Mobilisation lycéenne, la colère retombe à peine et un acte IV se prépare !
Au lendemain d’une journée qui a rassemblé entre 266 000 et 450 000 personnes, le mouvement lycéen se poursuit ce mercredi 7 octobre. Le gouvernement tente d’ouvrir un espace de dialogue tandis que plusieurs syndicats préparent déjà une nouvelle journée de grève et de manifestations jeudi. La suspension des grenades assourdissantes et l’ouverture de 18 enquêtes par l’IGPN témoignent d’un climat toujours extrêmement tendu.
Publié : 13h26 par La Rédaction
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Après les cortèges, les blocages et les affrontements, l’heure devait être au retour en classe. La crise lycéenne est pourtant loin d’être refermée. Ce mercredi matin, 528 établissements connaissaient encore une suspension totale ou partielle des cours, selon le ministère de l’Éducation nationale.
Le chiffre recule de 41 % par rapport à la veille et 86 % des lycées fonctionnent normalement. Mais l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à maintenir la pression. Une nouvelle journée nationale, présentée comme l’« acte IV » du mouvement, se prépare pour jeudi avec le soutien de plusieurs syndicats de l’Éducation.
Jusqu’à 450 000 manifestants dans les rues
L’« acte III » organisé mardi 6 octobre a marqué un changement d’échelle. Le ministère de l’Intérieur a recensé 266 000 manifestants dans une trentaine de rassemblements, dont 56 000 à Paris. Les organisations lycéennes et étudiantes ont revendiqué 450 000 participants à travers la France, dont 100 000 dans la capitale.
Les revendications portent notamment sur les effectifs dans les classes, le remplacement des professeurs absents, l’état de certains établissements, l’organisation du temps scolaire, Parcoursup et, plus généralement, les moyens accordés à l’Éducation nationale.
La journée de mardi a également donné lieu à 488 interpellations. Le ministère de l’Intérieur porte à 6 547 le nombre total d’interpellations depuis l’extension du mouvement, à la fin du mois de septembre.
Une demi-journée pour libérer la parole
Face à l’ampleur de la contestation, le gouvernement mise sur le dialogue dans les établissements. À partir de ce mercredi, chaque lycée doit organiser une demi-journée banalisée, sans cours habituels, afin que les élèves puissent exprimer leurs difficultés et formuler leurs propositions.
Baptisé « Temps Lycéens », le dispositif doit être adapté localement par chaque chef d’établissement. Les autres cours sont maintenus. « La parole lycéenne est précieuse et doit être entendue », a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu. L’exécutif espère que ces échanges permettront de ramener les revendications dans le cadre scolaire et d’éloigner les jeunes des blocages les plus exposés aux violences.
Une consultation nationale a parallèlement été ouverte sur la plateforme Agora jusqu’au 23 octobre. Selon le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, 30 000 contributions anonymes avaient déjà été déposées en vingt-quatre heures.
Le ministre a également annoncé qu’il recevrait dès mercredi soir la liste des établissements où des absences de professeurs non remplacées pénalisent les élèves. Les rectorats devront examiner les situations signalées sous huit jours et présenter aux établissements concernés un plan d’action.
Vingt-quatre lycées ne peuvent toujours pas rouvrir
La reprise demeure impossible dans les établissements les plus endommagés. Selon Édouard Geffray, 24 lycées ont été incendiés ou saccagés au point de ne pas pouvoir accueillir immédiatement leurs élèves.
Environ 30 000 jeunes se retrouvent ainsi privés de cours en présentiel. Plusieurs centaines d’autres établissements auraient subi des dégradations parfois importantes. Le ministère évalue les premiers dommages à un montant compris entre 20 et 30 millions d’euros au minimum.
Depuis le début de la mobilisation, 215 élèves et 88 membres du personnel de l’Éducation nationale ont été blessés, selon le bilan présenté mercredi par le ministre.
Édouard Geffray estime que les violences ont « perverti » le mouvement et en ont « effacé en partie » les revendications dans le débat public. Il met en cause des groupes extérieurs qualifiés d’ultraviolents, accusés d’avoir infiltré certains rassemblements et pris pour cible des établissements ou des personnels.
Les grenades assourdissantes suspendues
La gestion policière des mobilisations se trouve elle aussi au cœur de la crise. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé mercredi matin la suspension, à titre conservatoire, de l’utilisation des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen.
Cette décision intervient après la grave blessure d’un adolescent de 15 ans à Lens. Touché par l’explosion d’une grenade lors d’une mobilisation, le jeune garçon a dû être amputé d’une main.
Les circonstances exactes du drame doivent encore être établies. Sa mère affirme que son fils n’a pas ramassé l’engin, contrairement à certaines versions relayées après les faits, et annonce son intention de porter plainte.
Laurent Nuñez défend la nécessité d’une réponse policière face aux dégradations et aux agressions, tout en reconnaissant qu’un mouvement impliquant de nombreux mineurs ne peut pas être traité comme une manifestation ordinaire d’adultes.
Après une réunion organisée mardi soir à l’Élysée, Emmanuel Macron a demandé que les interventions soient conduites avec « la plus grande proportionnalité ». Le chef de l’État a également réclamé davantage d’« empathie », d’explications et de « pédagogie » de la part des autorités.
Dix-huit enquêtes confiées à l’IGPN
Laurent Nuñez a par ailleurs indiqué que 18 enquêtes avaient été ouvertes par l’Inspection générale de la police nationale. Elles devront notamment déterminer si les interventions mises en cause respectaient les principes de nécessité et de proportionnalité.
Une procédure distincte a été ouverte après la plainte pour tentative de meurtre déposée contre un policier par un adolescent interpellé à Belfort. L’avocat du jeune homme, âgé de 17 ans, accuse le fonctionnaire d’avoir tenté de le maintenir sous l’eau près du ruisseau de la Savoureuse.
L’enquête a été transférée de Belfort à Vesoul afin de garantir son impartialité.
Parcoursup cristallise toujours la colère
Au-delà des violences, le gouvernement tente de répondre aux motifs de fond du mouvement. Parcoursup occupe une place importante parmi les griefs exprimés par les lycéens.
Auditionné à l’Assemblée nationale, Édouard Geffray a mis en garde contre une suppression du système qui ne serait accompagnée d’aucune solution de remplacement. Selon lui, une disparition pure et simple de la plateforme pourrait renforcer les inégalités sociales et territoriales dans l’accès aux formations supérieures.
Le gouvernement promet davantage de transparence et de simplicité, mais refuse, à ce stade, de remettre entièrement en cause le principe de la plateforme.
Une nouvelle journée de mobilisation jeudi
Les annonces gouvernementales n’ont pas convaincu les organisations à l’origine du mouvement. L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à poursuivre les blocages et à organiser de nouveaux cortèges jeudi.
Le Snes-FSU, la CGT, Force ouvrière, Sud Éducation et l’Unsa ont annoncé leur soutien à cette nouvelle journée. Le mouvement pourrait ainsi s’étendre davantage aux personnels de l’Éducation nationale.
Sébastien Lecornu doit s’exprimer mercredi soir depuis Matignon. Le Premier ministre abordera notamment la situation dans les lycées, mais aussi les prix des carburants, la crise agricole et les finances publiques.
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