« Nègre », « bicot », « Kirikou »… la vidéo accablante d’un policier municipal de Carcassonne !

Une caméra-piéton restée active pendant une patrouille a enregistré plusieurs heures de propos racistes, misogynes, homophobes et complotistes au sein de la police municipale de Carcassonne. Le parquet enquête depuis plusieurs mois.

Publié : 9 septembre 2026 à 12h44 par La Rédaction

Police
Crédit : Diego Fabian Parra Pabon - Pixabay

Une caméra que son porteur pensait éteinte, plusieurs heures d’enregistrement et des propos d’une extrême violence. Depuis la publication des images par Midi Libre, l’affaire secoue Carcassonne et dépasse désormais largement le cadre de la police municipale.

Au centre de la polémique figure un brigadier-chef principal de 50 ans, ancien militaire, qui dirigeait une patrouille de quatre agents le 6 novembre 2025. La caméra-piéton a enregistré les échanges de l’équipage sans que les policiers aient conscience qu’elle fonctionnait. Le parquet de Carcassonne est saisi depuis janvier 2026 et une enquête administrative avait déjà été ouverte avant l’arrivée de la nouvelle majorité municipale.

Une succession de propos racistes pendant la patrouille

Les séquences rendues publiques montrent le brigadier-chef multiplier les insultes visant notamment les personnes noires ou d’origine maghrébine.

Au passage d'un automobiliste présenté comme d’origine maghrébine, il lance : « Ils roulent vite ces bougnes ». Quelques instants plus tard, il poursuit : « J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan… »

Les Africains sont également qualifiés de « singes » au cours des discussions. L

Une autre scène intervient après l’appel d’une automobiliste expliquant avoir probablement heurté un animal. Un agent s'inquiète : « J’espère que c’est pas un gamin, ou quelqu’un, qu’elle a percuté. » Le brigadier-chef répond alors : « Non, c’est peut-être un migrant, un petit Kirikou », avant de poursuivre en imitant un accent africain : «Kirikou dans la savane, il est percuté, il est venu en France, il est percuté par un véhicule. »

Brigitte Macron, guerre d’Algérie et appel à une dictature

Les échanges ne se limitent pas aux insultes racistes. Le policier reprend également la rumeur complotiste et infondée prétendant que Brigitte Macron serait une femme transgenre. « On essaye de cacher ça au monde entier », affirme-t-il.

Une discussion autour de la guerre d’Algérie donne lieu à une autre séquence particulièrement violente. « Et alors ? On a niqué des bougnoules, on a niqué des bougnoules ! Et eux, combien de soldats ils ont niqué ? (...) Après, où commence la torture ? », déclare le policier.

Évoquant l’histoire de la traite négrière et le rôle joué par certains groupes africains dans la capture et la vente d’autres populations, il lâche également : « Entre tribus, ils se vendaient, ces singes », avant d'ajouter : « Je crois que je commence à devenir raciste. »

Ses déclarations prennent ensuite une dimension ouvertement politique. Le brigadier-chef appelle à « un coup d’Etat, une dictature en France ». Il imagine aussi que « les Russes viennent pour cinq-six ans », notamment pour « tuer les blédards » et « mettre au pilori Macron et tous les pédés ».

Des propos misogynes également enregistrés

La caméra-piéton capte par ailleurs plusieurs tirades misogynes. Dans l’une d’elles, le policier développe sa vision de la domination masculine : « Le patriarche, c’est celui qui commande à la maison, celui qui bande et qui a les muscles : chez Cro-Magnon, ça marchait comme ça, les connasses à l’époque dans les grottes, si elles n’étaient pas avec leur mec, elles se faisaient buter à l’extérieur. »

Un bénévole du service d’ordre du RN

L’affaire a pris une dimension politique supplémentaire en raison des liens du brigadier-chef avec le Rassemblement national.

Ancien militaire du 3e RPIMa de Carcassonne, l’homme participait ponctuellement au Département protection sécurité, le service d’ordre du RN. Il a notamment été aperçu lors de plusieurs déplacements de Jordan Bardella dans le sud de la France. 

