Edgar Morin, larmes à gauche !
Edgar Morin, c’est le penseur qui t’oblige à relire ses phrases plusieurs fois pour en comprendre le sens et en mesurer la portée. Il nous a appris à penser contre nous-mêmes, à privilégier les chemins de traverse, à affronter les vents contraires. « Seul peut éduquer celui qui sait ce qu’aimer veut dire. », by Pasolini.
Publié : 31 mai 2026 à 20h00 par Nordine Nabili
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À 104 ans passés, il ne cessait de rappeler la complexité du monde. Un monde relié, enchevêtré, corrélé, associé, connecté, interdépendant. L’humain n’est pas séparé de la nature, la science n’est pas séparée de la poésie, l’individu n’est pas séparé de la société. Il nous a légué la « pensée complexe » comme un outil contre les idées toutes faites, le manichéisme, les certitudes qui tuent le débat, les sentences définitives. Avec lui, j’ai appris à relier ce que l’école m’avait appris à séparer. Le je au service du nous et inversement.
Résistant antifasciste, journaliste, philosophe, citoyen de gauche. Il a traversé le siècle sans jamais renoncer, parce qu’il faut sans cesse affirmer que rien n’est fini, que tout peut recommencer. Jusqu’au bout, il croyait en une direction : plus d’humanité, plus de fraternité. Un chemin étroit, mais le seul digne de tous les combats. Il nous a conseillé d’étudier toutes les dimensions d’un problème avant de tirer des conclusions au risque d’engendrer une compréhension fragmentée, faite de morceaux éparpillés, fragile et inconsistante.
Le magazine Télérama vient de titrer « Edgar Morin, le dernier intellectuel est mort ». J’imagine la gueule déconfite de BHL à la lecture de ce titre et ça me console un tout petit peu. Sans parler de l’infanterie de « philosophes en carton », rentiers des plateaux TV et des cénacles moribonds, avec qui nous devons, désormais, affronter les tempêtes à venir, armés de cure-dents et de cartouches à blanc. C’est dans l’adversité qu’on discerne les armatures intellectuelles et le refus de la soumission. Celle du père Edgar était d’un bois dont on fait les charpentes des cathédrales. Dire le vrai sur le monde exige une rigueur scientifique et un engagement morale constants, au milieu du brouillard de confusion et de désillusion ambiant. Morin est mort mais sa pensée et son empreinte ont encore de beaux jours à vivre…
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