Karim Zéribi répond à Éric Zemmour et assume sa pétition contre Reconquête !

Invité des Z’informes sur Beur FM, Karim Zéribi a défendu sa pétition réclamant la dissolution de Reconquête. En réponse à Éric Zemmour, qui dénonce une volonté de censure, l’ancien député européen invoque la lutte contre les discours racistes. Il revendique aussi une citoyenneté française pleinement compatible avec les origines et l’histoire familiale de chacun.

Publié : 12h51 par La Rédaction

Photo Karim Zéribi
Crédit : Photo Karim Zéribi - Beur FM

Karim Zéribi assume la confrontation avec Éric Zemmour. Mais il entend en fixer les limites. Sur Beur FM, l’ancien eurodéputé a maintenu sa demande de dissolution de Reconquête, tout en réaffirmant sa disponibilité pour un débat contradictoire. « On ne peut pas confondre la liberté d’opinion avec le droit d’injurier », insiste-t-il.

Derrière la pétition, il défend une certaine idée de la citoyenneté : aucun Français ne devrait avoir à justifier sa place dans le pays en raison de son nom, de ses origines ou de sa religion.

Après Trappes, le refus d’une parole raciste banalisée

Karim Zéribi explique que le drame de Trappes a déclenché sa démarche. L’attaque du 23 octobre, commise à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, a fait un mort et cinq blessés. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête prenant en compte le mobile raciste présumé des faits. 

Il précise toutefois ne pas établir de lien direct entre cette attaque, Éric Zemmour et Reconquête. Sa critique porte sur le climat qu’il estime alimenté par les discours visant les musulmans et les Français d’origine maghrébine ou africaine.

« Nous avons besoin de solutions, de solutions qui s’adressent à tous les Français sans distinction d’origine, d’appartenance ou de croyance religieuse quelle qu’elle soit », déclare-t-il. À l’approche de la présidentielle, il réclame des propositions répondant aux difficultés de tous les citoyens, sans distinction d’origine ou de croyance.

L’ancien élu dit mesurer la dégradation du débat à l’aune de son expérience des quartiers populaires, où des familles venues d’horizons différents partageaient un même quotidien. Il refuse pour autant de confondre apaisement et absence de désaccord : « La confrontation, elle est normale dans un débat présidentiel. L’opposition, elle est normale.»

La limite, à ses yeux, se situe dans les propos réprimés par la loi. Pour lui, la confrontation des idées ne saurait justifier les injures racistes ou la provocation à la haine.

Éric Zemmour dénonce une tentative de censure

Pendant l’entretien, l’émission diffuse la réponse vidéo publiée par Éric Zemmour sur les réseaux sociaux. Le président de Reconquête rappelle leurs anciens échanges télévisés, qu’il décrit comme vifs mais courtois. Il reproche désormais à Karim Zéribi de vouloir interdire son mouvement et censurer sa parole.

Il invoque les libertés garanties par la démocratie française et introduit une comparaison avec l’Algérie : « Nous ne sommes pas en Algérie, dans une dictature militaire qui interdit toute parole libre. » Éric Zemmour assure qu’il continuera à exprimer ce qu’il présente comme la réalité du pays. 

Karim Zéribi y voit une manière de le ramener à ses origines plutôt que de répondre au fond de sa demande. Il réplique en revendiquant à la fois sa nationalité française et son héritage algérien : « Ces deux appartenances, vous savez, elles ne s’opposent pas. Elles se complètent. »

« Nous sommes français à part entière »

La réponse dépasse alors le seul différend autour de Reconquête. Karim Zéribi conteste une conception de l’appartenance nationale qui ferait des origines un critère de légitimité.

« La France n’est pas une nation ethnique. La France n’est pas une nation religieuse », rappelle-t-il. Il défend une nation construite autour de principes communs : « La France est une communauté de destin. Ce n’est pas une communauté de couleur de peau, de religion ou d’origine ethnique. »

L’ancien eurodéputé accuse aussi Éric Zemmour de défendre une conception communautariste de la nation. « Éric Zemmour essaie de balkaniser, d’ethniciser le débat. En fait, il prône une France communautariste quand nous prônons une France ouverte sur l’universel. »  « Nous sommes français à part entière », affirme-t-il. Puis il insiste : « Et nous avons notre place dans ce pays, qui est aussi le nôtre. »

Immigration, armée et police : défendre une citoyenneté à part entière

Karim Zéribi rappelle avoir déjà débattu avec Éric Zemmour, notamment sur l’immigration. Il soutient que celle-ci joue un rôle essentiel dans l’activité du pays : « Sans l’immigration, il n’y a plus d’économie française. » 

