Le bac en poche, ils restent sans école à la rentrée !

Alors que les cours reprennent, de nombreux bacheliers et étudiants en réorientation cherchent toujours une place. Au 11 juillet, 126 652 candidats n’avaient reçu aucune proposition sur Parcoursup. La phase complémentaire reste ouverte jusqu’au 10 septembre, mais l’attente devient insupportable pour certaines familles. Dans la matinale de Beur FM, Yasmine a raconté le combat mené aux côtés de son fils.

Publié : 3 septembre 2026 à 14h24 par La Rédaction

Parcoursup
Crédit : Parcoursup

Ils ont obtenu leur bac, parfois avec une mention. Ils ont préparé leur orientation et envoyé leurs dossiers. Pourtant, au moment où les campus rouvrent leurs portes, des milliers de jeunes ignorent encore où ils étudieront cette année.

Depuis plusieurs mois, Parcoursup concentre leurs espoirs, mais aussi leurs inquiétudes. Certains candidats n’ont reçu aucune proposition. D’autres ont refusé une formation trop éloignée, trop coûteuse ou sans rapport avec leur projet. Beaucoup cherchent désormais une solution dans l’urgence.

Plus de 126 000 candidats sans proposition en juillet

Le dernier bilan national détaillé remonte au 11 juillet 2026, date de clôture de la phase principale. À ce moment-là, 126 652 candidats toujours engagés dans la procédure n’avaient reçu aucune proposition d’admission.

Dans le détail, 57 024 étaient des bacheliers, 46 216 des étudiants en réorientation et 23 412 des candidats scolarisés à l’étranger.

Ce chiffre a nécessairement évolué pendant l’été. Des places se sont libérées, des candidats ont trouvé une formation hors Parcoursup et d’autres ont abandonné leurs démarches. Il ne représente donc pas le nombre exact de jeunes sans affectation au 3 septembre.

Il reste cependant nettement supérieur au bilan enregistré un an plus tôt. À la fin de la phase principale de 2025, environ 103 000 candidats attendaient encore une proposition, contre 85 000 en 2024. La hausse se confirme donc depuis plusieurs campagnes.

Une campagne marquée par une forte hausse des candidatures

La session 2026 a accueilli davantage de candidats. Le ministère a recensé environ 660 000 lycéens et 206 000 étudiants en réorientation. Le nombre de ces derniers a progressé de 23 000 en un an.

Au total, les pouvoirs publics ont fait état de 66 000 candidats supplémentaires. Près de 14 millions de vœux ont été déposés pendant la phase principale, soit plus d’un million de plus qu’en 2025. Cette augmentation n’a pas été accompagnée partout par une progression équivalente des capacités d’accueil, en particulier dans les formations les plus demandées.

Une majorité de lycéens a néanmoins obtenu une réponse positive. Au 11 juillet, 576 749 bacheliers et 152 351 étudiants en réorientation avaient reçu au moins une proposition. Le ministère souligne aussi que 66 % des lycéens avaient obtenu une offre dès le premier jour de la phase d’admission.

Une procédure qui pèse sur toute la famille

L’attente ne concerne pas seulement les jeunes. Les parents consacrent souvent plusieurs heures à examiner les formations, suivre les listes, appeler les établissements ou rechercher une solution de remplacement.

Une enquête réalisée en 2026 par L’Étudiant avec la FCPE auprès de 1 103 parents montre l’ampleur de cette charge. Parmi les personnes interrogées, 77 % déclaraient ressentir de l’anxiété face à Parcoursup. Plus de la moitié redoutaient que leur enfant ne reçoive aucune affectation. Un tiers disait également que cette période perturbait son sommeil.

Pour les familles les moins favorisées, les choix sont encore plus restreints. Une proposition située à plusieurs centaines de kilomètres implique un logement, des transports et des frais supplémentaires. Une école privée peut représenter plusieurs milliers d’euros par an. Une place officiellement disponible n’est donc pas toujours une place réellement accessible.

Yasmine raconte des mois de recherches

Yasmine, une auditrice de Cergy, a réagi à l’antenne après une séquence de la matinale de Beur FM consacrée aux difficultés rencontrées sur Parcoursup. Cette mère de famille a raconté les démarches menées pour trouver une formation à son fils de 18 ans.

Le jeune homme a obtenu un baccalauréat professionnel dans le domaine du commerce, avec une section européenne et un enseignement renforcé en anglais. Il a effectué plusieurs stages, notamment à l’étranger, et obtenu une mention.

Il souhaite poursuivre en BTS. Mais malgré son dossier et les nombreuses démarches engagées, il reste sans formation. « On en est à une centaine de candidatures avec mon fils et on n’a rien », témoigne Yasmine.

Cette centaine recouvre, selon son récit, les recherches de formations, les contacts avec les établissements et les candidatures liées à l’alternance. Une école privée aurait répondu, sans proposer le cursus recherché.

Sur Parcoursup, le jeune homme a été dirigé vers la phase complémentaire. Sa mère assure qu’aucune nouvelle solution ne lui a été présentée. « Non, non, non, on m’a rien proposé. Tous les dix jours, on se met sur Parcoursup, j’ai même été au culot et je les appelle », explique-t-elle.

