Lutte contre le racisme et l’antisémitisme : le Gouvernement présente sa feuille de route 2026-2029 !

Le nouveau Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine fixe 55 mesures pour les quatre prochaines années. Éducation, accompagnement des victimes, formation des agents publics, lutte contre la haine en ligne, emploi, logement, santé et intelligence artificielle : le Gouvernement veut renforcer une réponse jugée indispensable face à la hausse des actes de haine.

Publié : 13h35 par La Rédaction

Aurore Bergé
Crédit : Ministères Sociaux / DICOM / Martin Chang / SIPA

La République se défend aussi dans les salles de classe, les commissariats, les entreprises, les tribunaux et les réseaux sociaux. C’est l’esprit du nouveau Plan national 2026-2029 de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine, porté par Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, avec la DILCRAH.

Dans son éditorial, la ministre résume l’ambition du texte par une formule forte : « La République n'est pas un héritage que l'on contemple. Elle est une promesse que l'on tient.» Le document rappelle l’ampleur du phénomène : près de 1,7 million de Français seraient chaque année victimes de propos ou d’actes racistes, antisémites ou discriminatoires. Pour le Gouvernement, ces atteintes ne relèvent pas seulement de comportements individuels. Elles fragilisent directement le pacte républicain. 

Un plan resserré autour de quatre priorités

Le plan 2026-2029 succède au plan 2023-2026, qui reposait sur cinq axes : affirmer la réalité du racisme et le modèle universaliste, mesurer les phénomènes, mieux éduquer et former, sanctionner les auteurs et accompagner les victimes. Ce précédent cadre comptait 23 objectifs stratégiques et 48 objectifs opérationnels. 

Le nouveau texte choisit une organisation plus directe : quatre axes, 13 objectifs stratégiques et 55 mesures. Il entend agir dès l’enfance, mieux protéger les victimes, mobiliser toute la société et consacrer, pour la première fois, un axe entier aux discriminations liées à l’origine. 

Ces orientations reprennent aussi les conclusions des Assises de lutte contre l’antisémitisme menées en 2025. Aurore Bergé indique avoir voulu transformer ces travaux en mesures opérationnelles. Elle inscrit également cette feuille de route dans la préparation d’un projet de loi de cohésion républicaine, destiné à renforcer les outils juridiques contre le racisme, l’antisémitisme et les formes de haine. 

Une méthode fondée sur la concertation

Le plan a été préparé en deux temps. Dès janvier 2026, 110 associations soutenues nationalement par la DILCRAH ont été consultées. Le 9 avril, un comité de suivi du plan 2023-2026 a permis de dresser un bilan avant l’ouverture de cinq grandes réunions thématiques : éducation, accueil de la parole des victimes, sanction, objectivation des discriminations et haine en ligne. 

La préparation a aussi associé les administrations, les parlementaires, la Commission nationale consultative des droits de l’homme et le Défenseur des droits. Cindy Léoni, déléguée interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT+, insiste sur cette méthode collective. Pour elle, ce combat « est l’affaire de tous et la responsabilité de chacun ». 

Un suivi renforcé chaque année

Le Gouvernement veut aussi éviter que ce plan reste un catalogue d’intentions. Chaque mesure sera associée à des indicateurs de suivi. La CNCDH devra évaluer l’avancement du plan chaque année. Deux comités techniques seront réunis chaque année par la DILCRAH, avec un point d’étape partagé avec les associations, la CNCDH et le Défenseur des droits. Un comité ministériel annuel viendra compléter ce suivi, afin d’identifier les blocages et d’ajuster les mesures si nécessaire. 

Premier axe : former une jeunesse républicaine

Le premier axe place l’école, l’université, la culture, le sport et l’éducation aux médias au cœur de la lutte contre la haine. Le plan prévoit de nouvelles ressources pédagogiques sur l’histoire des mondes juifs, du Moyen-Orient, des mouvements d’émancipation au Moyen-Orient, de l’esclavage, des traites, des Roms et des persécutions tsiganes. Il fixe aussi un objectif important : permettre à 800 000 élèves par an de bénéficier d’une « visite mémorielle ». 

La Semaine d’éducation et d’action contre le racisme et l’antisémitisme doit être relancée pour devenir un rendez-vous plus visible, dans et hors des établissements. Une cartographie des associations et partenaires de lutte contre le racisme et l’antisémitisme sera publiée sur le site de la DILCRAH. Le plan prévoit également une journée européenne contre le racisme et l’antisémitisme avec les associations étudiantes, ainsi qu’une série d’événements en 2027 pour les 20 ans de la panthéonisation des Justes. 

