Islam et République un ouvrage pour dépasser les malentendus !

La Grande Mosquée de Paris publie Musulmans en Occident, un ouvrage collectif inédit qui affirme la compatibilité entre l’islam et les valeurs républicaines. Présenté le 10 février, ce guide de référence entend déconstruire les amalgames persistants et proposer des repères clairs pour vivre sa foi musulmane dans les sociétés occidentales, entre pratique religieuse et engagement citoyen.

Publié : 10 février 2026 à 12h10 par La Rédaction

Grande Mosquée de Paris
Crédit : Grande Mosquée de Paris - Facebook

Des amalgames persistants alimentent encore l’idée d’une incompatibilité entre l’islam et les principes républicains en Occident. Pour tordre le cou à ce préjugé, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, a lancé il y a quelques années un groupe de réflexion informel et pluridisciplinaire sur l’adaptation du discours religieux musulman en Occident. Ce collectif inédit réunit des acteurs de tous horizons, musulmans comme non-musulmans. Son objectif : démontrer que l’engagement citoyen est compatible avec les fondements de l’islam et déconstruire les discours haineux ou communautaristes. « Le rôle d’une institution comme la Grande Mosquée de Paris est de renouveler, de consolider et de diffuser un discours axé sur l’esprit fondamentalement bienveillant, ouvert, fraternel et pacifique de l’Islam », souligne Chems-eddine Hafiz pour expliquer sa démarche. Après plusieurs années de travail, cette initiative donne naissance à un ouvrage de référence : Musulmans en Occident – Pratique cultuelle immuable, présence adaptée. Le livre rassemble deux outils majeurs : la Charte de Paris – Islam et citoyenneté et un Glossaire destiné à mieux comprendre la place de la foi musulmane dans les sociétés laïques.

Deux commissions pour un travail collaboratif

Afin de mener à bien ce projet, les réflexions se sont structurées autour de deux commissions complémentaires, l’une à dominante religieuse, l’autre issue de la société civile. La commission « religieuse », initialement composée des imams de la Grande Mosquée de Paris, a été élargie aux imams d’autres fédérations françaises, à des imams européens ainsi qu’à de hautes autorités spirituelles telles que le Grand imam d’Al-Azhar au Caire ou de l’université Zitouna à Tunis. Sa mission a consisté à identifier les points de friction rencontrés dans la pratique quotidienne de l’islam en Occident – que ce soit dans l’espace public, au travail ou dans les interactions avec les institutions – et à proposer des réponses à la fois juridiquement adaptées et religieusement fiables.

Les membres de cette commission poursuivent une double exigence : rester fidèles aux principes de l’islam tout en tenant compte des réalités juridiques et culturelles occidentales.  Pour guider l’interprétation des textes lorsque le contexte l’exige, ils se sont appuyés sur les maqâsid – les finalités de la loi musulmane – rappelant les cinq objectifs fondamentaux (préservation de la vie, de la religion, de la raison, de la descendance et des biens) et leur extension à des valeurs contemporaines telles que la liberté, la justice, la dignité humaine ou la protection de l’environnement. Cette démarche s’est inscrite dans l’esprit de l’ijtihâd jamâ‘î, l’effort d’interprétation collectif de la tradition musulmane, mobilisant juristes et théologiens aux côtés d’experts profanes pour formuler des solutions équilibrées et contextualisées.

La commission « société civile » reflète, elle, la diversité de la société française. Y participent des journalistes, universitaires, élus, intellectuels, représentants d’autres religions,  psychologues, professionnels de la santé, juristes ou encore acteurs associatifs. Son point de départ a été une question franche posée aux non-musulmans : « Quels comportements liés à l’expression de la foi musulmane peuvent poser problème dans nos sociétés ? ». Les réponses recueillies au fil d’entretiens et d’auditions – auxquelles ont pris part d’anciens présidents de la République (à commencer par François Hollande), des ministres comme Olivier Klein, des philosophes tels que Souleymane Bachir Diagne, et bien d’autres personnalités – ont permis d’identifier des incompréhensions, des tensions réelles ou ressenties. De ces échanges sont ressorties des pistes de dialogue, de pédagogie et de coexistence harmonieuse. La richesse des témoignages recueillis au cours de ce processus (et retranscrits en fin d’ouvrage) a nourri la rédaction de la Charte et du Glossaire, faisant de l’ensemble un véritable outil pédagogique pour mieux comprendre les interactions des musulmans avec leur environnement occidental.

