Dominique de Villepin veut faire entrer un tirailleur sénégalais au Panthéon !

Sans avoir encore officialisé sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, Dominique de Villepin dévoile déjà l’un de ses engagements mémoriels. S’il accédait à l’Élysée, l’ancien Premier ministre choisirait un tirailleur sénégalais pour sa première panthéonisation, au nom d’une dette historique de la France envers l’Afrique.

Publié : 11h21 par La Rédaction

Villepin
Crédit : D.R Beur FM

La campagne n’a pas officiellement commencé, mais les symboles, eux, sont déjà soigneusement choisis. Invité de BFM Politique dimanche 30 août, Dominique de Villepin a promis que la première personne qu’il ferait entrer au Panthéon, s’il devenait président de la République, serait « un tirailleur sénégalais ».

L’ancien chef du gouvernement de Jacques Chirac entend ainsi placer la mémoire des soldats africains au cœur de son projet pour 2027. « J’aime bien que la France reconnaisse ses dettes », a-t-il expliqué, estimant que l’histoire nationale est marquée par « beaucoup d’ingratitude ».

Un engagement déjà tourné vers 2027

Dominique de Villepin ne se présente pas encore comme un candidat déclaré. Sur BFMTV, il a néanmoins franchi une nouvelle étape en assurant vouloir participer à la présidentielle. « Je veux être candidat », a-t-il affirmé, avant de préciser qu’il confirmerait sa décision « quand la campagne électorale aura commencé ».

L’ancien ministre des Affaires étrangères dit également disposer de « plusieurs centaines de parrainages », sans avoir encore atteint les 500 signatures d’élus indispensables pour concourir. 

Des soldats venus de toute l’Afrique subsaharienne

L’appellation « tirailleurs sénégalais » peut prêter à confusion. Ces militaires n’étaient pas tous originaires du Sénégal. Le terme désignait des unités de l’infanterie coloniale recrutées dans de nombreux territoires d’Afrique subsaharienne placés sous domination française.

Créé en 1857 par un décret de Napoléon III, ce corps a participé aux campagnes coloniales, aux deux guerres mondiales, puis aux conflits d’Indochine et d’Algérie. Pendant la Première Guerre mondiale, 161 250 tirailleurs ont été recrutés et 134 000 ont été engagés sur différents théâtres d’opérations, notamment dans la Somme, à Verdun et aux Dardanelles. Durant la Seconde Guerre mondiale, ils ont combattu en 1940, à Bir Hakeim en 1942 et lors du débarquement de Provence en 1944. Les derniers régiments ont disparu entre 1960 et 1962. 

Dominique de Villepin leur attribue une contribution décisive à la victoire française. « La façon dont nous avons traité les tirailleurs sénégalais, grâce à qui nous avons gagné la Première Guerre mondiale […] je n’oublie pas cela », a-t-il déclaré.

« Sans eux la France ne serait pas la même »

Pour Dominique de Villepin, cette histoire revêt aussi une dimension familiale. Issu, dit-il, d’une « lignée de militaires », l’ancien Premier ministre affirme qu’un certain nombre de ses proches ont combattu aux côtés de tirailleurs africains.

« Sans la contribution de l’Empire colonial, la France qui est en paix aujourd’hui et dans laquelle nous vivons ne serait pas la nôtre », a-t-il insisté. Selon lui, « vis-à-vis de l’Afrique, il y a un devoir de reconnaissance central ».

Thiaroye au cœur de cette dette mémorielle

L’ancien Premier ministre a particulièrement cité le massacre de Thiaroye. Le 1er décembre 1944, près de Dakar, des tirailleurs rapatriés après avoir été détenus en Europe ont été tués par les forces françaises alors qu’ils réclamaient notamment le versement de leurs soldes et indemnités.

Les autorités militaires françaises avaient longtemps retenu 35 morts, tandis que plusieurs historiens avancent un nombre beaucoup plus élevé. En 2014, François Hollande avait reconnu la responsabilité de la France et évoqué au moins 70 victimes. Dix ans plus tard, Emmanuel Macron a employé officiellement le mot « massacre ». 

Six victimes ont par ailleurs obtenu en 2024 la mention « Mort pour la France ». Les recherches sur l’emplacement des sépultures, l’identité de toutes les victimes et le bilan exact restent cependant inachevées.

En évoquant Thiaroye, Dominique de Villepin ne convoque donc pas seulement une injustice ancienne. Il touche à un dossier toujours sensible entre la France, le Sénégal et les familles des soldats. « Je ne l’oublie pas », a-t-il assuré.

Des pensions gelées pendant plus de quarante ans

La question financière nourrit également ce sentiment d’injustice. Après les indépendances, les droits à réparation de nombreux anciens combattants des anciennes colonies ont été gelés. Cette « cristallisation » a duré plus de quarante ans.

Une première revalorisation a été décidée en 2002, mais elle conservait des différences selon le pouvoir d’achat du pays de résidence. En 2006, la France a finalement annoncé l’alignement nominal des retraites du combattant et des pensions militaires d’invalidité, mesure entrée en vigueur en janvier 2007 pour environ 80 000 bénéficiaires. 

Dominique de Villepin dénonce ainsi les « stratégies pour éviter de payer leurs pensions». Un vocabulaire accusateur qui résume, selon lui, l’écart entre les services rendus à la France et la reconnaissance accordée aux soldats africains après leur démobilisation.

Des gestes déjà accomplis par plusieurs présidents

L’ancien Premier ministre ne nie pas les avancées intervenues au fil des quinquennats. «Un certain nombre de nos présidents ont commencé à reconnaître les dettes de la France. Jacques Chirac l’a fait, Nicolas Sarkozy a fait des gestes aussi, François Hollande, et Emmanuel Macron en a fait d’autres », a-t-il reconnu.

En 2017, François Hollande avait notamment accueilli 28 anciens tirailleurs dans la nationalité française, tout en dénonçant les difficultés rencontrées pour obtenir une retraite digne. 

En 2023, Emmanuel Macron avait reçu neuf vétérans âgés de 85 à 90 ans avant leur retour définitif au Sénégal.