisé sa décision mardi soir au journal de 20 heures de TF1. « Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle », a-t-elle déclaré, assurant qu’elle « ne changerai[t] pas d’avis ». Elle entend utiliser « les voies de recours qui [lui] sont offertes pour pouvoir défendre [son] innocence ».
La responsable du RN a annoncé un pourvoi en cassation afin de « suspendre les effets » de la décision et de « faire campagne sans bracelet électronique ». Selon les éléments communiqués, ce recours suspend l’exécution de la peine dans l’attente de la décision de la Cour de cassation, ce qui lui permettrait de ne pas porter de bracelet pendant cette période.
Marine Le Pen a aussi affirmé : « Il n’y a plus de scénario où je ne pourrais pas me présenter ». Elle a ajouté que « les Français en seront juges » et qu’« ils auront la liberté de choisir ». Elle dit se réjouir qu’on rende « aux Français leur liberté de voter » et que la cour lui rende son éligibilité, tout en maintenant son « désaccord » avec la justice.
À La Flèche, le RN lance sa campagne
Le lendemain de l’arrêt, Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont rendus à La Flèche. Le choix du lieu n’est pas neutre : la ville est liée à Marie-Caroline Le Pen, sœur de Marine Le Pen, et à Philippe Olivier, son beau-frère et conseiller.
« Nous entrons tous les deux dans cette campagne présidentielle. Dans un lieu symbolique, ce territoire est une terre de mission, le symbole de notre engagement », a déclaré Marine Le Pen. Elle a aussi insisté sur sa démarche judiciaire : « Je ne joue pas la montre, je suis une citoyenne qui use de ses droits, j’effectue un pourvoi en cassation car je suis innocente des faits qui me sont reprochés. La cour d’appel m’a rendu mon éligibilité. »
Avant de recentrer son discours sur la campagne, elle a résumé la ligne du RN : « Jordan Bardella et moi-même nous sommes ici car nous lançons la campagne présidentielle ». Elle a présenté leur duo comme un « binôme complémentaire, équilibré, cohérent et solide » et confirmé vouloir confier à Jordan Bardella le rôle « non moins éminent de premier ministre » en cas de victoire.
Jordan Bardella, lui, a affiché son soutien. Le président du RN a dit être « très content d’entrer en campagne avec Marine [Le Pen] ». Il a ajouté : « Je me réjouis que Marine puisse porter nos couleurs. Nous affrontons maintenant une échéance qui est l’échéance électorale. Nous allons continuer à travailler main dans la main comme nous l’avons toujours fait. » Il a également assuré n’éprouver « ni soulagement, ni déception » de ne pas être le candidat du parti.
La Cour de cassation désormais saisie
L’avocat de Marine Le Pen, Rodolphe Bosselut, a annoncé son intention de porter le dossier devant la Cour de cassation. Il estime pouvoir « soumettre à la Cour de cassation des moyens juridiques sérieux ». La défense veut notamment contester « l’applicabilité de ce texte qui réprime le détournement de fonds publics », en raison du statut européen des mandats concernés.
Louis Aliot, également condamné dans le dossier, a soutenu ce choix. Sur BFM-TV/RMC, le maire RN de Perpignan a déclaré : « Au regard de la situation du pays et des attentes de l’opinion, je pense qu’effectivement il fallait qu’elle aille au bout de ce chemin-là ». Selon lui, « Marine Le Pen a fait son choix de se présenter à l’élection présidentielle ».
Il a toutefois relativisé l’urgence judiciaire : « Aujourd’hui, à partir du moment où Marine Le Pen peut se présenter, il n’y a plus urgence à ce que la Cour de cassation se prononce. On rentre dans une procédure normale de cassation, un pourvoi, c’est entre douze et dix-huit mois ».
Un système jugé grave par la cour
Dans son arrêt, la cour d’appel a retenu l’existence d’un dispositif permettant d’utiliser des fonds européens à des fins partisanes. Selon la présidente, « les faits sont graves ». Elle a relevé leur durée, plus de onze ans, sur trois mandatures, ainsi que le montant concerné, estimé à 2,8 millions d’euros.
La cour a aussi décrit un « mode de fonctionnement » dont la finalité visait à « s’accaparer les fonds européens à une autre finalité que celle à laquelle ils étaient destinés ». Elle a toutefois retenu « l’absence d’enrichissement personnel » de Marine Le Pen.
Patrick Maisonneuve, avocat du Parlement européen, partie civile, s’est félicité de la décision. À la sortie de l’audience, il a estimé : « Ils ont volé l'argent du contribuable européen et du citoyen français ». Il a aussi salué la confirmation d’un détournement de fonds publics au détriment du Parlement européen.
Toutes les condamnations prononcées en appel
Marine Le Pen n’est pas la seule concernée par l’arrêt. Le Rassemblement national, en tant que personne morale, a été condamné à 2 millions d’euros d’amende, dont 1 million avec sursis, ainsi qu’à la confiscation de 1 million d’euros.
