Marine Le Pen veut donner la priorité aux Français dans les HLM !

Marine Le Pen a choisi le logement pour donner le coup d’envoi de sa campagne présidentielle. Dimanche 13 septembre à Hénin-Beaumont, la candidate du Rassemblement national a promis d’appliquer la « priorité nationale » aux HLM et aux aides au logement.

Publié : 13h25 par La Rédaction

Marine Le Pen
Crédit : Marine Le Pen - Facebook

Le logement vient de s’inviter avec fracas dans la bataille pour 2027. Pour son premier grand rendez-vous de campagne, Marine Le Pen est revenue à Hénin-Beaumont, son fief du Pas-de-Calais, avec l’ambition de faire de ce sujet l’un des axes majeurs de son projet présidentiel. Au centre de son discours, une vieille proposition du RN remise au premier plan : faire de la nationalité française un critère prioritaire pour accéder à certains dispositifs sociaux. 

Cette orientation provoque déjà une levée de boucliers. Dès le lendemain, Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du Logement et actuelle présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), a accusé Marine Le Pen de désigner les immigrés comme responsables d’une crise dont les causes sont, selon elle, ailleurs. 

Marine Le Pen replace la « priorité nationale » au cœur de son projet

À Hénin-Beaumont, Marine Le Pen n’a laissé guère de doute sur la place qu’elle entend réserver à cette mesure en cas de victoire en 2027. La candidate a présenté la « priorité nationale » comme un « droit naturel et juste » et promis de l’étendre notamment à l’accès au logement. 

Son principe : à situation comparable, un Français devrait passer avant un ressortissant étranger pour l'attribution d'un logement social. Marine Le Pen veut également réserver aux Français les aides personnelles au logement. Elle l’a résumé devant ses soutiens en affirmant que les Français, sans distinction de couleur de peau, de religion ou d’origine, « seront prioritaires chez eux »

Le vice-président du RN Sébastien Chenu a confirmé cette orientation lundi matin sur RTL, y compris pour le logement étudiant. Interrogé sur le nombre de logements qui pourraient effectivement devenir disponibles grâce à cette mesure, il a cependant reconnu ne pas disposer du chiffre. 

La proposition s’inscrit dans une doctrine ancienne du parti. Marine Le Pen défend depuis plusieurs campagnes la « priorité nationale », expression que le RN préfère désormais à celle de « préférence nationale », historiquement associée au Front national.

Emmanuelle Cosse dénonce une « lubie xénophobe »

La riposte du monde HLM n’a pas tardé. Lors d’une conférence de presse organisée lundi 14 septembre, Emmanuelle Cosse a jugé que la proposition de Marine Le Pen « nourrit une lubie xénophobe » et qu’elle ne répond pas aux causes de la crise actuelle du logement. 

L’ancienne ministre écologiste conteste surtout l’idée selon laquelle les étrangers seraient avantagés dans l’attribution des HLM.

« Les étrangers ne sont pas favorisés dans l’entrée dans le logement social, il n’y a aucun favoritisme », a-t-elle assuré. L’USH estime que les ressortissants étrangers représentent environ 15 % des locataires du parc HLM. 

Emmanuelle Cosse accuse ainsi la candidate RN d’utiliser la pénurie actuelle pour concentrer le débat sur l’immigration plutôt que sur la production de logements, le niveau des loyers, le prix du foncier ou encore l’accession à la propriété. 

La Confédération nationale du logement a également rejeté cette approche. Pour l’association de locataires, modifier les règles d’attribution en fonction de la nationalité ne ferait pas disparaître le manque de logements disponibles. 

Près de 2,8 millions de ménages étaient déjà en attente fin 2024

Le débat intervient dans un contexte particulièrement tendu. Les chiffres disponibles montrent que l’engorgement du logement social ne cesse de s’aggraver.

À la fin de l’année 2024, 2,767 millions de ménages attendaient un logement social en France, soit 6 % de plus en un an, selon les données publiées par l’USH. Seulement 384 000 logements avaient été attribués au cours de l’année. Le taux de satisfaction des demandes était ainsi tombé à 14 %, son niveau le plus faible depuis dix ans. 