L’été de toute la famille a été bouleversé. « On a sucré nos vacances d’été pour toute la famille pour l’aider en recherche », confie Yasmine.

Une classe presque entière concernée selon son témoignage

Yasmine affirme que la situation ne touche pas uniquement son fils. Dans sa classe, 23 élèves sur 25 auraient obtenu leur baccalauréat. Aucun de ces 23 diplômés n’aurait encore trouvé d’établissement au moment de la rentrée. « Ils sont 23 sans école, sans projet Parcoursup. Ils ont rien », affirme-t-elle.

Les BTS sont des formations sélectives. Les bacheliers professionnels bénéficient de priorités prévues par les textes, mais celles-ci ne leur assurent pas automatiquement une admission. Chaque établissement examine et classe les dossiers selon ses propres critères, dans la limite du nombre de places disponibles.

Yasmine raconte également qu’un camarade de son fils envisage désormais de chercher un emploi alimentaire plutôt que de rester inactif. « Madame, je postule à Burger King pour pas rester à rien faire », lui aurait-il confié.

Édouard Geffray refuse de supprimer Parcoursup

La veille de ce témoignage, le ministre de l’Éducation nationale a défendu la plateforme. Invité mercredi 2 septembre dans RTL Midi, puis dans Les Auditeurs ont la parole, Édouard Geffray a été interrogé sur une éventuelle suppression du dispositif.

« Non, je suis désolé de la décevoir, non », a-t-il répondu à une auditrice qui réclamait la disparition de Parcoursup. Le ministre estime que la plateforme donne accès à l’ensemble des formations reconnues et permet aux lycéens de découvrir des cursus situés en dehors de leur environnement immédiat.

Il conteste surtout l’idée d’une sélection directement opérée par l’outil. « Parcoursup ne trie personne », affirme-t-il. Selon lui, « Parcoursup vous met juste en relation avec des formations qui ensuite vous sélectionnent ou pas ».

Un système toujours contesté

La défense du ministre intervient alors que les critiques dépassent le seul cadre des associations étudiantes. En juin, une question écrite publiée au Sénat a notamment interrogé le gouvernement sur la complexité de Parcoursup, son manque supposé de lisibilité et ses effets possibles sur les inégalités sociales.

Dans sa réponse publiée le 27 août, le ministère de l’Enseignement supérieur a défendu les principes d’égalité, de transparence et de non-discrimination inscrits dans la charte de la plateforme. Il a aussi rappelé que les formations doivent publier leurs critères d’examen et fournir les motifs de leur décision aux candidats qui en font la demande.

Les places restantes ne correspondent pas toujours aux demandes

Au 11 juillet, le ministère annonçait plus de 83 000 places vacantes dans environ 6 000 formations. Cette offre comprenait des licences, des BTS, des BUT, des classes préparatoires et différentes écoles.

Le chiffre paraît important. Mais ces places ne se trouvent pas forcément dans les filières ou les territoires recherchés. Certaines supposent de déménager. D’autres correspondent à un projet très différent de celui préparé au lycée.

L’alternance ne constitue pas toujours une solution

Pour certains jeunes, l’apprentissage pourrait permettre de poursuivre leurs études tout en intégrant une entreprise. Là encore, il faut trouver simultanément une école et un employeur.

Yasmine aurait souhaité recruter son fils dans sa propre entreprise. Elle explique cependant que son activité ne remplit pas les conditions nécessaires pour assurer la formation correspondant au BTS recherché.

Elle dénonce également la baisse des aides accordées aux employeurs. Ces dispositifs n’ont pas disparu en 2026, mais leurs montants ont diminué pour certains diplômes. Pour un BTS, l’aide maximale est désormais de 4 500 euros dans les entreprises de moins de 250 salariés et de 1 500 euros dans les structures plus importantes. Elle atteignait respectivement 5 000 et 2 000 euros en 2025.

Une dernière semaine pour trouver une place

Les candidats peuvent encore formuler jusqu’à dix nouveaux vœux jusqu’au 8 septembre à 23 h 59. Les établissements ont ensuite jusqu’au 10 septembre pour transmettre leurs dernières propositions.

À cette période de l’année, le délai de réponse est très court. Une offre reçue doit généralement être acceptée ou refusée dans la journée. Les candidats doivent donc surveiller leur dossier, leurs courriels et leurs SMS.

Ceux qui n’ont obtenu aucune proposition peuvent également solliciter la Commission d’accès à l’enseignement supérieur, la CAES, depuis leur dossier. Cette instance académique recherche une formation proche du projet du candidat, selon les places disponibles. Si elle a été saisie avant la fermeture de Parcoursup, son accompagnement peut se poursuivre jusqu’au 12 octobre.

Pour les familles concernées, le calendrier est désormais serré. Chaque jour sans réponse renforce la crainte d’une année perdue. Certaines finiront par accepter une orientation par défaut. D’autres se tourneront vers une école privée, un emploi ou une nouvelle candidature l’année suivante.

« C’est une vraie situation chaotique », résume Yasmine sur Beur FM.