Après la mort de Pengo Bossio Wangi, plus de cent personnalités accusent les mots de la haine !
Omar Sy, Leïla Bekhti, Soprano, Kery James, Camille Cottin, Lilian Thuram et de nombreuses figures de la culture, du sport et de la société civile signent une tribune publiée par Politis après l’attentat raciste de Trappes et La Verrière. Le collectif dénonce la banalisation des discours visant les personnes noires, arabes et musulmanes et appelle le pays à rompre avec le silence.
Publié : 13h14 par La Rédaction
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Le texte s’ouvre comme un avertissement arrivé trop tard : « Nous savions que les mots de la haine finiraient par tuer de nouveau. »
Six jours après l’attaque de Trappes et La Verrière, plus d’une centaine d’artistes, d’athlètes, d’intellectuels, de journalistes et de personnalités associatives prennent collectivement la parole. Dans une tribune publiée mardi 27 octobre par Politis, ils rendent hommage à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et mettent directement en cause la banalisation du racisme dans le débat public.
Parmi les signataires figurent notamment Omar Sy, Leïla Bekhti, Ramzy Bedia, Camille Cottin, Adèle Exarchopoulos, François Civil, Marina Foïs, Aïssa Maïga, Jean-Pascal Zadi, Michel Hazanavicius, Kery James, Soprano, Black M, Gazo, La Fouine, JoeyStarr, Tiakola, Zaho, Tiken Jah Fakoly, Marie-José Pérec, Christian Karembeu, Sarah Ourahmoune, Brahim Asloum et Lilian Thuram.
Cette mobilisation dépasse la seule émotion provoquée par le meurtre. Elle porte une accusation politique : à force de désigner certaines populations comme une menace, les mots finiraient, selon les auteurs, par préparer le terrain aux passages à l’acte.
Un mort et sept blessés dans les Yvelines
Le vendredi 23 octobre, un homme armé circulant à bord d’une voiture a ouvert le feu à plusieurs reprises entre Trappes et La Verrière, dans les Yvelines.
Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans originaire de République démocratique du Congo, a été tué. Le jeune homme pratiquait les arts martiaux mixtes et s’entraînait dans un club d’Aubervilliers avec l’ambition de combattre au plus haut niveau. Sept autres personnes ont été blessées : quatre grièvement et trois plus légèrement, selon le dernier bilan communiqué par le Parquet national antiterroriste. Parmi elles figure une enfant de 11 ans, dont le pronostic vital n’est plus engagé. Trois victimes étaient toujours hospitalisées le 29 octobre et l’une d’elles se trouvait encore entre la vie et la mort.
Huit autres personnes auraient été directement visées sans être atteintes physiquement. Les enquêteurs ont recensé huit scènes de crime sur un parcours d’environ douze kilomètres et retrouvé les traces d’au moins 128 tirs. Le suspect, Kévin T., 39 ans, a été interpellé une vingtaine de minutes après le début de l’attaque.
Le mobile raciste retenu par le parquet antiterroriste
Le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste. Il a également retenu la circonstance aggravante liée à l’appartenance réelle ou supposée des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion.
Lors de sa conférence de presse du 29 octobre, le procureur Olivier Christen a indiqué que le suspect avait reconnu avoir ciblé des personnes musulmanes, africaines ou nord-africaines. Il aurait volontairement choisi Trappes, qu’il décrivait comme un « repaire d’islamistes ».
Le suspect reconnaît la matérialité des faits et leur préméditation, tout en contestant leur caractère raciste. Il aurait néanmoins tenu des propos racistes lors de son interpellation et déclaré n’éprouver « aucun regret », y compris à l’égard de l’enfant blessée.
Une information judiciaire a été ouverte. Kévin T. doit être présenté à des juges antiterroristes en vue d’une mise en examen. Il bénéficie, à ce stade, de la présomption d’innocence concernant les qualifications pénales qui seront définitivement retenues.
Une tribune contre la banalisation
Les signataires de la tribune refusent de considérer le passage à l’acte comme un événement isolé, sans lien avec le climat politique et médiatique. Ils dénoncent la multiplication de discours présentant les habitants des quartiers populaires, les musulmans et les personnes issues de l’immigration comme des suspects permanents. Leur texte vise particulièrement les commentaires ayant suivi les violences du 17 octobre, lorsque certains intervenants avaient attribué les troubles à des « jeunes de banlieue » malgré l’impossibilité d’identifier les personnes dissimulées sous des casques et des masques.
Pour le collectif, cette désignation répétée installe une hiérarchie implicite entre les citoyens : certains seraient spontanément perçus comme des victimes légitimes, d’autres comme des menaces dont la souffrance suscite moins d’émotion.
Les auteurs accusent une partie du monde médiatique de transformer les discours xénophobes en sujets ordinaires de confrontation télévisée. Ils reprochent également à des responsables politiques de reprendre le vocabulaire et les obsessions de l’extrême droite sans mesurer les conséquences possibles dans la société.
Des noms rappelés pour combattre l’oubli
Le texte replace la mort de Pengo Bossio Wangi dans une série de crimes et d’agressions à caractère raciste ou islamophobe survenus au cours des derniers mois.
Les signataires citent notamment Hichem Miraoui, tué par balles en mai 2025 dans son salon de coiffure à Puget-sur-Argens, ainsi qu’Aboubakar Cissé, poignardé dans une mosquée de La Grand-Combe un mois plus tôt. Ils évoquent également Ismaël Aali, retrouvé mort dans un étang à Loire-sur-Rhône en janvier 2026, et les tirs commis contre des enfants à Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire.
En réunissant ces noms, les auteurs veulent combattre ce qu’ils perçoivent comme une différence de traitement politique et médiatique entre les victimes. Ils estiment que les crimes visant des personnes noires ou musulmanes ne provoquent pas toujours une mobilisation institutionnelle à la hauteur de leur gravité.
La minute de silence réclamée a bien eu lieu
Le collectif achevait son appel en réclamant une minute de silence à l’Assemblée nationale en mémoire de Pengo Bossio Wangi. Cet hommage a été rendu le mardi 27 octobre, en ouverture de la séance des questions au gouvernement, devant des membres de la famille de la victime et le maire de Trappes. « Le racisme tue, la haine de l’autre tue », a déclaré la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, avant que les députés et les membres du gouvernement ne se lèvent.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a qualifié les faits d’attentat terroriste raciste. Un hommage national, qu’il doit présider, a également été annoncé.
« Nous refusons d’être des cibles »
Le cœur du texte tient dans cette formule : « Nous refusons d’être des cibles. » Les personnalités réunies par Politis ne cherchent pas à démontrer leur utilité ou leur attachement à la France. Elles refusent précisément d’avoir encore à le faire pour obtenir le droit élémentaire de vivre sans être désignées comme étrangères, suspectes ou dangereuses.
Leur appel invite à soutenir les proches des victimes, les associations et les collectifs antiracistes. Il demande aussi de nommer clairement les actes et les idéologies qui les nourrissent : « Nommer pour combattre. »
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