Algérie

Décès de Pierre Guyotat, l’écrivain qui aimait l’Algérie

10 février 2020 à 09h48 Par Manuel Mariani
Crédit photo : D.R.

L’écrivain, dramaturge et journaliste Pierre Guyotat s’est éteint ce vendredi 7 février, à Paris, à l’âge de 80 ans. Dans son œuvre, il avait dépeint sans fards les atrocités de la guerre d’Algérie, après avoir été détenu et torturé par la Sécurité Militaire française, inculpé d’atteinte au moral de l’armée, de complicité de désertion et de possession de livres et de journaux interdits.

Alors qu’il a à peine 20 ans, Pierre Guyotat est déjà un jeune écrivain prometteur. Marqué par le destin tragique de certains membres de sa famille qui étaient entrés dans la Résistance durant la seconde guerre mondiale, il dépeint crument les violences liées à la guerre.

En 1960, il est appelé en Algérie. Deux années plus tard, inculpé d’atteinte au moral de l’armée, de complicité de désertion et de possession de livres et de journaux interdits, il sera arrêté par la Sécurité Militaire, qui le détiendra dans une prison en Kabylie.

Il y démarrera l’écriture de « Tombeau pour cinq cent mille soldats », qui ne paraîtra qu’en 1967 aux éditions Gallimard, et dans lequel il décrira les errances et les exactions de l’Armée Française dans des termes aussi crus que violents.

Extrait du livre Tombeau pour cinq cent mille soldats : « En ce temps-là, la guerre couvrait Ecbatane. Beaucoup d'esclaves s'échappaient, s'accrochaient aux vainqueurs mais quand ceux-ci voulaient les faire parler sur la résistance des occupés, les esclaves refusaient de livrer le nom de leurs anciens maîtres, ils retombaient alors dans une plus grande servitude. Ecbatane était encore la plus vaste capitale de l'Occident : elle avait été bâtie sur quinze kilomètres de côtes. Chaque jour, les plages en contrebas du boulevard du front de mer, se couvraient de cadavres de jeunes résistants débarqués la nuit et fusillés par les sentinelles de mer. Les vainqueurs avaient vaincu sans peine : ils avaient pris une ville qui se débarrassait de ses dieux. Ecbatane retournait au Septentrion, d'où ces vainqueurs, bottés, casqués, blindés, tenaient la neige de leurs semelles et la glace de leurs cils. Depuis cent ans, la terre se refroidissait : les savants d'Ecbatane travaillaient secrètement une arme capable de la réchauffer mais les vainqueurs la leur volèrent. Un avion fut construit où l'ont mis l'arme et les savants qui furent envoyés dans le Septentrion. Les vainqueurs persécutèrent ceux que la capitale rejetait hors de ses mers : aventuriers, saltimbanques, soldats. Quelques familles, dans le coeur de la capitale, ne voulurent point se soumettre aux ordres de délation et de cruauté : leurs enfants, la nuit, s'enfuyaient dans les terres, d'autres s'embarquaient dans les criques souterraines de la côte sud, tous ralliaient l'archipel de Buxtehude encore inviolé mais recouvert jour et nuit des ombres des bombardiers ennemis. »