Pourquoi l’Arcom a saisi la justice après les propos d’Éric Zemmour !
L’Arcom a transmis à la justice des déclarations tenues par Éric Zemmour sur LCI, BFMTV et CNews le 18 octobre. Le régulateur estime que ces propos sont susceptibles d’appeler à la discrimination.
Publié : 11h11 par La Rédaction
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Un peu plus de deux heures séparent les passages d’Éric Zemmour sur LCI et sur CNews, dimanche 18 octobre au soir. Entre les deux, le président de Reconquête s’exprime aussi sur BFMTV. Il revient chaque fois sur les violences et les pillages commis en marge des manifestations de la veille contre la vie chère. La mobilisation a rassemblé 550 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et 800 000 selon les organisateurs.
« Ce n’est pas inédit mais c’est relativement rare », a déclaré Martin Ajdari, président de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, mardi 3 novembre dans Le 13/14 de France Inter.
Ce qu’Éric Zemmour a dit sur les trois chaînes
Sur LCI, Éric Zemmour commente les images de l’hôtel de ville de Limoges en feu. Il évoque « des hordes de barbares maghrébins et africains qui rentrent dans les villes », selon les propos rapportés par l’AFP. Le présentateur Darius Rochebin le reprend lorsqu’il invoque la théorie du « grand remplacement ».
Sur BFMTV, le président de Reconquête parle de « racailles arabo-musulmanes ». Sur CNews, face à Laurence Ferrari, il réclame « la remigration ».
Déjà candidat en 2022, Éric Zemmour avait annoncé le 17 septembre, sur BFMTV, son intention de se présenter à la présidentielle de 2027.
Le dossier transmis au parquet
La « répétition » des propos et leur « proximité sur différentes antennes » ont, selon Martin Ajdari, « justifié » la démarche de l’Arcom. Ses services ont adressé le signalement à la justice pendant la semaine du 26 octobre.
« En tant qu’autorité publique, nous pouvons être conduits à signaler aux procureurs de la République des propos lorsqu’ils nous paraissent être attentatoires par exemple aux lois en matière d’appel à la discrimination. Cela a été fait par les services de l’Arcom la semaine dernière au sujet de propos tenus sur différentes antennes », a expliqué Martin Ajdari.
La maîtrise de l’antenne en question
Dès le 22 octobre, l’Arcom avait écrit aux radios et aux télévisions pour leur demander davantage de vigilance dans leur couverture des manifestations et des violences. Le régulateur avait commencé à examiner plusieurs séquences qui lui avaient été signalées.
« La loi ne nous donne pas la compétence d’interdire à l’avance tel ou tel invité », a rappelé Martin Ajdari sur France Inter. Il a précisé que « la responsabilité des chaînes de télévision et de radio est d’assurer la maîtrise de l’antenne ». Quand des propos « dépassent le cadre de la loi », « il appartient aux chaînes de contredire, nuancer ». « Les propos tenus par les personnes peuvent engager leur responsabilité individuelle, pénale », a ajouté le président de l’Arcom.
La pétition sur CNews arrive en commission
Déposée en juin sur le site de l’Assemblée nationale, la pétition réclamant la fermeture de CNews a gagné des signatures après l’attentat raciste du 23 octobre à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Le compteur dépassait 650 000 signatures le 2 novembre au soir, puis 890 000 le 5 novembre.
La commission des affaires culturelles et de l’éducation a désigné le député Alexandre Portier rapporteur le 4 novembre. Elle doit se prononcer le 10 novembre sur l’examen ou le classement de la pétition. Le règlement prévoit la possibilité d’un débat dans l’hémicycle à partir de 500 000 signatures issues d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer. La décision d’inscrire ce débat à l’ordre du jour revient à la Conférence des présidents.
Les précédents judiciaires d’Éric Zemmour
En 2011, le tribunal correctionnel de Paris a prononcé deux amendes de 1 000 euros avec sursis pour provocation à la discrimination raciale. « La plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait », avait affirmé Éric Zemmour en 2010 dans Salut les Terriens sur Canal+. Dans une autre émission, il avait défendu la possibilité pour les employeurs d’écarter des candidats noirs ou arabes. Le tribunal a aussi accordé des dommages et intérêts à plusieurs associations.
En 2018, la cour d’appel de Paris a condamné Éric Zemmour à 3 000 euros d’amende pour provocation à la discrimination et à la haine religieuse. Sur France 5, dans C à vous en 2016, il avait déclaré « Nous vivons depuis trente ans une invasion » et estimé, à propos des musulmans, qu’il fallait « leur donner le choix entre l’Islam et la France ». La Cour de cassation a rejeté son pourvoi en 2019. En 2022, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé cette condamnation compatible avec la liberté d’expression garantie par la Convention.
En septembre 2019, lors de la Convention de la droite, Éric Zemmour avait prononcé un discours visant les immigrés et les musulmans. Condamné en 2020 à 10 000 euros d’amende, il avait été relaxé en appel en 2021. Après l’annulation de cette relaxe, la cour d’appel de Paris l’a condamné en février 2024 à 15 000 euros pour provocation publique à la haine ou à la violence et injure publique à caractère raciste. Cette condamnation est devenue définitive le 16 septembre 2025.
En septembre 2020 sur CNews, il avait qualifié les mineurs étrangers isolés de « voleurs », d’« assassins » et de « violeurs ». En janvier 2022, le tribunal l’a condamné à 100 jours-amende de 100 euros, soit 10 000 euros, pour complicité d’injure publique et de provocation publique à la haine ou à la violence. La peine a été confirmée en appel en septembre 2024. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi le 2 décembre 2025.
Dans une autre affaire, la cour d’appel de Paris a condamné Éric Zemmour à 10 000 euros d’amende en avril 2025 pour contestation de crime contre l’humanité. Il avait soutenu que Philippe Pétain avait sauvé des juifs français pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avait annoncé vouloir se pourvoir en cassation. En janvier 2026, la Cour de cassation a rendu définitive sa condamnation pour diffamation publique envers l’Institut national d’études démographiques. Le même mois, elle a rejeté le pourvoi des associations parties civiles dans une affaire où il avait été relaxé en appel en 2024 pour des propos visant les personnes homosexuelles.
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