Il est à noter que ces travaux se sont déroulés en lien avec le Haut-Commissariat des Nations Unies (ONU) aux droits de l’homme. Le Haut-Commissaire Volker Türk et son équipe ont contribué à enrichir le projet, inscrivant cette démarche dans un cadre de dialogue international et de compréhension mutuelle. Cette collaboration onusienne visait à « apaiser les tensions et répondre aux attentes des citoyens, tout en affirmant que l’identité musulmane et l’identité occidentale sont parfaitement compatibles ».

La Charte de Paris : principes républicains et valeurs spirituelles

Document fondateur de l’ouvrage, la Charte de Paris – Islam et citoyenneté énonce une série de principes et de recommandations destinés à renforcer la cohésion nationale. Sans prétendre clore le débat ni résoudre définitivement toutes les problématiques, elle propose des pistes pour poursuivre un dialogue constructif autour de la place de l’islam dans la cité. La Charte affirme clairement la compatibilité de l’islam avec les valeurs républicaines françaises, et réitère l’attachement des citoyens musulmans à l’esprit de la République et de la pensée des Lumières. Elle rappelle que tous les prophètes, d’Adam à Mohammed en passant par Moïse et Jésus, incarnent le paradigme de la fraternité humaine, soulignant ainsi l’universalité et la bienveillance au cœur du message islamique.

Plusieurs grands principes structurent le texte. La liberté de conscience et la responsabilité individuelle y sont consacrées, garantissant à chacun le droit de croire ou non tout en rejetant toute contrainte religieuse. La lutte contre les discriminations est affirmée avec force, tout comme le principe d’égalité entre femmes et hommes, en conformité avec les valeurs républicaines. Le respect du principe de laïcité et des lois de la République constitue un engagement central de la Charte : la laïcité est présentée comme une chance qui assure la liberté de culte, la neutralité de l’État et l’égalité de traitement, sans être instrumentalisée contre une religion. Enfin, la Charte encourage la participation citoyenne pleine et entière des musulmans, qui sont invités à prendre part à la vie publique et civique de leur pays, en conjuguant fidélité religieuse et devoirs civiques.

Elle rappelle également la compatibilité de l’islam avec la science et la médecine modernes, tout en insistant sur la responsabilité environnementale des croyants ainsi que sur la responsabilité numérique face aux risques de désinformation et de discours de haine.

Concrètement, la Charte de Paris aborde des questions de la vie quotidienne pour dissiper les malentendus. Elle réaffirme par exemple que le mariage civil doit précéder le mariage religieux, ce dernier ne pouvant avoir lieu qu’avec le consentement libre des deux époux. Elle valorise la famille comme un espace d’éducation morale serein pour les enfants. Sur la question de la pudeur vestimentaire, la Charte pose que celle-ci relève d’une appréciation personnelle : nul ne peut imposer ou interdire le port d’une tenue religieuse, hijab compris, tant que la loi nationale est respectée. Le port du voile est ainsi considéré comme un choix individuel qui doit être respecté, dans le cadre des législations en vigueur. Concernant la langue et la culture, le document recommande que les prêches et l’enseignement religieux se fassent dans la langue du pays (ou la langue locale), avec des références à l’histoire et à la culture nationales. De plus, il préconise une éducation multilingue associant l’apprentissage de la langue du pays et de l’arabe, afin de permettre aux jeunes musulmans d’être pleinement intégrés dans la société tout en préservant un lien avec leur héritage culturel.

Un Glossaire pédagogique et évolutif

Mais la Charte n’est qu’une partie du dispositif imaginé par ses auteurs. L’autre composante majeure de l’ouvrage est le Glossaire sur l’adaptation du discours religieux musulman en Occident. Véritable outil de clarification, ce glossaire inédit rassemble des définitions et des repères théologiques, historiques et sociologiques pour éclairer les notions clés de l’islam dans le contexte d’une société laïque. Il s’agit de répondre aux questions les plus fréquentes émanant des institutions, des médias, des enseignants ou de simples citoyens, en offrant des éléments objectifs et accessibles. Ce lexique didactique sert de guide pédagogique pour appréhender sereinement l’expression de la foi musulmane dans le cadre républicain.

