Une école entière reste ouverte pour une seule élève à Jijel !

Un seul cartable dans la classe, une seule enfant dans la cour, mais toute une école qui continue de vivre. Dans les montagnes de Jijel, Nihad Bousbia est l’unique élève de son établissement primaire. Pour lui permettre de poursuivre normalement sa scolarité, l’école est pourtant restée ouverte, avec un directeur, deux enseignants, un cuisinier et un gardien. Une histoire singulière devenue, en quelques jours, le symbole d’une école qui refuse de laisser un enfant au bord du chemin.

Publié : 8h53 par La Rédaction

Ecole
Crédit : WOKANDAPIX - Pixabay

Chaque matin, la porte de l’école s’ouvre. Le directeur est là. Les enseignants aussi. En cuisine, le repas peut être préparé. Le gardien veille sur l’établissement. Et pourtant, lorsque vient l’heure de s’asseoir derrière les pupitres, une seule enfant prend place. Elle s’appelle Nihad Bousbia.

Dans la région d’Akhrat, sur le territoire de la commune d’El Ancer, dans la wilaya de Jijel, cette jeune écolière vit une année scolaire comme aucune autre. Elle est aujourd’hui la seule élève de l’école primaire du martyr Bousbia Mbarek. Une situation exceptionnelle qui aurait pu conduire à la disparition provisoire des cours dans cet établissement rural.

Il n’en a rien été. Parce qu’il reste une enfant à instruire, l’école, elle aussi, reste debout.

Selon les informations relayées autour de son histoire, cinq adultes continuent ainsi de faire fonctionner l’établissement : un directeur, deux enseignants, un cuisinier et un gardien. Une organisation maintenue pour une seule élève, afin qu’elle puisse poursuivre sa scolarité malgré l’isolement de cette région montagneuse.

Dans les montagnes de Jijel, aucun enfant n’est de trop

C’est probablement ce qui a touché tant d’Algériens. Derrière les chiffres, il y a une enfant. Derrière cette enfant, un principe simple : habiter loin des grandes villes ne devrait pas signifier apprendre moins que les autres. À Akhrat, ce principe prend une forme étonnamment concrète. Là où, ailleurs, une sonnerie annonce l’arrivée de dizaines ou de centaines d’élèves, elle ne retentit ici que pour Nihad. Là où une maîtresse doit généralement partager son attention entre toute une classe, la petite fille est désormais au centre d’un établissement presque entièrement tourné vers sa scolarité.

L’histoire pourrait sembler irréelle. Elle est pourtant bien réelle. Et c’est précisément cette disproportion qui lui donne toute sa force : une école entière continue de fonctionner pour qu’une seule enfant puisse apprendre.

Dans cette région où le relief et l’éloignement compliquent les déplacements, envoyer quotidiennement une jeune élève vers un établissement beaucoup plus distant ne constitue pas nécessairement une solution anodine. Le maintien de son école lui permet de continuer à étudier dans son environnement, sans que son lieu de résidence ne devienne un obstacle à son instruction.

Quand le service public prend le visage d’une enfant

L’histoire de Nihad rappelle aussi ce que signifie concrètement le droit à l’éducation. Il est facile d’inscrire ce principe dans des textes. Il l’est beaucoup moins de le faire vivre lorsque l’école se trouve dans une région isolée et qu’il ne reste presque plus d’enfants autour d’elle.

À Akhrat, il ne s’agit plus d’une formule abstraite. Il faut ouvrir les portes. Chauffer ou entretenir les locaux. Faire venir les enseignants. Assurer la surveillance. Préparer le repas. Organiser une journée scolaire normale alors que la classe ne compte qu’un seul visage.

Et pourtant, chaque matin, tout recommence. Une petite fille prend son cahier. Des enseignants lui font cours. Une école accomplit sa mission.

Une histoire qui a ému bien au-delà de Jijel

Lorsque la situation de la jeune écolière a commencé à circuler sur les réseaux sociaux algériens, les réactions se sont multipliées. Car au-delà de son caractère insolite, beaucoup ont vu dans cette scène un symbole : celui d’une enfant dont la scolarité continue de compter, même lorsqu’elle est seule.

Ce qui frappe n’est donc pas seulement le nombre de personnes mobilisées autour de Nihad. C’est le message que leur présence dessine. Un directeur pour diriger une école où il n’existe plus qu’une élève. Deux enseignants pour continuer à transmettre. Un cuisinier pour qu’un repas puisse toujours être servi. Un gardien pour que l’établissement reste un lieu sécurisé. Et au milieu d’eux, une enfant qui poursuit son chemin comme n’importe quelle autre écolière.

Pour Nihad, l’école continue simplement

Pour la jeune fille, cependant, cette extraordinaire mobilisation est probablement devenue son quotidien. Il faut imaginer ces matinées sans brouhaha dans les couloirs, ces récréations sans dizaines de camarades, cette classe où toutes les questions de l’enseignant s’adressent à elle.

Il manque évidemment ce qui fait aussi la vie d’une école : les amitiés, les jeux collectifs, les conversations dans la cour, les éclats de rire entre deux cours. Mais il reste l’essentiel : Nihad peut continuer à apprendre.

Son histoire met également en lumière une autre réalité, celle de certaines zones rurales où la diminution de la population transforme progressivement la carte scolaire. À Akhrat, la question de l’avenir de l’établissement existe bel et bien. Le père de Nihad a d’ailleurs fait part de ses interrogations sur son maintien à plus long terme et sur la scolarisation de son fils cadet.

Une seule élève, mais un avenir qui compte autant que les autres

C’est peut-être là que se trouve toute la beauté de cette histoire. On pourrait regarder cette école et n’y voir que des salles vides. On pourrait compter les enseignants, calculer les moyens mobilisés et comparer le tout au nombre d’élèves.

Mais il suffirait alors d’oublier l’essentiel. Au bout du calcul se trouve une enfant. Une enfant qui doit apprendre à lire, à écrire, à comprendre le monde. Une enfant dont les rêves n’ont pas moins de valeur parce que sa maison se trouve dans une région montagneuse. Une enfant pour laquelle une école continue de se réveiller chaque matin.

Dans les hauteurs de Jijel, la rentrée scolaire 2026-2027 aura donc produit une image rare. Celle d’un établissement presque vide, mais certainement pas inutile. Celle d’enseignants qui continuent leur travail même lorsqu’il n’y a plus qu’une seule main susceptible de se lever pour répondre. Celle, enfin, d’une petite fille qui franchit chaque matin la porte d’une école restée ouverte pour elle.

Parce qu’en matière d’éducation, parfois, un seul enfant suffit à donner tout son sens à une école.