Réponse à Édouard Philippe : combien de générations faudra-t-il pour être simplement français ?
Publié : 9h37 par Djima Kettane
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Il y a des mots qui blessent. Des mots qui divisent. Des mots qui, sous couvert de discours politique, finissent par rappeler à certains Français qu'ils ne seraient jamais tout à fait des Français comme les autres.
Et voilà qu'une nouvelle fois, l'ancien Premier ministre Édouard Philippe nous renvoie à cette éternelle question des origines, à cette catégorie dans laquelle une partie de la population française semble condamnée à rester enfermée : celle des « Français issus de l'immigration ».
Mais de quelle immigration parle-t-on encore ?
Nous sommes nés ici, en France. Nos parents, pour beaucoup, sont nés ici également. Nous avons grandi dans les écoles de la République, appris son histoire, partagé ses valeurs, construit nos vies, nos familles et notre avenir sur ce territoire.
Nous n'avons jamais pris d'avion ni de bateau pour venir en France. Nous y sommes nés. Nous sommes chez nous. Et pourtant, génération après génération, on continue de nous demander implicitement de justifier notre place.
Combien de générations faudra-t-il encore pour que nous soyons considérés comme des Français à part entière ?
Combien de temps faudra-t-il pour que nos origines cessent d'être un marqueur politique, un instrument de distinction, parfois même de suspicion ?
Nous ne sommes pas des Français provisoires. Nous ne sommes pas des Français sous condition.
Nous ne sommes pas des Français à qui l'on accorde une place à condition qu'ils prouvent sans cesse leur attachement à la République.
Nous sommes français. Point.
Et le plus grave, peut-être, n'est même plus le discours lui-même.
Le plus grave, c'est cette partie de la classe politique qui applaudit, qui salue, qui banalise.
Des responsables politiques qui devraient pourtant être les premiers garants de l'égalité républicaine.
Car lorsque des personnalités politiques entretiennent, volontairement ou non, l'idée qu'il existerait plusieurs catégories de Français, elles prennent une lourde responsabilité.
Elles fragilisent le sentiment d'appartenance de citoyens qui n'ont jamais demandé autre chose que d'être reconnus pour ce qu'ils sont.
On ne peut pas, d'un côté, appeler à l'unité nationale et, de l'autre, continuer à définir des millions de citoyens par le parcours migratoire de leurs parents ou de leurs grands-parents.
On ne peut pas invoquer la République tout en laissant prospérer l'idée qu'une origine familiale constituerait une identité civique à part.
Et surtout, on ne peut pas demander à des générations entières de se sentir pleinement françaises lorsque le débat public leur rappelle constamment qu'elles seraient d'abord autre chose.
Nos parents et nos grands-parents ont travaillé, construit, soigné, enseigné, entrepris et contribué à la richesse de ce pays.
Leurs enfants et leurs petits-enfants font de même aujourd'hui. Ils sont médecins, ouvriers, journalistes, entrepreneurs, enseignants, artistes, élus, fonctionnaires. Ils sont la France d'aujourd'hui.
Ils n'ont pas à demander la permission d'en faire partie.
La République ne se transmet pas par la couleur de peau, par un patronyme ou par une origine supposée.
Elle repose sur une citoyenneté commune, sur des droits et des devoirs identiques.
Bien sûr, notre histoire familiale existe. Elle fait partie de notre richesse. Mais elle ne doit jamais devenir une frontière invisible entre les citoyens.
Nous pouvons être fiers de nos racines sans accepter d'être éternellement renvoyés à elles.
Alors, à Édouard Philippe comme à l'ensemble de la classe politique, une question simple :
Quand cesserez-vous de nous regarder à travers l'histoire migratoire de nos familles pour nous regarder enfin comme des citoyens français ?
Nous n'attendons ni faveur, ni privilège, ni traitement particulier.
Nous demandons simplement que l'égalité républicaine ne soit pas qu'un principe inscrit sur les frontons des mairies, mais une réalité dans les paroles et les actes de ceux qui prétendent gouverner notre pays.
La France n'a pas des enfants de première catégorie et des enfants de seconde catégorie. Elle a des citoyens.
Et il serait temps que certains responsables politiques s'en souviennent.
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