« Ce qu’il reste de nous » : une fresque familiale pour raconter l’histoire palestinienne depuis 1948 !

Avec « Ce qu’il reste de nous », la réalisatrice américano-palestinienne Cherien Dabis signe un film ambitieux qui retrace près de huit décennies d’histoire palestinienne. À travers le destin d’une même famille sur trois générations, ce long-métrage mêle récit intime et mémoire collective. Le film est sorti en salles le 11 mars 2026.

Publié : 11h31 par La Rédaction

Ce qu’il reste de nous
Crédit : D.R

Une saga familiale ancrée dans l’histoire palestinienne.  Après plusieurs années consacrées à la télévision, notamment sur des séries comme Ozark ou The Sinner, la réalisatrice Cherien Dabis revient au cinéma avec un troisième long-métrage. Avec « Ce qu’il reste de nous », elle choisit de raconter l’histoire de la Palestine à travers le parcours d’une famille, de la création de l’État d’Israël en 1948 jusqu’à l’époque contemporaine.

Le film suit trois générations marquées par l’exil, la perte et la résistance. Cette fresque familiale s’inscrit dans un contexte historique lourd, où les bouleversements politiques et militaires façonnent la vie quotidienne des personnages.

La rupture et l’exil

L’histoire débute à Jaffa en 1948. Charif y vit avec sa femme et leurs quatre enfants dans une maison entourée d’orangers. Homme cultivé, il transmet à ses enfants, et particulièrement à son fils Sélim, son amour de la poésie et du savoir.

Lorsque les bombardements de l’armée israélienne commencent à frapper le quartier, Charif garde d’abord l’espoir que les armées arabes viendront les secourir. Mais face à l’intensification de la violence, il décide d’envoyer sa famille à Naplouse, où un oncle peut les accueillir. Resté sur place pour protéger sa maison et ses terres, il est finalement arrêté par les soldats israéliens et contraint de travailler pour le nouvel État. Il ne reverra jamais son foyer. Sélim, son fils, retrouvera ce lieu près de quatre-vingts ans plus tard, après une vie marquée par les drames et les humiliations.

Trois générations face aux bouleversements

Le film s’organise autour de plusieurs périodes clés : 1948, 1978, 1988 et 2022. À chaque étape, la réalisatrice montre comment l’histoire collective se répercute sur la vie de cette famille.

Pour Charif, la perte de la maison symbolise un paradis perdu et un déracinement irréversible. Pour la génération suivante, incarnée par Sélim et son épouse, la vie se déroule sous occupation. Les restrictions administratives, les contrôles permanents et les humiliations rythment leur quotidien dans un territoire où les droits fondamentaux restent fragiles.

La dernière génération, celle de Noor et des jeunes nés dans ce contexte, n’a pas connu la terre d’origine. Elle grandit dans un climat de tension et de frustration, marqué par la colère face aux injustices subies par leurs parents et grands-parents.

Un film entre récit intime et regard politique

Cherien Dabis ne se limite pas à une reconstitution historique. Son film adopte une approche intime, centrée sur les relations familiales et les expériences personnelles. La réalisatrice explique que le projet trouve son origine dans un souvenir d’enfance.

Lors de son premier voyage en Palestine, alors qu’elle avait huit ans, sa famille avait été retenue pendant douze heures à la frontière par des soldats israéliens. Elle se souvient notamment de la réaction de son père lorsque les soldats avaient ordonné que tous les membres de la famille soient fouillés, y compris les enfants. « Mon père leur avait tenu tête lorsqu’ils avaient ordonné que nous soyons tous fouillés à nu, y compris mes petites sœurs », raconte-t-elle.

Cette expérience l’a profondément marquée. « C’est ça, être palestinien. Les gens ne nous aiment pas, alors ils nous traitent mal », se souvient-elle avoir pensé à l’époque.

Une fresque cinématographique entre émotion et transmission

Sur le plan narratif, le film alterne des séquences intenses et d’autres plus contemplatives. La construction rappelle parfois le rythme des séries, avec des scènes rythmées entrecoupées de dialogues qui éclairent progressivement l’histoire familiale.

Cherien Dabis utilise également des motifs répétitifs pour montrer comment les expériences et les traumatismes se transmettent d’une génération à l’autre. Malgré la dureté des événements évoqués, la réalisatrice évite le pathos. Elle privilégie une approche humaine et nuancée, centrée sur la vie quotidienne plutôt que sur les seuls affrontements.

Montrer une humanité souvent absente des récits

Pour Cherien Dabis, le film est aussi une réponse à la représentation du conflit dans les médias occidentaux. Elle souhaite montrer une autre facette de l’histoire palestinienne. « Je suis aussi une Américaine et je connais la façon dont les médias occidentaux nous déshumanisent. Je voulais que ce film puisse parler au public occidental et montrer notre humanité », explique-t-elle.

Cette idée traverse l’ensemble du récit et trouve son expression dans l’une des phrases clés du film : « Votre humanité, c’est votre résistance ».

Une œuvre entre mémoire et espoir

À travers « Ce qu’il reste de nous », Cherien Dabis propose un regard à la fois personnel et universel sur l’histoire palestinienne. En mêlant drame familial et contexte historique, elle construit un récit qui dépasse les frontières politiques pour interroger la mémoire, la transmission et la résilience.

Le film se conclut sur une note d’espoir, rappelant que malgré les épreuves, la capacité à préserver son humanité demeure une forme de résistance.