Khalida Boufedech brise le plafond de verre et prend la tête de l’APN en Algérie !

Élue mardi 28 juillet 2026 avec 302 voix, la médecin et députée du Front de libération nationale devient la première femme à présider l’Assemblée populaire nationale en Algérie depuis l’indépendance. Son accession au troisième rang de l’ordre protocolaire consacre un parcours construit entre les hôpitaux, les assemblées locales et l’engagement politique.

Publié : 12h58 par La Rédaction

Khalida Boufedech
Crédit : Khalida Boufedech - Consulat Général d'Algérie à Paris

Un plafond de verre vient de céder au palais Zighoud-Youcef. Pour la première fois, une femme s’installe à la présidence de la chambre basse du Parlement algérien. Son nom est Khalida Boufedech. Elle est médecin, élue locale, militante politique et, désormais, présidente de l’Assemblée populaire nationale.

L’événement dépasse le simple renouvellement d’un responsable institutionnel. Il porte la force des premières fois. Celles qui arrivent tard, après des décennies d’attente, mais qui déplacent durablement les frontières du possible.

En choisissant Khalida Boufedech pour diriger les travaux de la dixième législature, les députés algériens ont inscrit une femme au sommet d’une institution jusqu’ici exclusivement présidée par des hommes. Elle succède à Brahim Boughali et prend les commandes de l’APN pour les cinq prochaines années. 

Une élection sans suspense, mais chargée d’Histoire

Khalida Boufedech a obtenu 302 voix. Un résultat massif face à ses deux concurrents : Amine Allouche, candidat du Mouvement de la société pour la paix, a recueilli 57 suffrages, tandis que Rachid Hassani, présenté par le Rassemblement pour la culture et la démocratie, en a obtenu sept.

Sa candidature bénéficiait du soutien du FLN, mais aussi de plusieurs formations de la majorité parlementaire, parmi lesquelles le Rassemblement national démocratique, le Front El Moustakbal et le Mouvement El Bina. Des élus indépendants et plusieurs petites formations avaient également annoncé leur appui. L’issue du scrutin semblait acquise. Sa portée historique, elle, ne pouvait être banalisée. 

La nouvelle présidente devient ainsi l’une des plus hautes autorités du pays. Elle occupe le troisième rang dans l’ordre protocolaire, derrière le président de la République et le président du Conseil de la nation. La Constitution prévoit que le président de l’APN est élu pour toute la durée de la législature. Khalida Boufedech devrait donc rester au perchoir jusqu’en 2031. 

Mais un vote ne suffit pas à faire une présidence. À partir de maintenant, la nouvelle dirigeante de l’Assemblée devra conduire les débats, préserver l’autorité de l’institution, organiser le travail parlementaire et faire vivre le contrôle de l’action gouvernementale. Derrière le symbole commence déjà l’épreuve du pouvoir.

De la blouse blanche au perchoir

Née le 27 mai 1982, Khalida Boufedech a 44 ans. Mariée et mère de deux filles, elle appartient à cette génération d’Algériennes qui ont grandi après les grandes années de la guerre de libération, mais dans un pays encore profondément travaillé par leur héritage.

Son premier engagement fut celui du soin. Diplômée en médecine générale de l’Université d’Alger en 2008, elle s’oriente vers l’allergologie et l’immunologie clinique. Elle obtient en 2019 un diplôme d’études spécialisées dans cette discipline, au terme d’un long parcours universitaire et hospitalier.

Elle commence sa carrière à l’Établissement public hospitalier d’Aïn Taya. Après plusieurs expériences dans des structures sanitaires, elle rejoint le Centre hospitalo-universitaire de Beni Messous, où elle poursuit sa spécialisation. Ce passage par l’hôpital lui donne une connaissance directe des réalités du système de santé : ses urgences, ses contraintes administratives, mais aussi le dévouement quotidien de ses personnels.

Depuis 2023, elle occupe un poste de cheffe de service au sein de la Direction de la santé et de la population de la wilaya d’Alger. Elle y exerce notamment des responsabilités liées aux structures, aux activités et aux professions de santé. 

Son itinéraire n’est donc pas celui d’une professionnelle de la politique ayant grandi exclusivement dans les appareils partisans. Avant de connaître les couloirs du Parlement, elle a fréquenté ceux des hôpitaux. Avant de diriger une assemblée, elle a appris à observer, à diagnostiquer et à décider dans un univers où l’erreur peut coûter cher.

Une ascension politique commencée au plus près des citoyens

L’engagement politique de Khalida Boufedech s’est d’abord enraciné à l’échelle locale. De 2012 à 2017, elle siège à l’Assemblée populaire communale de Bordj El Bahri, dans l’est de la capitale. Cette première expérience élective la confronte aux préoccupations les plus immédiates de la population : logement, voirie, transport, santé, cadre de vie et accès aux services publics.

En 2021, elle rejoint l’Assemblée populaire de wilaya d’Alger. Son parcours change alors de dimension. Elle passe de la gestion communale à une vision plus large des politiques publiques dans une capitale soumise à d’importants défis démographiques, sanitaires et urbains.

Son élection comme députée ouvre la troisième étape de cette progression : la représentation nationale. De la commune à la wilaya, puis de la wilaya à l’Assemblée nationale, son ascension s’est effectuée sans rupture spectaculaire. Elle s’est construite par paliers, au fil des mandats et des responsabilités. 

Membre du Front de libération nationale, Khalida Boufedech siège au comité central du parti. Elle a également présidé la commission chargée des femmes au sein de la mouhafadha de Dar El Beïda. Dans cette fonction, elle a participé à la mobilisation des militantes et à la promotion de leur présence dans la vie publique.

Elle a, en parallèle, intégré plusieurs conseils et instances liés au secteur sanitaire. Chez elle, les deux trajectoires — médicale et politique — ne se sont jamais réellement séparées. Elles se sont nourries l’une de l’autre. 

Dans son élection, le visage de toutes les Algériennes

À travers Khalida Boufedech, ce sont aussi les femmes algériennes que l’Histoire vient saluer. Celles qui ont porté des messages sous leurs vêtements durant la guerre de libération. Celles qui ont soigné les blessés dans les maquis. Celles qui ont enseigné dans les villages, tenu les familles pendant les années de violence, dirigé des laboratoires, écrit dans les journaux, défendu des causes devant les tribunaux ou sauvé des vies dans les services d’urgence.

Celles que l’on voit et toutes celles dont les noms restent absents des plaques officielles. Les Algériennes n’ont jamais attendu l’autorisation d’entrer dans l’Histoire. Elles y étaient déjà. Dans les luttes, dans les sacrifices, dans le travail et dans la transmission. Ce qui change, en ce 28 juillet 2026, c’est que l’une d’entre elles prend officiellement place à la tête de l’une des principales institutions de la République.

Khalida Boufedech n’arrive pas seule au perchoir. Avec elle montent les espoirs de plusieurs générations. Des femmes qui ont souvent porté le pays sans toujours être appelées à le représenter. Des femmes à qui l’on a demandé d’être courageuses, compétentes et patientes, mais rarement de gouverner.

Son élection ne referme pas un combat. Elle en ouvre une nouvelle page. Ce 28 juillet 2026, l’Algérie n’a pas simplement élu une présidente d’Assemblée. Elle a déplacé une frontière. L’avenir dira jusqu’où.