Conçu dans un esprit collaboratif et d’ouverture, le Glossaire est appelé à évoluer en permanence. Une version en ligne augmentée est mise à disposition sur Internet (via le site glossaire-islam.fr), afin de tenir compte des contributions de chacun et des nouvelles questions qui pourraient émerger. Cette démarche participative garantit que l’outil reste à jour et qu’il continue d’enrichir le dialogue entre les musulmans et le reste de la société. En permettant à tout un chacun – de l’élu local à l’enseignant, du journaliste au citoyen curieux – de trouver des explications fiables sur des concepts comme la charia, le halal, la laïcité ou le djihad, le Glossaire vise à dissiper les incompréhensions et à désamorcer les préjugés.

Des voix plurielles pour un même message

Outre la Charte et le Glossaire, Musulmans en Occident intègre les témoignages et analyses d’une multitude de personnalités religieuses et civiles dont les réflexions ont nourri le projet. Ces Auditions, retranscrites en fin d’ouvrage, donnent la parole à des acteurs variés, illustrant la pluralité des points de vue. On y retrouve par exemple le regard d’un moine bouddhiste comme Michel Thao Chan, les idées d’un intellectuel de renommée internationale comme Souleymane Bachir Diagne, l’expérience de figures politiques telles qu’Ahmad Massoud (fils du commandant Massoud, engagé contre les talibans) ou d’anciens responsables français de premier plan, mais aussi la perspective de dignitaires musulmans comme Mohammad Al-Issa (secrétaire général de la Ligue islamique mondiale) ou de hauts représentants de l’Église catholique tels que Mgr Pascal Gollnisch. « L’ouvrage reflète une diversité d’approches et de sensibilités. Cette pluralité illustre la richesse de la pensée musulmane elle‑même », observe le recteur Chems-eddine Hafiz. En donnant écho à cette diversité d’opinions et de parcours, l’initiative met en lumière un socle commun de valeurs humanistes partagées, au-delà des différences d’origine ou de conviction.

De fait, « grâce à cette approche collaborative, croisant expertise religieuse et réflexion sociétale, la Charte et le Glossaire constituent des outils pédagogiques pour mieux comprendre les musulmans dans leurs interactions avec l’environnement occidental ». Ce référentiel inédit s’adresse aux musulmans en Occident soucieux de vivre une foi sincère tout en étant des citoyens engagés. Il offre également aux institutions publiques ou privées (collectivités, écoles, hôpitaux, entreprises…) confrontées à des questions cultuelles un cadre clair de réponses et de repères. Journalistes et chercheurs y trouveront une base documentaire fiable pour traiter des questions liées à l’islam et à la citoyenneté, et les acteurs du dialogue interreligieux un socle commun pour nourrir leurs échanges. L’ensemble du projet se veut ainsi un pont pédagogique entre la sphère spirituelle et la sphère civique, au service du vivre-ensemble.

Soutiens officiels et parution de l’ouvrage

Fruit d’une démarche citoyenne et spirituelle sans précédent, Musulmans en Occident – Pratique cultuelle immuable, présence adaptée a bénéficié de soutiens de premier plan. Le recteur Chems-eddine Hafiz a tenu à exprimer sa gratitude au Président de la République Emmanuel Macron pour son appui constant en faveur d’une meilleure compréhension de l’islam et de la lutte contre les extrémismes. Il a également salué la contribution des savants d’Al-Azhar et de l’université Zitouna, références académiques majeures du monde musulman. Ses remerciements vont en outre aux imams et cadres religieux qui ont participé aux travaux, ainsi qu’aux nombreux représentants de la société civile consultés en France et à l’étranger. Enfin, il souligne le rôle de la maison d’édition Albouraq, qui s’est engagée à diffuser ce travail.

Publié aux Éditions Albouraq, cet ouvrage de 896 pages paraît le 10 février 2026. Accessible et documenté, il ambitionne d’être une référence pour les musulmans d’Occident et l’ensemble de la société, afin de bâtir ensemble un avenir où la foi immuable s’épanouit dans une présence pleinement adaptée à la citoyenneté occidentale.