Il évoque également les militaires français de confession musulmane engagés sur les théâtres d’opérations. Leur service sous le drapeau français lui sert à contester les discours mettant en doute leur loyauté : « Ces Français-là, ils sont français ou ils ne le sont pas ? »

Il critique, dans cette perspective, les expressions « submersion migratoire » et « grand remplacement », auxquelles il reproche de présenter une partie de la population comme étrangère au destin national. « Nous sommes la continuité de cette France, fidèle à ses valeurs universalistes, de liberté, d’égalité, de fraternité. »

Intervenant dans l’émission, Jean-Pierre Colombiès, ancien commandant de police, rappelle que cette diversité existe aussi parmi les policiers. Il évoque notamment Ahmed Merabet, tué à Paris le 7 janvier 2015 lors de l’attaque contre Charlie Hebdo. 

Karim Zéribi rappelle alors avoir travaillé auprès de Jean-Pierre Chevènement au ministère de l’Intérieur et évoque son engagement en faveur de la police de proximité. Il explique avoir voulu favoriser un recrutement représentatif de la population. Il défend également le caractère majoritairement républicain de la police, tout en demandant que les fautes soient condamnées lorsqu’elles sont commises.

Une pétition qui risque de faire de la publicité à Zemmour ?

Jean-Pierre Colombiès interroge néanmoins la pertinence de la stratégie. Se concentrer sur Reconquête ne risque-t-il pas d’offrir une visibilité supplémentaire à son président, tout en laissant de côté les causes profondes des fractures françaises ?

L’ancien policier replace ces tensions dans une histoire politique plus longue. Il revient sur le débat relatif à l’identité nationale lancé sous Nicolas Sarkozy et reproche aussi à la gauche d’avoir négligé les questions d’intégration et d’assimilation. Selon lui, viser Éric Zemmour pourrait conduire à traiter les symptômes plutôt que les ressorts du problème.

Karim Zéribi rejette l’objection. Il estime que l’exposition médiatique du président de Reconquête existe indépendamment de sa pétition. « Ce n’est pas moi qui lui fais de la publicité. C’est tous les journalistes qui banalisent sa parole raciste, haineuse, islamophobe. »

Une demande de dissolution encadrée par le droit

À l’appui de son initiative, Karim Zéribi invoque les condamnations pénales d’Éric Zemmour. Il dénonce aussi ce qu’il considère comme une différence de traitement, en citant les appels de Bruno Retailleau à dissoudre La France insoumise.

Sa pétition se fonde sur le 6° de l’article L. 212-1 du Code de la sécurité intérieure. Elle demande au gouvernement d’engager une procédure contre Reconquête sous réserve d’établir que les conditions légales sont remplies, notamment concernant les agissements imputables au parti. 

La dissolution relève d’un décret en conseil des ministres. Une telle mesure doit être adaptée, nécessaire et proportionnée à la gravité des troubles susceptibles d’être portés à l’ordre public, sous le contrôle du juge administratif. La pétition ne suffit donc pas à entraîner, à elle seule, l’interdiction de Reconquête. 

Karim Zéribi plaide également pour empêcher l’accès à la présidentielle de responsables condamnés pour des infractions racistes, antisémites ou liées à la haine religieuse. Il s’agit d’une revendication distincte de la procédure visant le parti. « La haine n’a pas de place dans le débat présidentiel », martèle-t-il.

« Un bon Français, c’est pas celui qui oublie d’où il vient »

Au fil de l’entretien, Karim Zéribi revient à une préoccupation : la capacité des Français à affronter ensemble les difficultés du pays. Il reconnaît l’importance des réponses à apporter sur la dette, les services publics, le chômage et le pouvoir d’achat. Mais il estime que ces efforts sont fragilisés lorsque les citoyens sont dressés les uns contre les autres. « Une nation qui fait corps, elle peut faire face à tous les défis, à tous les problèmes », soutient-il.

Cette unité suppose, selon lui, de respecter les histoires familiales. Les origines maghrébines, africaines, européennes ou arméniennes qu’il évoque peuvent coexister avec un attachement sincère aux valeurs républicaines et à la laïcité. « Un bon Français, c’est pas celui qui oublie d’où il vient. Un bon Français, c’est celui qui adhère aux valeurs de la République. »

En fin d’émission, il indique que sa pétition est disponible, par le lien placé dans la biographie de son compte Instagram. Son appel s’accompagne d’un rappel adressé à l’ensemble du débat politique : « La France, c’est notre bien commun à tous. »