Le supérieur est aussi concerné. Les élus étudiants devront être accompagnés dans leur formation obligatoire contre le racisme et l’antisémitisme. Un module sera déployé auprès de 35 000 étudiants des établissements relevant du ministère de la Culture. Les structures sportives, comme les pôles espoirs, l’INSEP et les CREPS, seront également visées par des outils de sensibilisation. 

La formation des professionnels de l’éducation constitue un autre volet majeur. Le plan prévoit un module sur le racisme et l’antisémitisme dans la formation initiale des cadres de l’Éducation nationale, dans les INSPE pour les enseignants stagiaires, ainsi qu’une formation continue pour 1 000 référents des équipes Valeurs de la République et 19 000 chefs d’établissement et inspecteurs. Les membres des commissions disciplinaires de l’enseignement supérieur devront aussi être formés. 

Enfin, la citoyenneté numérique devient un chantier central. Le plan veut intégrer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme à la certification PIX, du cycle 3 à la terminale, et faire de l’éducation aux médias un outil de lutte contre les préjugés, la désinformation et les discours de haine. 

Deuxième axe : mieux protéger les victimes et mieux sanctionner

Le deuxième axe concerne la chaîne pénale, l’accueil des victimes et la réponse judiciaire. Les policiers et gendarmes devront recevoir, pendant leur scolarité, une formation obligatoire sur le racisme et l’antisémitisme. Les agents de l’IGPN et de l’IGGN auront aussi un module de formation continue. Les polices municipales seront concernées par un module conçu avec le CNFPT. 

Le plan prévoit également de renforcer la formation des magistrats avec l’École nationale de la magistrature et de développer les conventions entre lieux de mémoire et forces de sécurité intérieure. Cette logique s’inscrit dans une conviction : les lieux d’histoire et de mémoire peuvent aider les agents publics à mieux comprendre les mécanismes des préjugés, des discriminations et de la haine. 

Pour les victimes, le texte prévoit une meilleure mise en relation entre les délégués d’aide aux victimes, les associations et les services de police ou de gendarmerie. Les CORAHD, comités opérationnels de lutte contre le racisme, l’antisémitisme, la haine anti-LGBT+ et les discriminations liées à l’origine, devront être renforcés, avec la participation effective de magistrats référents. Une cartographie interactive des associations locales d’accompagnement sera aussi rendue accessible au public. 

Le dépôt de plainte doit être facilité. Le plan prévoit une communication annuelle sur les dispositifs de plainte « hors les murs », comme la Plateforme numérique d’accompagnement des victimes, la Visioplainte, les Maisons France Service, ainsi que PHAROS. Un guide d’accompagnement au dépôt de plainte sera aussi rédigé et diffusé. 

Côté sanction, le Gouvernement veut publier régulièrement les données sur les condamnations, les peines et les alternatives aux poursuites. Les établissements du supérieur seront incités à intégrer dans leur règlement intérieur une clause contre les actes racistes, antisémites et discriminatoires. Les fédérations sportives devront publier chaque année un bilan de leurs sanctions disciplinaires liées à ces faits. 

Troisième axe : mobiliser l’État, les territoires et la société civile

Le troisième axe vise à faire de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme un engagement partagé. L’État veut d’abord renforcer son exemplarité. Les concours de catégories A et A+ intégreront des mises en situation sur le racisme et l’antisémitisme. Les élèves des IRA et de l’INSP devront effectuer une visite dans un lieu de mémoire. Les élèves de l’INSP suivront aussi un module spécifique dispensé par la DILCRAH. 

Le plan prévoit de généraliser, dans toutes les administrations, l’usage du vademecum « Agir contre le racisme, l’antisémitisme et discriminations liées à l’origine » et de la mallette pédagogique de la DILCRAH. L’objectif est d’unifier les définitions et les références utilisées dans les formations continues. 

La mobilisation passera aussi par les territoires. Des stages de citoyenneté dans les lieux de mémoire pourront être développés dans le cadre de sanctions pour propos racistes ou antisémites. Les associations soutenues par le ministère de la Culture devront intégrer des objectifs liés à cette lutte dans leurs conventions pluriannuelles. Les conseils de jeunes seront accompagnés dans leur compétence en matière de lutte contre les discriminations. 

Le sport reste un espace d’action prioritaire. Les arbitres, les encadrants et les supporters seront sensibilisés avec les ligues professionnelles concernées. Le monde de la recherche sera également mobilisé : les agences de financement seront invitées à mieux identifier les projets liés au racisme, à l’antisémitisme et aux discriminations liées à l’origine. 

