Petite Casbah raconte l’Algérie aux enfants et réveille la mémoire des familles !
En salle ce mercredi 14 octobre, le film d’animation d’Antoine Colomb entraîne les enfants dès 6 ans dans l’Alger de 1955. Porté par quatre jeunes héros issus de milieux différents, ce récit d’aventures aborde la colonisation, les inégalités et les prémices de la guerre d’indépendance sans jamais perdre de vue l’amitié.
Publié : 13h12 par La Rédaction
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Sur les toits de la Casbah, quatre enfants regardent la mer et rêvent d’un horizon plus vaste que celui dessiné par les adultes. Autour d’eux, Alger bruisse des tensions de l’année 1955. La guerre d’indépendance a commencé quelques mois plus tôt, les injustices coloniales structurent la vie quotidienne et la méfiance s’installe entre les communautés.
Eux choisissent pourtant de courir dans les mêmes ruelles, de partager leur refuge et de mener ensemble une enquête qui les dépasse.
En salle ce mercredi 14 octobre, Petite Casbah, en partenariat avec Beur FM, raconte cette histoire à hauteur d’enfant. Réalisé par Antoine Colomb, ce film d’animation de 84 minutes s’adresse au jeune public dès 6 ans, mais aussi aux adultes qui cherchent les mots pour transmettre une histoire familiale ou collective encore chargée de silences.
Une arrivée à Alger qui tourne au drame
Le récit s’ouvre en juin 1955. Khadidja, 9 ans, quitte sa Kabylie natale pour rejoindre son grand frère Malek à Alger. La fillette nourrit deux rêves simples : aller à l’école et découvrir cette mer qu’elle aperçoit depuis les hauteurs de la ville.
Son arrivée ne se déroule pas comme prévu. Lors d’une altercation au marché, Malek est arrêté par la police. Brutalement livrée à elle-même dans une ville qu’elle connaît à peine, Khadidja trouve refuge auprès de Lyes, un enfant des rues débrouillard qui a installé une cabane sur les toits de la Casbah.
Elle y rencontre Ahmed, passionné de dessin, et Philippe, un jeune garçon juif amateur de boxe. Ensemble, les quatre enfants cherchent à comprendre ce qui est arrivé à Malek. Un message codé et plusieurs indices les entraînent à travers les marchés, les terrasses et les ruelles escarpées d’Alger.
L’enquête donne au film son rythme et son énergie. Elle permet surtout d’aborder l’histoire sans enfermer les jeunes spectateurs dans un exposé scolaire.
La grande histoire vue à hauteur d’enfant
Petite Casbah ne cherche pas à raconter toute la guerre d’Algérie. Le film se place à ses prémices, à une époque où le conflit est déjà engagé mais où Alger n’a pas encore connu les affrontements qui marqueront particulièrement la ville à partir de 1956.
La colonisation apparaît dans le quotidien des personnages : les différences d’accès à l’école, la manière dont la police traite les habitants, les écarts sociaux, les vêtements ou encore la liberté de circuler. Les enfants ne possèdent pas tous les mots permettant de nommer ces injustices, mais ils en perçoivent parfaitement les effets.
Antoine Colomb évite ainsi de leur prêter un discours d’adulte. Khadidja, Lyes, Ahmed et Philippe comprennent le monde par ce qu’ils vivent, par leurs peurs, leurs disputes et les décisions qu’ils doivent prendre.
Le réalisateur expliquait vouloir montrer comment des enfants appartenant à des milieux et à des « camps » différents peuvent dépasser les préjugés transmis par les adultes. Le conflit demeure présent, mais il ne dévore jamais entièrement le récit.
Des personnages pour raconter la pluralité d’Alger
La bande formée par les quatre héros reflète une partie de la diversité de l’Algérie de l’époque. Arabes, Kabyles, Chaouis, juifs, Français et descendants d’Espagnols se côtoyaient alors dans un pays traversé par de profondes inégalités juridiques, politiques et sociales.
Le film ne présente pas pour autant cette coexistence comme un décor idyllique. Les enfants vivent dans la même ville, mais pas dans les mêmes conditions. Certains fréquentent l’école tandis que d’autres travaillent ou tentent simplement de trouver un toit. Les amitiés deviennent alors une manière de franchir des frontières que le système colonial cherche à maintenir.
Khadidja possède la détermination de celle qui refuse d’attendre que les autres décident à sa place. Lyes connaît les rues et leurs dangers. Ahmed observe le monde avec son crayon. Philippe apporte son enthousiasme et sa passion pour la boxe. Chacun conserve son histoire, sa culture et sa personnalité, mais leur aventure commune les oblige à faire collectif.
Le film évoque également plusieurs figures culturelles et historiques, parmi lesquelles la chanteuse Reinette l’Oranaise et le boxeur Alphonse Halimi. Ces références ne sont pas de simples clins d’œil aux adultes : elles redonnent chair à l’Alger populaire, artistique et sportif des années 1950.
Un scénario signé notamment par Alice Zeniter
Le film est écrit par Alice Zeniter, Alice Carré et Marie de Banville. Romancière, dramaturge et metteuse en scène, Alice Zeniter travaille depuis plusieurs années sur les mémoires liées à l’Algérie, aux déplacements et aux héritages familiaux.
La réalisation a été confiée à Antoine Colomb, passé notamment par Disney avant de travailler sur des programmes comme Les Lapins crétins, Yétili et Les Contes de Lupin. L’animation en 2D privilégie les couleurs lumineuses et les lignes arrondies, sans effacer la dureté du contexte historique.
La direction artistique est assurée par Élodie Remy, le montage par Dalila Hamdad et la musique par Xavier Thiry. Alicia Hava, Céline Ronté, Magali Rosenzweig et Alice Orsat figurent parmi les interprètes ayant prêté leur voix aux personnages.
Produit par Darjeeling avec Panique! et Lunanime, le projet avait également été développé sous la forme d’un feuilleton de six épisodes de 26 minutes pour France Télévisions. Sa version destinée aux salles resserre l’aventure en un long métrage de 1 h 24 distribué par Les Films du Préau.
Des témoignages familiaux derrière la fiction
La précision des souvenirs montrés à l’écran ne vient pas uniquement des livres d’histoire. Pour préparer le projet, ses créateurs ont recueilli la parole de personnes qui avaient entre 8 et 14 ans dans l’Algérie de cette époque.
Noam Roubah, l’un des producteurs, a notamment raconté le rôle joué par son père, né à Alger en 1950 et parti en 1962. Longtemps, celui-ci avait peu parlé de son enfance et des traumatismes associés à son départ. Après la disparition de sa propre mère, il a éprouvé le besoin de recueillir les souvenirs de proches appartenant à différentes communautés.
Des jeux fabriqués avec des noyaux d’abricot aux lieux fréquentés par les enfants, ces détails ont nourri la fiction. Ils donnent au film une texture intime : l’Histoire n’est plus seulement une succession de dates, mais une somme de voix, d’odeurs, d’objets et de souvenirs parfois contradictoires.
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