L'égalité femmes-hommes est-elle encore une promesse ?

Le 8 mars ne relève ni d’un rituel symbolique ni d’une célébration de façade. Cette date s’impose comme un temps fort de mobilisation pour mesurer les inégalités qui persistent, rappeler les droits à défendre et mettre en lumière les politiques publiques engagées en faveur des femmes. En 2026, la thématique retenue, « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles. », résume l’enjeu : passer des principes aux résultats.

Publié : 3h33 par Djima Kettane

8 mars 2026
8 mars 2026
Crédit : https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr

Une date qui rappelle que l’égalité reste un combat. Le 8 mars ne célèbre pas les femmes. Il oblige à regarder la réalité en face. Chaque année, la Journée internationale des droits des femmes remet au premier plan une exigence simple : l’égalité ne peut pas rester une promesse. Cette journée a d’abord une vocation politique, sociale et civique. Elle sert à rendre visibles les inégalités, à dénoncer les violences, à souligner les avancées, mais aussi à pointer les retards.

Cette journée est avant tout un temps d’action, de sensibilisation et de mobilisation. Elle permet de faire le point sur la situation réelle des femmes, en France comme ailleurs, et d’interpeller les institutions sur leurs responsabilités. Le 8 mars ne doit donc pas être réduit à une « fête des femmes ». Une telle lecture viderait cette date de sa portée. Car l’enjeu n’est pas d’honorer une figure abstraite de la féminité, mais de défendre des droits encore fragiles et de combattre des inégalités bien concrètes.

Une journée ancrée dans une histoire de luttes

La portée du 8 mars s’inscrit dans une longue histoire. Son origine renvoie aux mobilisations ouvrières et féminines du début du XXe siècle en Europe et aux États-Unis. La date conserve aussi une forte valeur symbolique à travers la grève des femmes russes de Petrograd, le 23 février 1917 selon le calendrier julien, soit le 8 mars dans le calendrier grégorien.

La reconnaissance internationale intervient en 1977, lorsque les Nations unies officialisent cette journée. En France, la reconnaissance institutionnelle date de 1982, sous l’impulsion d’Yvette Roudy, alors ministre déléguée aux Droits des femmes. Lors de cette première célébration officielle, François Mitterrand reçoit 450 femmes issues de différents horizons et annonce plusieurs mesures en faveur de leurs droits.

Cette histoire éclaire le sens profond du 8 mars : il ne s’agit pas d’un rendez-vous décoratif. C’est une date née des luttes sociales, construite autour de revendications précises et tournée vers l’obtention de droits nouveaux.

En 2026, une ligne claire : « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles. »

La thématique 2026, « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles. », fixe une orientation nette. Elle insiste sur trois exigences. D’abord, garantir les droits fondamentaux. Ensuite, assurer un accès réel à la justice. Enfin, traduire les engagements dans des mesures concrètes.

Cette formule rappelle aussi un principe central : aucune femme ne doit être laissée de côté. L’égalité ne peut pas être partielle. Elle doit concerner toutes les femmes, quels que soient leur âge, leur situation sociale, leur territoire de résidence ou leur parcours de vie.

Une semaine de mobilisation portée par l’État

Autour du 8 mars, une série d’initiatives est annoncée sur la semaine du 2 au 8 mars. Cette séquence doit mettre en valeur l’action publique engagée dans le cadre du plan interministériel « Toutes et Tous Egaux » 2023-2027. L’objectif affiché est de réaffirmer l’engagement de l’État pour l’égalité et les droits des femmes, avec une ambition formulée sans ambiguïté : agir pour toutes, partout et en permanence.

Ce plan, présenté le 8 mars 2023, repose sur 160 mesures. Il structure l’action gouvernementale autour de quatre grands piliers : l’égalité professionnelle, la culture de l’égalité, la santé des femmes et la lutte contre les violences faites aux femmes. Le texte du gouvernement insiste sur la dimension interministérielle de ce programme. L’égalité entre les femmes et les hommes y est présentée comme une priorité transversale, appelée à irriguer l’ensemble de l’action publique.

Une mise en œuvre pensée « jusqu’au dernier kilomètre »

L’une des ambitions du plan tient à son déploiement territorial. Le texte évoque un pilotage interministériel destiné à assurer l’application des mesures « jusqu’au dernier kilomètre ». Autrement dit, l’État entend ne pas s’en tenir à une logique de principes ou d’annonces nationales. Il s’agit de faire vivre ces orientations au plus près du terrain.

Le suivi du plan doit être assuré par le Comité interministériel à l’égalité entre les femmes et les hommes. La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes coordonne l’ensemble, avec l’appui des administrations centrales, des hauts fonctionnaires à l’égalité, du réseau territorial des droits des femmes, des rectorats, des agences régionales de santé et des collectivités. Les associations soutenues par l’État sont également présentées comme des actrices à part entière de cette mise en œuvre.

Cette organisation illustre une idée forte du texte : l’égalité ne se décrète pas uniquement depuis Paris. Elle doit aussi se traduire dans les régions, les départements, les services publics, les établissements scolaires, les structures de santé et les associations de proximité.

