Au moins 2 355 enfants sans toit en France avant la rentrée 2026

Au moins 2 355 enfants, dont 514 âgés de moins de trois ans, sont restés sans solution d’hébergement après une demande au 115, selon le baromètre 2026 de l’Unicef France et de la Fédération des acteurs de la solidarité. À l’approche de la rentrée, les associations réclament davantage de places d’urgence et de logements sociaux.

Publié : 13h06 par La Rédaction

Unicef France
Crédit : Unicef France - Facebook

Pour certaines familles, préparer la rentrée signifie aussi chercher un endroit où passer la nuit. Publié mercredi 26 août, le baromètre des enfants à la rue mesure les demandes d’hébergement restées sans réponse positive pour la nuit du 18 au 19 août 2026.

Son constat s’éloigne de l’objectif gouvernemental de « zéro enfant à la rue », réaffirmé en 2022. Depuis cette année-là, le nombre d’enfants recensés sans solution après un appel au 115 a augmenté de 42 %.

Un décompte qui laisse des enfants hors des statistiques

Les 2 355 enfants comptabilisés ne représentent pas l’ensemble des mineurs sans abri en France. L’enquête repose sur les demandes enregistrées par le dispositif d’urgence au cours d’une journée.

« Dans ces chiffres ne sont pas dénombrés les ménages qui ne contactent plus le numéro d’urgence et les appels auprès du 115 non décrochés », explique Fanny Gagnaire, directrice régionale de la Fédération des acteurs de la solidarité en Auvergne-Rhône-Alpes.

268 mineurs sans solution en Auvergne-Rhône-Alpes,

À l’échelle régionale, la Fédération des acteurs de la solidarité fait état de 268 enfants sans hébergement pour la nuit étudiée, dont 43 âgés de moins de trois ans.

Dans la métropole lyonnaise, les alertes précèdent ce nouveau baromètre. En mars 2026, le collectif Jamais Sans Toit recensait 366 enfants scolarisés sans solution d’hébergement. Seize écoles accueillaient alors des familles pour la nuit.

Une centaine d’enfants bénéficiaient de ces mises à l’abri, indiquait le collectif auprès de France 3 Rhône-Alpes. Les autres vivaient dans des squats, des bidonvilles ou dehors.

Ces chiffres lyonnais de mars ne sont pas directement comparables au bilan régional d’août : ils concernent des dates différentes et reposent sur des méthodes de recensement distinctes.

La situation des jeunes étrangers qui contestent le refus de reconnaissance de leur minorité constitue un autre volet de cette précarité. Installé depuis janvier 2025 dans le premier arrondissement de Lyon, le campement des Chartreux était toujours présent fin août 2026.

La santé et la scolarité menacées

L’absence d’hébergement compromet bien davantage que le repos des enfants. L’Unicef France et la FAS décrivent une détérioration de leur santé physique et psychologique, un risque accru de violences, un isolement social et des obstacles à la scolarisation.

Dans leur communiqué commun, les organisations rappellent aussi les décès recensés par le Collectif Les Morts de la Rue en 2025 : 14 enfants de moins de quatre ans et 12 adolescents âgés de 15 à 18 ans figuraient parmi les personnes sans domicile décédées.

« Il est urgent que les décideurs publics agissent. Un sursaut politique est vital pour ces enfants. Si garantir un toit à tous les enfants n’est pas notre priorité, qu’est-ce qui l’est ?», déclare Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France.

Des difficultés de l’urgence au logement

« Toute la chaîne est verrouillée », résume Fanny Gagnaire. La pénurie de places d’urgence se conjugue au manque de logements sociaux et aux difficultés d’accès à un logement abordable.

Ces problèmes avaient déjà été documentés par les inspections générales des finances, des affaires sociales et de l’administration. Leur rapport publié en juillet 2025 relevait un financement régulièrement insuffisant au regard des dépenses et des lacunes dans le pilotage de l’hébergement d’urgence.

Les engagements politiques, eux, remontent à plusieurs années. Dès 2017, Emmanuel Macron avait annoncé vouloir mettre fin aux situations de rue avant la fin de l’année. L’objectif concernant les enfants, renouvelé par le gouvernement en 2022, reste non atteint.

Dix recommandations pour sortir de l’urgence

L’Unicef France et la FAS présentent dix recommandations. Elles demandent notamment 10 000 places d’hébergement supplémentaires, dont 2 500 destinées aux femmes enceintes ou sortant de maternité.

Pour permettre aux familles d’accéder à une solution durable, elles réclament également la production de 200 000 logements sociaux par an, dont 60 000 logements très sociaux. Leurs propositions comprennent aussi la généralisation et la pérennisation de l’encadrement des loyers, ainsi qu’une programmation des moyens sur plusieurs années.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les deux organisations demandent que la lutte contre le sans-abrisme des enfants devienne une priorité des politiques du logement et de l’hébergement, assortie de financements permettant de passer des engagements aux mises à l’abri.