Près de 16 millions de Marocains appelés aux urnes demain !

Près de 15,8 millions d’électeurs sont appelés à renouveler la Chambre des représentants. Derrière la bataille des sièges se jouent la prochaine majorité, la réponse aux attentes sociales et la place des Marocains de l’étranger.

Publié : 12h28 par La Rédaction

Vote
Crédit : Pixabay - Vilkasss

Dernières heures de campagne au Maroc. Les électeurs marocains désigneront ce mercredi 23 septembre 2026, les 395 députés de la Chambre des représentants pour un mandat de cinq ans. Ce scrutin déterminera les rapports de force à partir desquels sera constitué le prochain gouvernement. La campagne officielle, ouverte le 10 septembre, s’achève le mardi 22 septembre à minuit. 

Selon les chiffres publiés le 21 septembre sur le portail officiel Maroc.ma, 15 801 162 personnes figurent sur les listes électorales et 7 288 candidatures ont été enregistrées.

La majorité sortante remet son bilan en jeu

Le scrutin intervient après cinq années de gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch, à la tête d’une coalition réunissant le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Parti authenticité et modernité (PAM) et l’Istiqlal. Lors des législatives de septembre 2021, ces formations avaient obtenu respectivement 102, 87 et 81 sièges, soit 270 au total. 

Le RNI mène cette campagne sous la présidence de Mohamed Chaouki, élu le 7 février 2026. Aziz Akhannouch a quitté la direction du parti tout en restant chef du gouvernement sortant. 

Dans l’opposition, le Parti de la justice et du développement (PJD), conduit par Abdelilah Benkirane, cherche à retrouver du poids après sa chute à 13 sièges en 2021. Son programme met notamment en avant la lutte contre la corruption, l’éducation, la santé et la protection sociale. L’Union socialiste des forces populaires, le Mouvement populaire et le Parti du progrès et du socialisme participent également à la compétition. 

Comment seront répartis les 395 sièges

Les électeurs votent pour des listes, selon un système proportionnel. Sur les 395 mandats, 305 sont attribués dans les circonscriptions locales et 90 dans les circonscriptions régionales. Le bulletin porte sur une liste dans son ensemble : l’électeur ne peut ni en modifier l’ordre ni y ajouter des candidats d’une autre formation.

Le quotient utilisé pour répartir les sièges s’obtient en divisant le nombre d’inscrits dans chaque circonscription par celui des mandats à pourvoir. Les sièges encore disponibles sont ensuite distribués selon la règle du plus fort reste. Le nombre d’inscrits, et pas seulement celui des votants, entre donc dans ce calcul. 

Une modification concerne les candidatures régionales. La loi organique n° 53.25 impose désormais des listes exclusivement féminines pour ces 90 sièges. Les femmes peuvent aussi se présenter dans les circonscriptions locales. Au total, 2 658 candidatures féminines ont été recensées pour cette élection. 

L’emploi et les services publics au centre des attentes

L’emploi occupe une place centrale dans la campagne. Selon Reuters, le RNI et le PAM promettent chacun environ un million de postes au cours de la prochaine législature. Leur capacité à tenir ces engagements sera l’un des tests du prochain mandat. 

Les dernières données du Haut-Commissariat au Plan illustrent l’écart entre générations. Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage au sens strict atteignait 27,2 % parmi les actifs de 15 à 24 ans, contre 9,5 % pour l’ensemble de la main-d’œuvre. Le HCP ayant changé de méthode en 2026, ces résultats ne peuvent pas être comparés directement aux chiffres publiés selon l’ancienne enquête. 

L’accès aux soins et la qualité de l’école occupent également une place dans les attentes exprimées. Le prochain mandat couvrira aussi les préparatifs du Mondial 2030, organisé conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. 

La participation des jeunes reste une inconnue

Un chiffre donne la mesure du défi. D’après les données officielles publiées le 21 septembre, les 18-24 ans représentent seulement 4 % des inscrits, contre plus de 29 % pour les personnes de 60 ans et plus. Il s’agit de leur poids dans le corps électoral, et non du pourcentage de jeunes qui voteront. 

Le vote est ouvert aux citoyens marocains âgés d’au moins 18 ans à la date du scrutin et inscrits sur les listes électorales. Cette inscription exige une démarche : atteindre la majorité ne suffit pas à être automatiquement enregistré. 

La diaspora dispose d’une procuration dématérialisée

Pour les Marocains établis à l’étranger, la participation politique repose sur un principe inscrit dans la Constitution. Son article 17 dispose : « Les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. »

Pour ce scrutin, les MRE inscrits sur les listes électorales générales peuvent mandater un autre électeur inscrit dans une commune ou un arrondissement du royaume. Une plateforme permet d’établir cette procuration à distance, depuis les sites officiels elections.ma et listeselectorales.ma. Ouvert le 24 août, le service a pour échéance le mardi 22 septembre à midi. 

L’électeur renseigne ses informations et celles de la personne choisie, vérifie les données, puis télécharge la procuration pour la transmettre à son mandataire. La démarche numérique concerne donc l’autorisation de voter en son nom ; le bulletin est ensuite déposé dans un bureau au Maroc. La Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger précise que cette procédure remplace l’authentification auparavant effectuée auprès d’une ambassade ou d’un consulat. 

Après le vote, la formation du gouvernement

Selon l’article 47 de la Constitution, le roi choisit le chef du gouvernement dans le parti arrivé en tête des législatives, au vu des résultats. Il nomme ensuite les ministres sur proposition du chef du gouvernement. 

L’exécutif doit obtenir la confiance de la Chambre sur son programme. L’article 88 exige la majorité absolue de ses membres, soit au moins 198 voix sur 395. Si aucune formation n’atteint seule ce seuil, des accords entre partis seront nécessaires. Le souverain conserve par ailleurs un rôle central, notamment en présidant le Conseil des ministres, qui délibère sur les orientations stratégiques de l’État. 

Le verdict du 23 septembre donnera ainsi deux indications : le poids de chaque formation et l’ampleur de la mobilisation électorale. La première dessinera les alliances possibles. La seconde permettra de mesurer combien d’inscrits auront choisi de prendre part à cette décision.