L’égalité professionnelle, un front toujours ouvert

Le gouvernement accorde une large place à l’égalité économique et professionnelle. Il la présente comme l’une des conditions majeures d’une égalité réelle entre les femmes et les hommes. La logique est simple : sans autonomie financière, les droits restent fragiles.

Le plan prévoit donc des leviers multiples. Il s’agit d’abord de renforcer l’égalité salariale dans les entreprises, de favoriser la mixité dans les filières d’avenir, d’encourager l’accès des femmes aux responsabilités et de soutenir l’entrepreneuriat féminin. Plusieurs textes législatifs sont mentionnés, notamment la loi de 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel, la loi de 2019 sur la fonction publique, la loi dite Rixain de 2021 et la loi du 19 juillet 2023 sur l’accès des femmes aux responsabilités dans la fonction publique.

L’Index de l’égalité professionnelle reste l’un des outils centraux de cette stratégie. Il mesure les écarts de rémunération, d’augmentation, de promotion, le retour d’augmentation après maternité et la place des femmes parmi les plus hautes rémunérations. 

Dans le privé, les femmes restent en retrait en matière de revenus salariaux. Ces écarts subsistent même à temps de travail identique et demeurent encore, quoique plus réduits, à poste comparable.

Le soutien à l’insertion des femmes les plus éloignées de l’emploi apparaît aussi comme un axe fort. Le texte cite notamment le rôle des CIDFF, l’attention portée aux femmes victimes de violences, aux femmes précaires, aux femmes primo-arrivantes ou cheffes de famille monoparentale. La question de l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle est également centrale, avec la prise en compte des congés, des modes de garde et de la parentalité.

Le développement de l’entrepreneuriat féminin constitue également un levier important pour renforcer l’autonomie économique des femmes. L’État soutient plusieurs dispositifs d’accompagnement et de financement, notamment à travers un partenariat avec Bpifrance destiné à encourager la création et la reprise d’entreprises par les femmes. Des réseaux de mentorat, des incubateurs et des structures d’accompagnement participent à cette dynamique. 

Le dispositif de garantie « ÉGALITÉ Femmes », porté notamment par France Active, facilite également l’accès au crédit bancaire pour les femmes qui souhaitent créer ou reprendre une entreprise. Dans les territoires, des plans d’actions régionaux pour l’entrepreneuriat des femmes (PAREF) sont également déployés afin de soutenir les porteuses de projet et de développer l’entrepreneuriat féminin.

Santé des femmes : mieux informer, mieux prévenir, mieux soigner

Le texte met également en avant la santé des femmes, longtemps minorée ou traitée à travers des approches jugées insuffisamment adaptées. Le plan entend mieux prendre en compte les spécificités liées au genre dans les parcours de soins, la prévention et l’accès aux droits.

Plusieurs volets sont détaillés. Le droit à disposer de son corps y occupe une place majeure, avec l’accès à la contraception, à l’information fiable, au dépistage, à la santé sexuelle et à l’IVG. Le texte rappelle des évolutions importantes : gratuité élargie de la contraception pour les jeunes femmes jusqu’à 26 ans, accès facilité à la contraception d’urgence, gratuité de certains préservatifs, renforcement du dépistage de certaines infections sexuellement transmissibles.

L’accès effectif à l’IVG est présenté comme une priorité durable. Le texte souligne l’allongement du délai légal à 14 semaines de grossesse, l’extension de certaines compétences aux sages-femmes et, surtout, l’inscription dans la Constitution, depuis le 8 mars 2024, de la liberté de recourir à l’IVG. Cette avancée est présentée comme historique.

Le plan aborde aussi des enjeux de santé longtemps restés dans l’angle mort des politiques publiques, comme l’endométriose, les fausses couches, la santé mentale périnatale ou encore les maladies cardiovasculaires chez les femmes. L’objectif affiché est de mieux diagnostiquer, mieux accompagner et mieux informer. Le texte insiste en particulier sur la nécessité de sortir de certains tabous, d’améliorer la prévention et de réduire les retards de prise en charge.

Précarité, monoparentalité, vulnérabilités : des réalités que le 8 mars doit aussi mettre en lumière

Le document rappelle avec force que les inégalités touchent plus durement certaines femmes. Celles qui vivent la précarité menstruelle, l’isolement, la monoparentalité, la vulnérabilité économique ou les ruptures de parcours sont particulièrement exposées.

La précarité menstruelle concerne, selon le texte, près de quatre millions de femmes en France. Le Gouvernement met en avant des distributions gratuites de protections périodiques, notamment à destination des femmes en situation de grande précarité et des étudiantes, ainsi que des expérimentations dans certains territoires scolaires. Une extension du remboursement des protections réutilisables est également annoncée pour les jeunes femmes de moins de 25 ans et, à terme, pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire.

