Algérie : l’épilogue presque inévitable d’un Mondial qui a tout exposé !

Éliminée par la Suisse en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026, l’Algérie quitte le tournoi avec un bilan trompeur. Le passage du premier tour sauve l’apparence. Le contenu, lui, raconte autre chose : une préparation confuse, une défense trop fragile, des choix tactiques contestés et une gestion qui a fini par isoler Vladimir Petkovic.

Publié : 14h03 par La Rédaction

Vladimir Petkovic prolonge jusqu’en 2028
Crédit : Facebook FAF-Fédération Algérienne de Football

Il y a des parcours que les chiffres embellissent. Celui de l’Algérie au Mondial 2026 en fait partie. Douze ans après sa dernière apparition en Coupe du monde, la sélection nationale a retrouvé la compétition et franchi la phase de groupes. Mais l’impression laissée est bien plus sévère que ce bilan brut.

Les Verts ont terminé troisièmes du groupe J, derrière l’Argentine et l’Autriche, avec une victoire contre la Jordanie, un nul face à l’Autriche 3-3 et une lourde défaite contre l’Argentine 3-0. Le classement final parle de lui-même : quatre points, cinq buts marqués, sept encaissés, et une qualification obtenue grâce au format élargi à 48 équipes, qui permet aux meilleurs troisièmes d’accéder aux seizièmes de finale.

Cette qualification a entretenu l’illusion. Elle a donné le sentiment que l’Algérie avait sauvé son tournoi. Mais dès que le niveau s’est élevé, contre la Suisse, les limites sont revenues avec brutalité.

Le Nigeria avait déjà annoncé la suite

L’échec ne commence pas à Vancouver. Il prend racine cinq mois plus tôt, à Marrakech. En quart de finale de la CAN 2025, l’Algérie avait été éliminée par le Nigeria, 2-0.

Ce soir-là, beaucoup de signaux étaient déjà visibles. L’équipe manquait d’intensité. Le milieu avait souffert. La défense avait reculé. L’attaque avait vécu de peu. Le Nigeria n’avait pas seulement éliminé l’Algérie. Il avait montré ce qui allait finir par coûter cher au Mondial : un bloc trop friable, une réaction trop lente et une incapacité à changer le cours d’un match mal engagé.

La Suisse n’a donc pas créé la crise. Elle l’a confirmée.

Une liste devenue le premier symptôme du désordre

Avant même le départ pour l’Amérique du Nord, la préparation avait envoyé un message inquiétant. La liste officielle n’a été dévoilée que le 31 mai 2026, soit à la veille de la date limite annoncée pour la transmission à la FIFA. L’APS a confirmé ce jour-là une liste de 26 joueurs plus un gardien réserviste.

Le problème n’était pas uniquement le calendrier. C’était surtout la manière. Des joueurs étaient déjà arrivés à Alger pour le stage de Sidi Moussa alors que la liste n’était pas encore rendue publique. Des journalistes et des supporters ont dû observer les arrivées à l’aéroport Houari-Boumédiène pour deviner peu à peu les contours du groupe.

Pour une sélection nationale, ce genre de flottement n’est jamais anodin. Il donne une impression d’improvisation. Il nourrit les interrogations. Et dans un contexte aussi sensible que la Coupe du monde, chaque détail finit par compter.

Bennacer, Bounedjah, Kebbal, Abdelli : les grands absents qui ont pesé

La liste de Vladimir Petkovic a surtout été marquée par des absences fortes. Ismaël Bennacer et Baghdad Bounedjah, deux noms lourds de l’histoire récente des Verts, n’ont pas été retenus. Ilan Kebbal, Himad Abdelli et Adem Zorgane ont également figuré parmi les absents les plus commentés dans la presse spécialisée.
Le cas Bennacer a été le plus symbolique. Champion d’Afrique 2019, longtemps considéré comme un cadre technique du milieu, il a payé ses pépins physiques et son manque de garanties. Le choix pouvait se défendre sportivement. Mais il privait aussi l’Algérie d’un joueur capable de donner du calme, de la première passe et de la personnalité dans les moments chauds.

Bounedjah, lui, représentait autre chose. Son absence touchait à l’expérience, au vécu, à la grinta. L’attaquant n’était plus forcément une évidence sportive, mais il restait un profil de surface, un joueur de combat, habitué aux grands rendez-vous. Dans une compétition où l’Algérie a parfois semblé sans vrai point d’ancrage offensif, son absence est revenue dans les débats.

Interrogé sur ces choix, Petkovic avait refusé d’entrer dans une justification détaillée. Il avait répondu : « Je ne dois pas me justifier. Je fais une analyse à 360° de ce qui est important pour l’équipe. » Puis, au sujet de Bounedjah, il avait reconnu son importance historique tout en expliquant vouloir parler des joueurs présents.

Bentaleb, Mandi, Mahrez : l’expérience n’a pas tout réglé

Petkovic n’avait pourtant pas tourné le dos aux cadres. Riyad Mahrez, Aïssa Mandi et Nabil Bentaleb étaient bien là.

Le retour de Bentaleb répondait à une logique claire : renforcer l’impact, l’expérience et l’équilibre au milieu. Mais ce choix, comme d’autres, a aussi souligné une contradiction. L’Algérie voulait rajeunir, tester, ouvrir le groupe à de nouveaux profils. Dans le même temps, elle s’accrochait encore à des joueurs d’expérience pour tenir la baraque.

