« Je préfère une femme qui a un foulard sur la tête […] qu’un pédophile, pédocriminel » !
La candidate à la primaire rejette le projet du Rassemblement national d’interdire le voile dans l’espace public et de sanctionner les femmes par une amende. Elle dénonce une mesure qui fracturerait le pays et réclame que le libre choix des femmes soit respecté.
Publié : 2 septembre 2026 à 13h58 par La Rédaction
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Le voile revient au centre de la bataille présidentielle. Invitée du « Face-à-Face » de BFMTV-RMC, mercredi 2 septembre, Ségolène Royal a vivement répondu au Rassemblement national. Trois jours plus tôt, le député Jean-Philippe Tanguy avait confirmé que le parti entendait verbaliser les femmes portant un voile dans l’espace public s’il remportait l’élection présidentielle de 2027.
Candidate à la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique, l’ancienne ministre a contesté le principe de la mesure, ses effets concrets et sa portée internationale. Son message a été répété à plusieurs reprises : « Laissons les femmes tranquilles. » La primaire doit se dérouler les 9 et 10 octobre, puis les 16 et 17 octobre en cas de second tour.
Ségolène Royal redoute une grave fracture sociale
Ségolène Royal aborde la proposition du RN à travers une question simple : « Est-ce que c’est bon pour le pays ? » Pour mesurer ses conséquences, elle invite à imaginer « une maman avec un foulard sur la tête, qui emmène son enfant à l’école » et qui serait « interpellée pour payer une amende ».
Pour l’ancienne candidate à l’Élysée, la portée d’une telle scène dépasserait largement le cadre d’une simple contravention. « Que cette image fasse le tour du monde », avertit-elle, avant de s’interroger sur les réactions qu’elle pourrait provoquer.
Sa réponse est directe : « D’abord, il y aura des révoltes sociales dans les quartiers. » Ségolène Royal prévoit également « une levée de boucliers chez les pays arabes », dont certains pourraient demander : « Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Qu’est devenue la France ? »
La candidate pointe enfin ce qu’elle considère comme une contradiction diplomatique. Elle cite le Qatar, qui « continue à s’occuper du Paris Saint-Germain », ainsi que le prince d’Arabie saoudite qu’Emmanuel Macron, selon elle, est allé solliciter pour « investir en France ».
« Laissons les femmes tranquilles »
L’ancienne ministre estime également qu’une interdiction pourrait produire l’effet inverse de celui recherché. Selon elle, certaines jeunes femmes qui ne portent pas aujourd’hui le voile pourraient décider de le mettre en signe de protestation.
« Et puis je vais ajouter une chose. Vous savez, et en plus, je pense qu'il y aura un mouvement social, c'est-à-dire des jeunes filles qui ne mettent pas le voile vont le remettre et vont faire des manifestations. Donc laissons les femmes tranquilles. Laissons les femmes tranquilles. Une fois de plus, des hommes politiques se battent, soit pour, soit contre, avec la façon dont les femmes sont habillées. Laissons les femmes tranquilles. »
À ceux qui invoquent les femmes contraintes de se couvrir, Ségolène Royal oppose l’accès au savoir et l’autonomie. Elle refuse de placer toutes les femmes voilées sous le même soupçon. « Et si on veut que les femmes ne subissent pas le voile forcé, il faut les faire monter en éducation. La réponse, c'est l'éducation. La réponse, c'est l'éducation, et puis c'est le respect aussi de ce libre choix. »
Une comparaison choc avec la pédocriminalité
Ségolène Royal a ensuite déplacé le débat vers la protection de l’enfance, l’une des priorités affichées de sa campagne. Dans le contexte des accusations de violences qui ont touché le secteur périscolaire parisien, elle dénonce une sévérité qu’elle juge plus grande envers les femmes voilées qu’envers les agresseurs d’enfants.
Elle expose cette inversion supposée des priorités dans une formule volontairement brutale : « Je préfère une femme qui a un foulard sur la tête et qui garde les enfants qu’un pédophile, pédocriminel. » L’ancienne ministre affirme que le danger pédocriminel « se répand maintenant dans toutes les structures d’accueil » et appelle les responsables publics à concentrer leurs efforts sur la sécurité des mineurs.
« Il faut comparer », insiste-t-elle. Pour Ségolène Royal, le problème apparaît lorsque les pouvoirs publics se montrent « plus sévères avec une femme qui porte un foulard qu’avec un pédocriminel qui viole des enfants ».
De cette comparaison, la candidate tire une conclusion directement politique : « Le RN est un facteur de révolte sociale. » Face à la stratégie du parti, elle dit vouloir incarner « la paix sociale, le respect des mamans, le respect des enfants ». Elle accuse enfin ses adversaires d’« instrumentaliser une fois de plus la façon dont les femmes s’habillent pour servir des idéologies pernicieuses ».
Le RN confirme le principe d’une amende
La sortie de Ségolène Royal répond directement aux déclarations faites dimanche 30 août par Jean-Philippe Tanguy. Sur BFMTV, le député RN de la Somme a assuré que la question avait été arbitrée au sein de son parti. L’interdiction du voile dans l’espace public figurait déjà dans les précédents programmes présidentiels de Marine Le Pen, mais ses modalités avaient de nouveau provoqué des discussions internes.
« Ça a été tranché », a déclaré Jean-Philippe Tanguy. Il a soutenu que la proposition « est soutenue par 60% à 70% de Françaises et de Français qui sentent bien que derrière ce symbole, ce n'est pas seulement une liberté vestimentaire, c'est une idéologie qui est contraire à ce que la France a porté depuis des années ».
Jean-Philippe Tanguy a présenté la sanction envisagée comme une contravention ordinaire. En cas de victoire du RN, a-t-il expliqué, « s'il y a des femmes qui portent le voile alors qu'il est interdit, elles auront une amende », au même titre que « les gens qui ne mettent pas de ceinture de sécurité » en voiture.
Sébastien Chenu assimile le voile à un « étendard »
Mercredi matin, Sébastien Chenu a lui aussi défendu la ligne du RN dans « La Grande Interview » sur CNews et Europe 1. Le député du Nord, vice-président de l’Assemblée nationale, a présenté l’islam radical comme une menace et relié le port du voile à cette idéologie.
« Je pense qu'avec vous, beaucoup le considèrent aussi, qu'il y a un problème et une menace dans notre pays. C'est l'idéologie islamiste, l'islam radical, celui qui tue des gens, celui qui enferme les femmes, qui enferme leur corps et qui enferme leurs esprits, et que cette idéologie totalitaire doit être combattue. »
Lorsque son interlocuteur lui a rappelé que toute femme voilée n’est pas islamiste, Sébastien Chenu a acquiescé, sans renoncer à son raisonnement : « Mais bien entendu. Mais le voile aujourd'hui est un étendard utilisé par les islamistes, avec certaines formes de complicité de ceux qui les portent. Parfois, ça leur est imposé, mais en tout cas, c'est l'étendard d'une rupture avec l'État républicain. »
Il a ensuite mis en garde contre l’évolution de la société française : « Vous savez, si on ne fait rien, demain nous serons un pays communautarisé comme beaucoup de pays anglo-saxons. Ce n'est pas la tradition française, ce n'est pas l'histoire française, ce n'est pas un bon modèle. Donc on pose ce sujet de société. »
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