Le RN assure toutefois que son rôle ne relevait pas de la protection rapprochée permanente de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella. Selon les précisions apportées par le parti à France Télévisions, « ce bénévole intervenait occasionnellement au sein du service d’ordre du parti ».

Dans la matinée de mercredi, le RN avait d’abord annoncé sa suspension du service d’ordre. Le député RN Laurent Jacobelli déclarait sur BFMTV être « outré », estimant que « de tels propos n’ont pas à être prononcés » et que l’agent devait faire l’objet d’une sanction.

Le parti a ensuite annoncé son exclusion immédiate « du parti et de toutes ses fonctions bénévoles, notamment au sein du service d’ordre ». Une décision accompagnée d’une procédure interne : « une procédure d’exclusion a été engagée contre lui », a précisé.

La mairie de Carcassonne promet des sanctions

À Carcassonne, la municipalité dirigée depuis le printemps par Christophe Barthès a également réagi. Dans son communiqué, la Ville considère que « les propos racistes qui y sont tenus sont inacceptables » et indique que « le maire et la municipalité les condamnent sans aucune réserve ». Elle assure également que « les comportements fautifs seront sanctionnés avec toute la fermeté nécessaire ».

La municipalité affirme avoir « remis à plat » le fonctionnement de la police municipale depuis son arrivée aux responsabilités.

Elle ajoute : « Des procédures seront engagées et les sanctions seront à la hauteur de la gravité des faits. »

La mairie insiste néanmoins sur la chronologie : « Il convient de rappeler que cette affaire est antérieure à l’arrivée de la nouvelle majorité municipale. Nous constatons que l’ancienne municipalité a étouffé l’affaire sans y apporter la moindre réponse. »

Une enquête judiciaire ouverte depuis janvier

L’affaire était également connue de la justice avant sa médiatisation. Selon plusieurs sources concordantes, le brigadier-chef avait lui-même porté plainte pour « atteinte à la vie privée » après la circulation des images en interne. Les enregistrements avaient alors été récupérés par les enquêteurs et le parquet de Carcassonne avait ouvert une enquête préliminaire en janvier 2026.

Depuis, d’autres plaintes auraient été déposées contre le policier par des collègues, notamment pour des menaces et des faits de harcèlement.

La gauche réclame des révocations

La diffusion de la vidéo a provoqué de nombreuses réactions politiques, principalement à gauche. Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a écrit : « Ecoutez cette vidéo jusqu’au bout et vous aurez une idée de ce que raciste, sexiste, homophobe, complotiste veut dire. Ce policier municipal fait partie du service d’ordre du RN. En 2027, ne leur donnons pas les clés de la France ! »

La présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, s’est dite « écœurée par ces propos racistes, misogynes et ces appels à la violence de policiers municipaux de Carcassonne ». Elle réclame des sanctions et rappelle que porter l’uniforme implique, selon elle, de servir la République.

Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, demande pour sa part une révocation « sur le champ » des agents concernés. « Il est temps de nettoyer la police de la cave au grenier pour la débarrasser de ces individus qui lui font honte et de tous les responsables qui les couvrent », a-t-il déclaré.

Il attaque également directement le RN : « Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le Rassemblement national ouvrent les yeux : rien n’a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme. »

Jean-Luc Mélenchon estime de son côté que la vidéo révèle « un visage dont la police doit être débarrassée : racisme, islamophobie, sexisme et homophobie décomplexés » et réclame que le brigadier-chef soit révoqué « sans délai ».

François Ruffin dénonce lui aussi « le racisme crasse, libéré, odieux (...) le sexisme, le révisionnisme, la transphobie » et estime que l’absence de sanction pendant plusieurs mois pose une question dépassant le seul cas individuel : « C’est l’esprit de la République qui se délite. »

L’ancien instructeur du RAID Bruno Pomart a pour sa part dénoncée des « propos intolérables », estimant que leur auteur « doit être exclu sans ménagement », tout en appelant à ne pas faire de cette affaire une généralisation à l’ensemble des forces de l’ordre.