Nicolas Crochet, expert-comptable du parti, a été condamné à trois ans de prison avec sursis, 70 000 euros d’amende et trois ans d’interdiction d’exercer un mandat de tiers payant.
Wallerand de Saint-Just, ancien trésorier du parti, a écopé de trois ans de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et un an d’inéligibilité.
Bruno Gollnisch, ancien eurodéputé, a été condamné à trois ans de prison avec sursis, 25 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité.
Fernand Le Rachinel a été condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis, 15 000 euros d’amende et un an d’inéligibilité.
Louis Aliot, maire de Perpignan et ancien eurodéputé, a été condamné à un an de prison avec sursis, 5 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité avec sursis.
Nicolas Bay a reçu un an de prison avec sursis, 5 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité avec sursis.
Julien Odoul, député de l’Yonne et ancien assistant parlementaire, a été condamné à huit mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité avec sursis.
Catherine Griset, eurodéputée et ancienne assistante parlementaire de Marine Le Pen, a été condamnée à un an de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité avec sursis.
Guillaume L’Huillier a été condamné à un an de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité avec sursis.
Timothée Houssin a écopé de six mois de prison avec sursis et d’un an d’inéligibilité avec sursis.
Des opposants mobilisés à La Flèche
Le lancement de campagne du RN ne s’est pas déroulé sans contestation. Des militants insoumis et écologistes se sont rassemblés sur le marché de La Flèche pour protester contre la venue de Marine Le Pen et Jordan Bardella.
Cette mobilisation intervient dans un climat politique déjà très tendu. La condamnation en appel de Marine Le Pen a provoqué une série de réactions, à gauche comme à droite.
La gauche dénonce une candidature impossible moralement
Manon Aubry, eurodéputée LFI, a qualifié Marine Le Pen de « première candidate délinquante de France ». Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a repris une formule proche, évoquant « une délinquante qui se présenterait » à la présidentielle.
Boris Vallaud, chef des députés socialistes, a jugé que « [Marine Le Pen] est une délinquante, voilà la seule conclusion qu’on peut tirer de cette décision de justice ». Il a ajouté : « Après, c’est à elle de poser la question de savoir si quand on est une délinquante, on se présente aux électeurs ». Avant de conclure : « J’ai ma réponse ».
Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, a estimé qu’« une telle condamnation, quel que soit l’aménagement de la peine, ne peut permettre de se présenter devant les Français ».
Du côté de La France insoumise, Éric Coquerel a réagi plus sobrement : « On voulait qu’il y ait un appel, c’est fait. Maintenant, le RN ne pourra plus se plaindre ». Ugo Bernalicis a, lui, souligné que, « bracelet électronique ou pas », une condamnation pour détournement de fonds publics « coll[ait] désormais à la peau » de Marine Le Pen, « à ce stade de la procédure ».
À droite et au centre, des critiques nuancées
Chez Les Républicains, Othman Nasrou a estimé que Marine Le Pen prenait la « démocratie en otage » et contribuait à « fragiliser les institutions ». Il a aussi jugé : « Il est difficile de l'imaginer, comme elle l'a elle-même dit, faire campagne avec un bracelet électronique autour de la cheville ».
Édouard Philippe, candidat d’Horizons à la présidentielle, a choisi un angle différent. Le maire du Havre a déclaré se réjouir « que le débat politique puisse avancer ». Selon lui, « c’est une question qui la place face à sa propre conscience (…) elle a le droit de se présenter, elle le fait. Ensuite elle s’expliquera devant les Français ». Il a ajouté : « Je préfère m’engager et battre Mme Le Pen dans les urnes que la voir disparaître par une décision de justice ».
L’ancien Premier ministre a toutefois rappelé que Marine Le Pen avait déjà exprimé « tout le mépris qu’elle portait à celles et ceux qui avaient pu avoir maille à partir avec la justice ». Il voit dans sa candidature un « nouveau reniement ».
Macron refuse de commenter la décision
Emmanuel Macron, interrogé sur cette condamnation à l’issue d’un déplacement en Syrie, a refusé d’entrer dans le débat judiciaire. « Ce qui est sain pour la démocratie c’est que le président ne commente pas les décisions de justice », a-t-il déclaré.
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a de son côté estimé que Marine Le Pen avait bénéficié d’une « grande mansuétude ». Elle a aussi affirmé qu’« il n’y a donc pas de complot de la justice contre elle », appelant la cheffe du RN à reconnaître qu’elle est « une privilégiée ».
Une campagne sous contrainte judiciaire
Marine Le Pen tente désormais de déplacer le débat vers la présidentielle. Mais le dossier judiciaire restera au centre de la campagne. Sa condamnation n’est pas définitive tant que la Cour de cassation ne s’est pas prononcée. Le calendrier de cette procédure pourrait donc peser lourd dans les prochains mois.
La bataille judiciaire continue. La bataille présidentielle, elle, a déjà commencé.
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