Le soutien aux mères isolées occupe aussi une place importante. Le texte rappelle que la monoparentalité concerne massivement des femmes. Il insiste sur les difficultés matérielles, les parcours professionnels plus fragiles, les impayés de pension alimentaire, la surcharge mentale et le manque de répit. Plusieurs dispositifs sont mis en avant, comme l’intermédiation financière des pensions alimentaires, l’allocation de soutien familial, les crèches à vocation d’insertion professionnelle et des règles plus favorables dans certaines prestations sociales.

Les violences faites aux femmes, au cœur de la mobilisation

Autre pilier majeur du plan : la lutte contre les violences faites aux femmes. Le texte les décrit dans toute leur diversité. Elles peuvent être sexuelles, physiques, psychologiques ou économiques. Elles peuvent se produire dans le couple, dans l’espace public, au travail, en ligne, dans les transports, le sport, la culture, les médias, l’enseignement supérieur ou encore dans le cadre de l’exploitation sexuelle.

Le 3919, accessible en continu, est présenté comme un outil essentiel d’écoute et d’orientation. Le texte mentionne aussi la plateforme numérique de signalement, ainsi que d’autres dispositifs d’accompagnement portés par le tissu associatif.

Au-delà du signalement, le document insiste sur la nécessité de prévenir, sanctionner et mieux accompagner. Cela vaut pour le harcèlement de rue, réprimé par le délit d’outrage sexiste, pour le cyber-harcèlement, pour les violences sexistes et sexuelles au travail, dans la fonction publique, dans l’enseignement supérieur, dans la culture, dans les médias et dans le sport. Cette multiplicité de champs rappelle une réalité simple : les violences faites aux femmes ne se limitent pas à la sphère privée. Elles traversent toute la société.

Le texte aborde aussi  les mutilations sexuelles féminines et d’autres pratiques néfastes. Là encore, l’accent est mis sur la protection des victimes, la prévention, la formation des professionnels et l’action coordonnée de l’État et des associations.

Le 8 mars, une date pour refuser la banalisation

En filigrane, un message traverse tout le plan interministériel : le 8 mars doit rester une date d’exigence. Le risque serait de transformer cette journée en rituel consensuel, dépolitisé, voire commercial. Or le sens de cette date est ailleurs. Elle sert à rappeler que les inégalités salariales demeurent, que les violences persistent, que l’accès aux soins reste inégal, que les stéréotypes continuent de peser sur les parcours, et que les droits acquis peuvent toujours être fragilisés.

C’est précisément pour cela que le 8 mars garde sa force. Il oblige à articuler mémoire, vigilance et action publique. Il rappelle que les droits des femmes ne relèvent ni de l’évidence ni de l’acquis définitif.

L’égalité femmes-hommes, un enjeu aussi européen

La promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes s’inscrit aussi dans un cadre européen. Ce principe figure parmi les droits fondamentaux reconnus par l’Union européenne.

Plusieurs directives européennes encadrent aujourd’hui l’égalité salariale, la lutte contre les discriminations et la protection des droits des femmes. Ces engagements se traduisent également par des financements destinés à soutenir des projets concrets.

Le Fonds social européen, par exemple, constitue un levier important. Pour la période 2021-2027, des crédits sont mobilisés afin de favoriser l’insertion professionnelle, soutenir l’innovation sociale et promouvoir la mixité des métiers. En France, 30 millions d’euros ont été réservés pour développer des actions en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.

Au Maghreb, des avancées réelles mais des inégalités persistantes

La mobilisation du 8 mars dépasse largement les frontières européennes. Dans les pays du Maghreb, la Journée internationale des droits des femmes est également un moment important pour rappeler les progrès réalisés mais aussi les défis encore présents.

En Tunisie, au Maroc et en Algérie, les dernières décennies ont vu des évolutions juridiques importantes. Les lois reconnaissent désormais l’égalité entre les femmes et les hommes dans plusieurs domaines, notamment en matière d’éducation, d’emploi ou de participation à la vie publique. 

Dans l’enseignement supérieur par exemple, les femmes représentent aujourd’hui plus de la moitié des étudiants en Tunisie et occupent une place croissante dans certaines professions qualifiées. 

Cependant, les disparités restent marquées dans plusieurs secteurs. Dans l’ensemble du Maghreb, les femmes demeurent moins présentes dans les postes de décision politique ou économique, malgré leur implication dans la vie sociale et les mouvements citoyens. 

Les organisations féministes et les associations locales jouent donc un rôle essentiel pour défendre les droits des femmes, sensibiliser la société et accompagner les victimes de violences. En Algérie par exemple, plusieurs réseaux associatifs se mobilisent depuis des années pour lutter contre les violences faites aux femmes et promouvoir l’égalité dans la société. 

Un combat loin d’être terminé

Au fil des décennies, les droits des femmes ont progressé. Pourtant, les inégalités persistent dans de nombreux domaines : salaires, accès aux responsabilités, violences, santé ou précarité.

Le 8 mars reste donc une date essentielle. Une date pour mesurer les avancées, rappeler les combats encore à mener et réaffirmer un principe simple : l’égalité entre les femmes et les hommes constitue un pilier fondamental de la démocratie.