Mahrez a porté cette tension jusqu’au bout. Décisif contre l’Autriche, il a permis aux Verts de rester en vie. Mais face à la Suisse, il a vécu une dernière sortie douloureuse. Après l’élimination, il a annoncé la fin de sa carrière internationale. Reuters a rapporté ses mots : « C’était ma dernière apparition même avec la sélection. C’était mon dernier match. »

Le poste de gardien, autre révélateur d’instabilité

La gestion des gardiens a aussi accompagné le doute. Luca Zidane a débuté le tournoi, avant de laisser sa place à Oussama Benbot contre l’Autriche, puis de revenir titulaire face à la Suisse.

Là encore, la décision pouvait se comprendre. Mais l’enchaînement a donné l’image d’une hiérarchie mouvante. Le Parisien avait même évoqué les doutes autour du poste avant Suisse-Algérie, après les performances contestées de Zidane puis de Benbot.

À ce niveau, l’instabilité au poste de gardien n’est jamais neutre. Elle se propage à la défense. Elle installe une fébrilité. Elle donne le sentiment que rien n’est totalement fixé.

L’Autriche, la qualification et la fuite du onze

Le match contre l’Autriche a permis à l’Algérie de survivre. Le nul 3-3 a suffi pour accrocher une place parmi les meilleurs troisièmes. Mais même cette rencontre a laissé des traces.

Épisode révélateur : environ quatre heures avant le coup d’envoi, le onze de départ de l’Algérie avait fuité.  Dans une grande compétition, ce type de fuite est un problème. Il touche à la confidentialité. Il interroge la gestion interne. Il donne l’image d’un groupe qui ne maîtrise pas totalement son environnement. Ce n’est pas forcément ce qui fait perdre un match. Mais c’est un signe. Et dans ce Mondial, les signes n’ont pas manqué.

La Suisse, le match de trop

Face à la Suisse, l’Algérie avait l’occasion de donner un autre sens à sa Coupe du monde. Elle n’y est jamais parvenue. Les Suisses ont frappé dès la 10e minute par Breel Embolo, avant que Dan Ndoye ne double la mise juste après la pause.

Le onze de départ a immédiatement alimenté les critiques. Petkovic a choisi de se passer d’Amine Gouiri au coup d’envoi et d’utiliser Ibrahim Maza dans un rôle de faux numéro 9. Il s’agissait de la quatrième composition différente de Petkovic en quatre matchs dans ce Mondial.

Ce point est central. Une grande compétition demande des ajustements, bien sûr. Mais elle demande aussi une colonne vertébrale. L’Algérie ne l’a jamais vraiment trouvée. Les changements répétés ont donné l’impression d’une équipe en recherche permanente, même au moment où elle devait afficher ses certitudes.

Après la rencontre, Petkovic a reconnu que son équipe avait été punie pour ses erreurs. Mais il a aussi défendu son bilan, parlant d’un retour au Mondial après douze ans et d’une qualification au tour suivant comme d’un « excellent résultat ».

Une prolongation qui a piégé la FAF

La situation est d’autant plus délicate que Petkovic avait été prolongé jusqu’en 2028 juste avant le Mondial.  Avec le recul, ce timing apparaît comme une faute politique. La Fédération a sécurisé son sélectionneur avant de connaître le vrai verdict du terrain. Après l’élimination, elle s’est retrouvée face à une contradiction : assumer une prolongation récente ou reconnaître que le Mondial avait changé la donne.

Plusieurs médias ont depuis évoqué une séparation imminente ou déjà actée. La presse algérienne affirme qu’un accord à l’amiable aurait été trouvé avec la FAF, tout en précisant que l’annonce officielle ne devait pas tarder.

Antar Yahia, le pari du symbole et le risque de l’inexpérience

La succession de Vladimir Petkovic semble déjà prendre forme. Selon le média sportif algérien Compétition, Antar Yahia serait désormais le grand favori pour reprendre la sélection nationale. La Gazette du Fennec affirme que l’ancien capitaine des Verts devrait être nommé prochainement, tandis que Compétition évoque une source officielle de la FAF assurant que son nom a été retenu pour ouvrir le nouveau cycle.

Le choix serait hautement symbolique. Héros d’Oum Dourman, visage fort de la qualification au Mondial 2010 et ancien capitaine respecté du vestiaire algérien, Antar Yahia incarne une forme de retour à l’identité, à la grinta et au vécu de la sélection.

Mais ce pari pose aussi une vraie question sportive. Antar Yahia n’a jamais dirigé une sélection nationale A, ni une équipe première de très haut niveau. Sa reconversion s’est d’abord construite dans les bureaux, comme directeur sportif à l’US Orléans puis à l’USM Alger, avant un passage comme directeur technique de l’académie du Spartak Moscou. Il a ensuite rejoint le terrain, notamment avec le staff du SO Cholet, puis comme entraîneur de la réserve d’Angers, en National 3.

Un symbole fort, donc, et un pari audacieux. Après un Mondial qui a exposé toutes ses fragilités, l’Algérie n’a plus seulement besoin d’ouvrir un nouveau cycle. Elle doit surtout lui donner un cap clair.