Ce qu’Emmanuel Macron doit annoncer pour le handicap à Bobigny !

Le chef de l’État doit présenter vendredi 4 septembre une feuille de route comprenant 65 mesures lors de la Conférence nationale du handicap. À huit mois de la fin de son mandat, Emmanuel Macron veut défendre son bilan et promettre une société pensée dès l’origine pour être accessible. Les associations attendent surtout des résultats concrets.

Publié : 4 septembre 2026 à 11h44 par La Rédaction

Handicap
Crédit : Pixabay - gregroose

Le lieu a valeur de symbole. Pour la première fois, la Conférence nationale du handicap ne se tient pas à l’Élysée. Sa septième édition est organisée au Prisme de Bobigny, un équipement consacré au sport inclusif et au parasport, construit dans le sillage des Jeux de Paris 2024.

Emmanuel Macron doit y prononcer le discours de clôture à partir de 12h30. Autour de lui sont réunis des membres du gouvernement, des élus, des représentants associatifs, des entreprises et des personnes directement concernées par le handicap.

Soixante-cinq mesures encore tenues secrètes

L’Élysée annonce 65 mesures réparties entre « 16 engagements qui seront pris par le président de la République ». Leur contenu détaillé doit être révélé pendant le discours présidentiel.

La nouvelle feuille de route couvrira la période 2026-2029. Elle doit concerner l’école, l’enseignement supérieur, l’emploi, la santé, le logement, les transports, le numérique, la culture, le sport ou encore la parentalité.

La présidence affiche une ambition large : « Ouvrir une nouvelle étape d’une société pleinement accessible », dans laquelle « chacun peut aller à l’école, étudier, travailler, se déplacer, se loger, accéder aux soins, accéder à la culture, au sport, dans les mêmes conditions que les autres ».

Ne plus adapter la société après coup

L’exécutif veut faire évoluer son discours. Il ne serait plus seulement question de « faire une place » aux personnes handicapées dans des dispositifs existants, mais de construire une société « conçue dès le début pour que les personnes en situation de handicap y trouvent naturellement leur place ».

Ce changement de vocabulaire traduit un principe d’accessibilité universelle. Les bâtiments, les transports, les établissements scolaires, les logements et les services numériques devraient être utilisables par tous dès leur conception, sans attendre une adaptation individuelle.

Cette orientation rejoint une partie des demandes du Conseil national consultatif des personnes handicapées. Le CNCPH réclame notamment un renforcement des contrôles et des sanctions, l’accessibilité des démarches administratives en ligne ainsi que la prise en compte du handicap dans les marchés publics. L’organisme appelle à faire de la période 2026-2029 celle de « l’effectivité » des droits.

Le remboursement des fauteuils roulants mis en avant

À l’occasion de cette dernière CNH de son mandat, Emmanuel Macron entend également présenter le bilan de son action depuis 2017. L’Élysée insiste sur le remboursement intégral des fauteuils roulants, annoncé lors de la conférence de 2023.

La réforme est entrée en vigueur le 1er décembre 2025. L’Assurance maladie est désormais le financeur et le guichet uniques pour les équipements répondant aux critères de prise en charge. Le dispositif concerne les fauteuils manuels, électriques ou sportifs, mais aussi certaines poussettes et certains scooters adaptés.

« Les résultats sont là », assure la présidence, qui fait état de « plus de 280 000 » bénéficiaires. Avant cette réforme, l’achat d’un fauteuil pouvait nécessiter l’intervention de plusieurs financeurs et laisser à la charge des utilisateurs plusieurs milliers d’euros.

Le nouveau système prévoit aussi une hausse d’environ 50 % des forfaits consacrés à la maintenance et aux réparations. Une période transitoire reste cependant en place jusqu’au 30 novembre 2026 pour certains dossiers engagés sous l’ancienne réglementation.

Des avancées à l’école et dans les droits sociaux

Le gouvernement met également en avant la déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés. Depuis octobre 2023, les revenus du conjoint ne sont plus pris en compte dans le calcul de l’AAH. Cette réforme répondait à une revendication ancienne des associations, qui dénonçaient une dépendance financière au sein du couple.

Sur le terrain scolaire, près de 550 000 élèves en situation de handicap étaient scolarisés à la rentrée 2025.

L’emploi reste loin des objectifs

Des progrès sont également constatés dans le monde professionnel, sans que l’obligation légale soit pleinement respectée.

En 2024, 720 800 travailleurs handicapés étaient employés dans les 111 300 entreprises concernées par l’obligation d’emploi. Ils représentaient 4 % des effectifs en équivalent temps plein. Ce taux atteignait 5,1 % après la majoration prévue pour les salariés de plus de 50 ans, alors que l’objectif légal reste fixé à 6 %.

Seules 35 % des entreprises assujetties remplissaient entièrement leur obligation.

L’accès aux soins, au logement, aux transports et aux services publics numériques demeure également difficile pour de nombreuses personnes. L’Arcom est désormais chargée de contrôler une partie des obligations d’accessibilité des sites internet et des applications publiques. Mais les associations demandent des sanctions plus rapides et une mise en conformité généralisée.

Les associations attendent des actes

Le bilan présidentiel reste ainsi vivement discuté. Le Collectif Handicaps, qui rassemble une cinquantaine d’organisations, reconnaît certaines avancées tout en jugeant leur portée insuffisante.

« En dix ans, certains sujets ont progressé, mais la vie des personnes handicapées n’est pas fondamentalement meilleure », résume son président, Arnaud de Broca.

Les associations redoutent aussi que les nouvelles annonces restent inachevées après l’élection présidentielle de 2027. Plusieurs mesures décidées lors de la CNH de 2023 n’ont pas encore été entièrement appliquées. Le CNCPH a dressé une liste de dix engagements à finaliser, notamment dans l’éducation, la télésanté, l’accessibilité des bâtiments professionnels et les relations entre les personnes sourdes ou malentendantes et les services publics.

Un rendez-vous prévu par la loi depuis 2005

La Conférence nationale du handicap a été instaurée par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances. Le gouvernement doit l’organiser tous les trois ans « afin de débattre des orientations et des moyens de la politique concernant les personnes handicapées ».

Après chaque conférence, un rapport sur la politique nationale doit être transmis au Parlement après avis du CNCPH. Le texte doit notamment traiter de l’accessibilité, de l’emploi, de la non-discrimination et de l’évolution des conditions de vie.

La première CNH s’est tenue en 2008. Celle de 2026 est la septième et la troisième présidée par Emmanuel Macron, après les éditions de 2020 et 2023.

Initialement programmée le 25 juin, elle avait été reportée en raison de la canicule. Le gouvernement avait invoqué la nécessité de garantir « la pleine participation de chacune et chacun dans les meilleures conditions ».