L’AME maintenue mais durcie !

Le Premier ministre a officialisé une réforme de l’Aide médicale d’État en signant deux décrets publiés au Journal officiel. Entre lutte contre la fraude, modernisation administrative et tensions politiques, le gouvernement tente de préserver un dispositif sanitaire sensible tout en répondant aux critiques.

Publié : 9 février 2026 à 10h49 par La Rédaction

AME - Aide médicale d’État
Crédit : CPAM

L’Aide médicale d’État revient au centre du débat public. Contestée par une partie de la droite et de l’extrême droite, cette aide destinée aux étrangers en situation irrégulière fait l’objet d’un ajustement voulu par le gouvernement. Sébastien Lecornu a confirmé la signature de deux décrets visant à réorganiser le dispositif sans remettre en cause son existence.

Le chef du gouvernement assume une ligne d’équilibre. « Ce dispositif (…) est absolument indispensable d’un point de vue sanitaire. Il faut donc le conserver, mais aussi le réformer », a-t-il déclaré, rejetant les positions radicales et dénonçant « le manque de pragmatisme (…) de notre vie politique qui célèbre le tout ou rien ».

Lutte contre la fraude et modernisation administrative

La première évolution concerne le contrôle des dossiers. L’objectif affiché est de limiter les abus et d’améliorer la gestion financière du dispositif. Le gouvernement estime que ce renforcement pourrait générer « des perspectives d’économies de 180 millions d’euros ».

Le second décret vise à moderniser l’organisation administrative. Les services de l’État, notamment dans les consulats, pourront désormais accéder plus facilement aux informations nécessaires au traitement des demandes. Pour le Premier ministre, cette transformation relève du « bon sens », dans un système encore marqué par des outils jugés dépassés.

Un panier de soins susceptible d’évoluer

Si la réforme ne touche pas immédiatement aux prestations couvertes par l’AME, la question reste ouverte. Sébastien Lecornu reconnaît que « le panier de soins (…) il faudra sans doute le réformer (…) mais à ce stade, les choses ne sont pas prêtes ».

Une opposition toujours critique

Malgré ces ajustements, la réforme ne convainc pas l’ensemble du spectre politique. Marine Le Pen accuse le gouvernement d’« aggrave(r) un des facteurs d’attractivité migratoire » en refusant de supprimer l’AME. Elle estime que « les Français dont le reste à charge ne cesse d’augmenter n’acceptent plus ces dispositifs insensés, tels que les titres de séjour pour soins ».

Une réforme prudente entre maintien sanitaire et contraintes budgétaires

Le gouvernement assume une approche progressive, refusant la suppression pure et simple du dispositif tout en cherchant à en améliorer le fonctionnement. Sébastien Lecornu résume cette position en rejetant toute logique radicale : « Il faut donc le conserver, mais on sait aussi qu’il faut le réformer ».

Une accélération du traitement des dossiers grâce à l’intelligence artificielle

Le gouvernement souhaite également réduire les délais administratifs liés aux procédures migratoires. Dans cette perspective, deux ministres ont été chargés de développer un outil numérique basé sur l’intelligence artificielle. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, et David Amiel, chargé de la Fonction publique, travaillent à la mise en place d’une application destinée à « accélérer le traitement des titres de séjour et soulager le travail (des) agents ».

Cinq préfectures expérimenteront ce dispositif dès 2026, notamment en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, avant une possible généralisation prévue pour 2027. « Il faut pouvoir accepter ou refuser plus vite les demandes, c’est clé », insiste le Premier ministre.