Souad Massi sacrée aux Victoires du Jazz 2026 avec son album Zagate !

La chanteuse franco-algérienne a remporté le prix du meilleur album de musiques du monde aux Victoires du Jazz 2026. Une nouvelle distinction qui confirme le rayonnement international d’une artiste dont le parcours mêle folk, chaâbi, rock et poésie.

Publié : 12h49 par La Rédaction

Souad Massi
Crédit : Souad Massi - Instagram

Souad Massi ajoute une nouvelle ligne majeure à son palmarès. La chanteuse, auteure-compositrice et musicienne algérienne a été récompensée lors des Victoires du Jazz 2026, dans la catégorie du meilleur album de musiques du monde, pour son dernier opus Zagate. La cérémonie s’est tenue le 21 mai à la Maison de la Radio et de la Musique, à Paris, dans le cadre de la 24e édition de l’événement. 

Zagate, un album au croisement des influences

Sorti en mars dernier, Zagate rassemble onze titres portés par une écriture exigeante et une identité sonore très affirmée. Le titre de l’album, parfois présenté sous la graphie «Tzagat», renvoie à une expression du dialecte algérien signifiant que «les choses se sont dégradées, ont mal tourné». Dans une autre formulation, le mot évoque aussi l’idée que « les choses tournent mal ».

Avec ce projet, Souad Massi poursuit le travail qui a façonné sa signature musicale. L’album mêle jazz, rock, folk et sonorités populaires algériennes. L’artiste y conserve une place centrale pour la guitare, les textes et les langues qui nourrissent son univers.

Une voix algérienne reconnue bien au-delà de la scène francophone

Cette récompense vient confirmer une carrière construite sur la durée. Souad Massi, née le 23 août 1972 à Bab El-Oued, à Alger, est originaire de Boghni, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Issue d’une famille mélomane, elle découvre très tôt le chaâbi, la musique arabo-andalouse, le rock américain, le folk, la pop, la country ou encore le fado portugais.

Avant de s’imposer en solo, elle apprend la guitare et le solfège à Alger, puis se produit avec Les Trianas d’Alger à partir de 1989. Dans les années 1990, alors que le contexte sécuritaire rend la vie artistique de plus en plus difficile, elle suit des études d’urbanisme et devient ingénieure. Menacée, elle quitte Alger pour la Kabylie, où elle travaille dans une agence d’architecture.

Elle revient ensuite à la musique avec le groupe hard-rock Atakor. Le succès d’une cassette enregistrée avec cette formation la pousse à abandonner l’urbanisme pour se consacrer pleinement à la chanson.

De Paris à la reconnaissance internationale

Le tournant intervient en 1999, lorsqu’elle est invitée au festival Femmes d’Alger, au Cabaret Sauvage à Paris. Remarquée par le public et les professionnels, elle reste en France et signe avec Island-Mercury, chez Universal Music.

Son premier album français, Raoui, sort en 2001. Le titre signifie « le conteur ». L’album reçoit un accueil critique favorable et installe Souad Massi dans le paysage musical francophone. Deux ans plus tard, elle publie Deb. Le morceau Dar djedi, soit « la maison de mon grand-père », est écrit au moment où sa famille quitte Alger pour s’installer en Kabylie.

En 2005, elle sort Mesk Elil, un album qui lui vaut le prix des musiques du monde aux Victoires de la musique en 2006. Elle poursuit ensuite avec Ô Houria, enregistré à Astaffort dans le studio de Francis Cabrel, puis avec plusieurs projets marqués par une grande diversité de styles et de langues.

Une artiste fidèle à ses racines

Depuis plus de vingt ans, Souad Massi défend une musique où se croisent folk-rock, chaâbi, musique arabo-andalouse et influences venues d’ailleurs. Elle chante le plus souvent en arabe algérien, mais aussi en français, en anglais et parfois en berbère.

En 2011, elle participe à la formation « Les chœurs de Cordoue », créée avec le guitariste Eric Fernandez, en hommage à la ville andalouse. En 2015, elle publie en autoproduction El-Mutakalimun, un album consacré à la poésie arabe. Deux ans plus tard, elle est élevée au rang d’officier des Arts et des Lettres.

Son album Oumniya, qui signifie « mon souhait », sort à l’automne 2019. Il aborde notamment la liberté, l’émancipation, l’amour, l’humanisme et les préoccupations de l’artiste pour l’Algérie. En 2022, avec Sequana, produit par Justin Adams, elle élargit encore son univers vers des sons du Sahel, d’Amérique du Sud et du rock.

Une consécration de plus pour une carrière singulière

Avant cette Victoire du Jazz 2026, Souad Massi avait déjà été remarquée sur la scène internationale. En 2020, elle avait été nommée aux Edison Jazz World Awards aux Pays-Bas, dans les catégories meilleure artiste et meilleur album mondial. Son album Oumniya avait également été salué par la critique et dans les classements de musiques du monde.

Avec Zagate, la chanteuse confirme son statut d’artiste majeure. Cette nouvelle distinction vient récompenser une trajectoire exigeante, portée par une voix identifiable, une écriture poétique et une fidélité constante à ses racines algériennes.