Racisme, antisémitisme, xénophobie : la CNCDH alerte sur un niveau d’actes toujours préoccupant en France !
Dans son 36ᵉ rapport annuel, publié le 25 juin 2026, la Commission nationale consultative des droits de l’homme dresse un constat contrasté : la tolérance progresse dans l’opinion, mais les actes racistes, antisémites et antimusulmans restent à des niveaux élevés.
Publié : 12h19 par La Rédaction
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Les chiffres disent une France traversée par deux mouvements contraires. D’un côté, l’opinion publique apparaît plus ouverte qu’il y a trente ans. De l’autre, les faits racistes, antisémites, xénophobes ou antireligieux continuent de marquer le quotidien de nombreuses personnes.
La CNCDH publie son rapport annuel 2025 sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie. Le document, remis officiellement au Premier ministre le 30 juin, rappelle que 9 737 crimes ou délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été enregistrés par les services de police et de gendarmerie en 2025, soit une hausse de 5 % sur un an.
Dans ce contexte, Jean-Marie Burguburu, président de la CNCDH, appelle l’exécutif à renforcer son action : « En sa qualité de rapporteur national indépendant en matière de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, la CNCDH appelle le Gouvernement à mener une politique publique exigeante de lutte contre toutes les formes de racisme, dans le respect du cadre universaliste de la République ».
L’indice de tolérance reste haut
Le Baromètre racisme de la CNCDH montre que la tolérance reste installée à un niveau élevé. En 2025, l’indice longitudinal de tolérance atteint 64 sur 100, soit l’un de ses meilleurs niveaux depuis le lancement des mesures en 1990.
Cette amélioration ne fait toutefois pas disparaître les préjugés. Les Roms restent la minorité la plus mise à distance : 64 % des personnes interrogées les considèrent comme « un groupe à part ».
D’autres clichés restent fortement présents. Selon le baromètre, 59 % des sondés estiment que « de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale ». Ils sont 44 % à penser que « l’immigration est la principale cause de l’insécurité », 35 % à considérer que « les Juifs ont un rapport particulier à l’argent » et 23 % à affirmer que « les enfants d’immigrés nés en France ne sont pas vraiment français ».
La CNCDH relève aussi un net clivage générationnel. Les plus jeunes adhèrent moins aux anciens stéréotypes racistes, avec un écart de 25 points entre les générations nées après 1987 et celles nées avant 1966.
Les actes antisémites restent à un niveau très élevé
Le rapport insiste sur la persistance des actes antisémites. Après la flambée observée dans le contexte du 7 octobre 2023, la CNCDH note encore 1 320 faits antisémites recensés en 2025. Le chiffre baisse par rapport au pic précédent, mais il demeure jugé très inquiétant.
L’inquiétude tient aussi à la nature des faits : 67,4 % des actes antisémites recensés sont des atteintes aux personnes. La CNCDH souligne également leur poids au regard de la taille de la minorité juive en France.
Les faits antimusulmans, eux, progressent fortement. La Direction nationale du renseignement territorial recense 326 faits antimusulmans en 2025, soit une hausse de 88 % par rapport à 2024. Les autres faits racistes et xénophobes atteignent 1 643 signalements, en hausse de 17 %.
La sous-déclaration demeure massive
Derrière les statistiques officielles, la CNCDH rappelle l’ampleur du non-recours. Chaque année, 1,2 million de personnes âgées de 14 ans et plus estiment avoir subi au moins une atteinte raciste, antisémite ou xénophobe. Pourtant, 97 % des victimes déclarées ne portent pas plainte.
Cette sous-déclaration s’explique par plusieurs facteurs : manque de confiance dans les institutions, crainte de représailles, difficulté à déposer plainte ou sentiment que la démarche n’aboutira pas. La CNCDH appelle donc à améliorer l’accueil des victimes, à former davantage les policiers, gendarmes et magistrats, et à généraliser la plainte en ligne.
Une réponse judiciaire jugée encore insuffisante
Le volet judiciaire du rapport pointe un écart entre le nombre de faits recensés et la réponse pénale. En 2024, dernière année disponible pour les données du ministère de la Justice, les parquets ont traité 10 035 affaires à caractère raciste, mettant en cause 7 884 personnes. Ces chiffres sont en hausse de 17 % pour les affaires et de 16 % pour les auteurs orientés.
Mais la CNCDH estime que le traitement reste trop faible. En 2024, 48 % des auteurs orientés vers la justice pour des infractions racistes ont bénéficié d’un classement sans suite, contre 36,9 % pour l’ensemble des faits pénaux. En intégrant les classements pour inopportunité, la réponse pénale tombe à 41 %.
Le rapport se montre particulièrement sévère sur les discriminations. En 2024, seules huit condamnations ont été prononcées dans ce domaine. Pour la CNCDH, ce niveau de réponse nourrit la défiance des victimes et le sentiment d’impunité.
L’enfance au cœur du rapport 2025
Cette année, la CNCDH consacre un focus à la construction du racisme chez l’enfant. Le sujet est présenté comme central, car les préjugés peuvent se former très tôt, au contact de la famille, de l’école, des médias, des réseaux sociaux ou encore des représentations culturelles.
Les chiffres scolaires renforcent cette alerte. Durant l’année 2024-2025, 3 851 actes racistes et antisémites ont été recensés dans les écoles, collèges et lycées, dont 2 183 actes racistes et 1 668 actes antisémites.
La CNCDH insiste sur le rôle de l’école, mais aussi sur celui des jouets, de la littérature jeunesse, des films, des séries et des plateformes numériques. Les réseaux sociaux, très présents dans la vie des adolescents, peuvent favoriser la diffusion de contenus haineux et banaliser les discours discriminatoires.
Des recommandations adressées aux pouvoirs publics
Face à ce constat, la CNCDH demande une action plus précoce et plus coordonnée. Elle recommande notamment de développer des supports pédagogiques adaptés à la petite enfance, montrant la diversité des corps, des familles, des cultures et des origines. Elle demande aussi de renforcer la formation initiale des professionnels de la petite enfance et de l’Éducation nationale.
La Commission appelle également à exécuter pleinement le Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine 2023-2026, dont la mise en œuvre est jugée décevante. Elle propose aussi la création d’un organisme indépendant dédié à la lutte contre la haine en ligne, placé sous l’égide de l’Arcom.
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