Le plan fixe aussi un objectif territorial précis : 100 % des départements devront disposer d’un plan local de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine d’ici au premier trimestre 2027. Le document rappelle qu’au moment de sa rédaction, 54 départements sur 101 avaient déjà adopté un tel plan. 

Les lieux de mémoire et les musées occupent une place particulière. Le réseau des musées engagés compte 60 musées, lieux de mémoire et d’histoire. Le plan veut renforcer sa visibilité, ses formations et son accès aux jeunes publics, notamment grâce au Pass Culture. 

Les entreprises sont également appelées à agir. Les structures de plus de 250 salariés seront incitées à désigner des référents dédiés à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, sur le modèle des référents contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. 

Enfin, le numérique est traité comme un terrain de mobilisation à part entière. L’Observatoire de la haine en ligne devra mieux faire remonter les difficultés rencontrées par les acteurs de terrain, notamment sur le signalement, la modération et le traitement des contenus haineux. Le plan prévoit aussi d’encourager le réseau des signaleurs de confiance. 

Quatrième axe : faire reculer les discriminations liées à l’origine

Le quatrième axe marque une évolution importante. Pour la première fois, le plan consacre un volet complet aux discriminations liées à l’origine, notamment dans l’emploi, le logement et la santé. Il prévoit une grande campagne de testing tous les deux ans dans l’inclusion économique, afin de mesurer concrètement les discriminations. 

Les entreprises seront encouragées à mesurer leur diversité, dans le respect du cadre légal fixé par la CNIL et le Conseil constitutionnel. Des indicateurs liés à la diversité et à la lutte contre les discriminations devront aussi être intégrés aux mesures d’impact réalisées par les entreprises. 

Le logement et la santé font l’objet de mesures spécifiques. Un référentiel de formation à la non-discrimination sera produit pour les professionnels de l’immobilier. Les discriminations dans le domaine de la santé devront être mieux mesurées, documentées et rendues visibles. L’information des patients sur leurs droits et leurs recours sera renforcée. 

Le monde du travail est également ciblé. Le plan veut mesurer l’application réelle de l’obligation de formation à la non-discrimination prévue par le Code du travail. Il prévoit aussi de renforcer la formation initiale des conseillers en insertion professionnelle et d’inciter les entreprises, comme les administrations, à déployer des plans « Diversité ». 

« Talents de France », un levier pour l’emploi

Plusieurs mesures reprennent les travaux de l’initiative « Talents de France », lancée en décembre 2025 à La Réunion. Pendant six mois, cette démarche a mobilisé plus de 2 000 entreprises, associations, collectivités, partenaires sociaux, acteurs de l’emploi et citoyens. Deux groupes de travail nationaux, consacrés à la ruralité et aux quartiers prioritaires de la politique de la ville, ainsi que 15 groupes régionaux, ont permis de faire émerger 30 propositions. 

Une charte d’engagements « Talents de France », présentée le 30 juin 2026, rassemble plus de 1 000 entreprises, organisations et réseaux. Les signataires s’engagent notamment à atteindre 8 % de recrutements issus des quartiers prioritaires et des territoires ruraux, à porter à 15 % la part des stages et contrats d’alternance réalisés par des jeunes issus de ces territoires, et à mobiliser 1 % de leurs effectifs dans des actions de mentorat. 

L’intelligence artificielle dans le viseur

Le plan 2026-2029 intègre aussi les risques liés à l’intelligence artificielle. Aurore Bergé prévient : « La haine en ligne n'est pas virtuelle ; ses conséquences, elles, sont bien réelles. » Le texte prévoit donc d’intégrer les enjeux numériques et l’IA dans chacun des quatre axes. 

Dans le champ de l’emploi, le Gouvernement veut lancer un cycle de discussions avec les plateformes de recrutement pour prévenir les discriminations. La DILCRAH, France Travail et le Réseau pour l’emploi devront travailler à une IA responsable, capable de limiter les biais algorithmiques dans les recrutements. Une charte sera aussi proposée aux plateformes locatives pour prévenir les discriminations dans l’accès au logement. 

Une réponse républicaine face aux fractures

À travers ce plan, le Gouvernement veut inscrire la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations dans la durée. L’éducation, la sanction, la réparation, la formation, la prévention et la mesure des discriminations sont présentées comme les piliers d’une même stratégie.

Aurore Bergé résume cette ligne par une autre formule : « Faire République n'est pas une formule. C'est un engagement. Une responsabilité. » Le plan 2026-2029 entend traduire cette ambition en actes, avec une promesse affichée : rendre l’égalité plus concrète, partout sur le territoire, dans les services publics comme dans la vie quotidienne.