Le parc social français comptait, au 1er janvier 2025, environ 5,4 millions de logements. Sur un an, 71 300 logements avaient été mis en location pour la première fois, tandis que 18 100 avaient été démolis et 10 900 vendus. Le parc n'avait donc progressé que de 0,5 %. 

Les difficultés ne concernent d’ailleurs pas uniquement le logement social. Entre août 2025 et juillet 2026, 370 673 logements ont été autorisés à la construction en France, un niveau inférieur de 9,5 % à la moyenne observée au cours des cinq années précédentes. 

Les APL également visées par Marine Le Pen

Le projet présenté dimanche ne s’arrête pas aux HLM. Marine Le Pen veut également réserver les aides personnelles au logement aux Français. Là encore, une telle mesure bouleverserait les règles actuellement en vigueur.

Le Code de la construction et de l’habitation autorise aujourd’hui les ressortissants étrangers remplissant certaines conditions de séjour à recevoir une aide personnelle au logement. Les règles ont d’ailleurs été modifiées le 1er juillet 2026 pour certains étudiants originaires de pays situés hors de l’Union européenne, sans pour autant instaurer une exclusion générale des étrangers. 

La « priorité nationale » se heurterait aussi au droit européen

L’application du principe à tous les étrangers poserait en outre une difficulté particulière avec les ressortissants de l’Union européenne travaillant en France. Le règlement européen sur la libre circulation des travailleurs est très précis. Son article 9 prévoit qu’un salarié citoyen d’un autre pays de l’Union doit bénéficier, dans l’État où il travaille, des mêmes droits et avantages que les travailleurs nationaux en matière de logement. Il doit notamment pouvoir s’inscrire sur les listes de demandeurs dans les mêmes conditions et profiter des mêmes priorités. 

Une priorité systématique fondée sur la seule nationalité française se heurterait donc, au minimum pour une partie des ressortissants européens, aux obligations découlant du droit de l’Union.

Sur le plan constitutionnel français, la question est également complexe. L’article premier de la Constitution affirme notamment l’égalité devant la loi sans distinction d’origine, de race ou de religion. Le Conseil constitutionnel a déjà admis que certaines prestations puissent être soumises à des conditions particulières pour les étrangers, par exemple une durée de résidence, à condition que la différence de traitement ait un rapport avec l’objectif poursuivi par la loi. Cela ne permet donc pas de conclure qu’une « priorité nationale » générale serait automatiquement validée ou automatiquement censurée : tout dépendrait du texte retenu et de sa portée. 

La loi SRU également dans le viseur du RN

Le deuxième front ouvert dimanche concerne la construction de logements sociaux. Marine Le Pen a promis d’abroger la loi SRU, estimant qu’elle impose aux communes des contraintes inefficaces. 

Adoptée en 2000, cette loi oblige certaines communes importantes situées dans les agglomérations concernées à compter 20 % ou 25 % de logements sociaux parmi leurs résidences principales. Pour la période 2026-2028, 121 communes sont toutefois exemptées de cette obligation en raison notamment de difficultés de construction, d’une faible attractivité ou d’une pression moindre sur la demande. 

Selon le ministère du Logement, 2 196 communes entraient dans le champ de la loi en 2024 et 1 276 d’entre elles restaient en dessous de l’objectif fixé. 

DPE, MaPrimeRénov’ et « familles délinquantes »

La candidate RN a profité de son discours pour dévoiler un ensemble beaucoup plus large de mesures. Elle souhaite supprimer les contraintes qu’elle juge excessives liées au diagnostic de performance énergétique, abandonner le principe de « zéro artificialisation nette », remplacer MaPrimeRénov’ par un prêt à taux zéro baptisé « 100 % rénov » et mettre gratuitement certains terrains publics à disposition des constructeurs en échange de logements à loyers modérés. 

Marine Le Pen a aussi promis l’expulsion de « familles délinquantes » vivant en HLM et souhaite renforcer la politique contre les squats.