Le permis pourrait coûter jusqu’à 200 euros de plus sous le choc des carburants !
Avec des voitures parcourant jusqu’à 60 000 kilomètres par an, les auto-écoles encaissent de plein fouet l’envolée des prix à la pompe. Plusieurs établissements ont déjà relevé leurs tarifs et les professionnels anticipent désormais un surcoût pouvant atteindre 150 à 200 euros sur une formation complète.
Publié : 12h37 par La Rédaction
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Dans une auto-école, la voiture ne sert pas seulement à rejoindre le lieu de travail. Elle est le lieu de travail. Du matin au soir, les véhicules enchaînent les leçons, les manœuvres et les kilomètres en circulation urbaine, dans des conditions particulièrement gourmandes en carburant.
Alors que les prix à la pompe atteignent des niveaux très élevés, sous l’effet notamment du conflit au Moyen-Orient et des tensions sur l’approvisionnement énergétique, les quelque 11 000 écoles de conduite voient leurs charges s’envoler.
Un véhicule d’auto-école parcourt généralement entre 45 000 et 60 000 kilomètres par an. À cette échelle, quelques dizaines de centimes supplémentaires sur chaque litre finissent par représenter plusieurs milliers d’euros dans les comptes d’un établissement.
Les professionnels préviennent désormais qu’ils ne pourront plus absorber seuls cette augmentation. Pour les futurs conducteurs, la conséquence risque de se lire directement sur la facture.
Jusqu’à 200 euros supplémentaires sur un forfait
Patrick Mirouse, président de l’École de conduite française, estime que la hausse pourrait atteindre entre 150 et 200 euros pour une formation actuellement facturée autour de 1 600 euros.
Cela représenterait une progression de l’ordre de 9 % à 12,5 %. Le prix du forfait pourrait ainsi se rapprocher de 1 800 euros, avant même d’éventuelles heures supplémentaires ou une seconde présentation à l’examen.
Cette augmentation n’est pas encore uniforme. Chaque établissement fixe ses tarifs en fonction de ses charges, de sa localisation et des contrats proposés. Certaines auto-écoles ont néanmoins commencé à répercuter une partie du surcoût.
Des dépenses de carburant en hausse de 30 à 40 %
Vincent Rageul, gérant de plusieurs établissements rennais et président régional de l’ECF, chiffre entre 30 % et 40 % la progression des dépenses de carburant depuis le début de la crise énergétique.
Les marges des écoles de conduite étaient déjà faibles. Selon Lorenzo Lefebvre, président de la branche éducation et sécurité routière du syndicat Mobilians, elles se situaient auparavant entre deux et quatre euros par heure de conduite. La hausse du carburant réduit encore cet espace. « On est à l’os », résume le représentant professionnel.
Les établissements peuvent difficilement modifier les prix des formations déjà engagées. Le contrat-type protège généralement les élèves inscrits contre une augmentation en cours de parcours. Le surcoût doit donc être absorbé par l’entreprise ou répercuté sur les nouveaux contrats.
Les auto-écoles exclues des principales aides
En septembre, le gouvernement a annoncé une extension des dispositifs de soutien face à la flambée des carburants, pour un coût global estimé à 450 millions d’euros. L’aide destinée aux travailleurs utilisant beaucoup leur véhicule doit notamment être élargie.
D’un montant de 100 euros pour les mois d’octobre à décembre, elle s’adresse toutefois aux particuliers utilisant leur voiture personnelle pour se rendre au travail. Les véhicules de fonction ou de service en sont exclus.
Les auto-écoles ne figurent pas non plus parmi les secteurs bénéficiant des guichets professionnels spécifiques, contrairement à certaines professions fortement dépendantes du carburant.
« Pour elles, rouler n’est pas un trajet pour aller travailler : c’est le travail lui-même », a relevé le sénateur du Nord Joshua Hochart dans une question adressée au gouvernement au début du mois d’octobre.
Une dépense qui éloigne encore les jeunes du permis
La hausse annoncée intervient alors que le permis de conduire est déjà difficilement accessible pour une partie de la jeunesse.
D’après le Baromètre des mobilités du quotidien 2026, réalisé par Ipsos pour Wimoov auprès de 13 400 personnes, 36 % des 18-24 ans ne possèdent pas le permis, principalement pour des raisons financières.
Près de trois jeunes sur quatre déclarent avoir renoncé à au moins un déplacement au cours des cinq dernières années. Plus préoccupant encore, 22 % ont déjà abandonné un trajet lié à un emploi ou à une formation faute de solution de mobilité.
L’absence de permis peut donc freiner l’accès au travail, particulièrement dans les territoires ruraux, périurbains ou mal desservis par les transports collectifs.
Pour Lorenzo Lefebvre, le secteur se retrouve pris dans un cercle vicieux : les auto-écoles doivent augmenter leurs prix pour survivre, mais cette hausse risque d’éloigner une partie de leur clientèle.
Les délais d’examen alourdissent aussi la facture
Le carburant n’est pas la seule cause de l’augmentation du coût réel du permis. Le manque de places à l’examen pratique oblige de nombreux candidats à attendre plusieurs semaines, notamment après un premier échec.
Le délai moyen avant une nouvelle présentation est estimé à environ 80 jours, alors que la loi fixe un objectif médian maximal de 45 jours. Dans certains départements, l’attente peut être beaucoup plus longue.
Durant cette période, les candidats doivent souvent reprendre des leçons pour conserver leur niveau et retrouver de la confiance. Chaque heure supplémentaire vient alors alourdir une formation déjà coûteuse.
En 2024, environ 1,57 million de places avaient été proposées pour l’examen du permis B. Les représentants des auto-écoles estimaient qu’il en aurait fallu au moins 2,19 millions en 2025 pour répondre à la demande, renforcée par l’abaissement à 17 ans de l’âge permettant de passer l’épreuve.
Le gouvernement a prévu le recrutement de 80 inspecteurs supplémentaires en 2026. La profession en réclame au moins 150.
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