Mehdi Lallaoui au cœur d’un hommage à Monique Hervo et aux Algériens de Nanterre !

Le 16 octobre 2026, une soirée parisienne fera revivre l’engagement de Monique Hervo auprès des Algériens de Nanterre. Invité du rendez-vous, le cinéaste Mehdi Lallaoui poursuit depuis des décennies la transmission de cette mémoire.

Publié : 20h51 par La Rédaction

Centre culturel algérien
Crédit : D.R

Elle était venue aider. Elle est restée douze ans. Entre 1959 et 1971, Monique Hervo a partagé l’existence des habitants du bidonville de La Folie, à Nanterre. Elle y a accompagné des familles algériennes confrontées au mal-logement et aux violences de la guerre d’indépendance jusque sur le sol français. Ses photographies, ses notes et les voix qu’elle a enregistrées permettent encore de raconter leurs vies.

Le Centre culturel algérien de Paris lui consacrera une soirée le vendredi 16 octobre 2026, en partenariat avec l’association Au nom de la mémoire. Ce rendez-vous s’inscrit dans la commémoration de la Journée nationale de l’émigration, à la veille du 65e anniversaire du massacre du 17 octobre 1961.

Les organisateurs présentent Monique Hervo en ces termes : « Une humaniste française, une militante universelle, une algérienne convaincue ». Derrière cette formule se trouve un parcours fait de choix concrets, tenus pendant toute une vie.

À La Folie, la solidarité au quotidien

Née à Paris en 1929, passée par les Beaux-Arts, Monique Hervo rejoint le Service civil international en 1956. Trois ans plus tard, elle découvre La Folie. Son installation auprès des habitants l’engage dans les difficultés de chaque jour. Elle contribue notamment à mettre en place une coopérative de matériaux et d’outillage pour améliorer les habitations. Elle aide aussi à rédiger des courriers et soutient les démarches pour accéder à un logement décent.

« Être aux côtés des Algériens par une vie partagée. » Cette phrase de Monique Hervo, citée par Mehdi Lallaoui dans l’hommage qu’il lui consacre en mars 2023, dit la nature de son engagement. Une présence, des services rendus, des liens noués au fil des années.

Après la disparition du bidonville en 1971, elle poursuit son action. Elle participe à la fondation du Gisti en 1972, puis travaille à la Cimade, où elle prend la responsabilité du service consacré au logement des immigrés. La défense des habitants des foyers et des personnes mal logées prolonge ainsi son expérience de Nanterre.

Son attachement à l’Algérie trouvera aussi une traduction officielle. Un décret présidentiel du 5 décembre 2018 lui accorde la nationalité algérienne. Elle s’est éteinte le 20 mars 2023 à Nanterre, laissant une œuvre documentaire et des amitiés forgées dans ces combats.

Le 17 octobre 1961, une histoire vécue

Monique Hervo participe à la manifestation du 17 octobre 1961. Ce soir-là, à l’appel de la Fédération de France du Front de libération nationale, des milliers d’Algériens rejoignent Paris pour protester pacifiquement contre le couvre-feu discriminatoire instauré le 5 octobre. La police parisienne, placée sous l’autorité du préfet Maurice Papon, réprime les manifestants avec une extrême violence. Des personnes sont tuées, des corps jetés dans la Seine, des milliers d’autres arrêtées.

Monique Hervo portera ce témoignage jusque devant la justice. En février 1999, elle intervient lors du procès en diffamation intenté par Maurice Papon à Jean-Luc Einaudi, qui avait documenté le massacre.

La reconnaissance publique de ces faits a avancé par étapes. En octobre 2021, l’Élysée qualifie d’« inexcusables pour la République » les crimes commis sous l’autorité de Maurice Papon. Le 28 mars 2024, l’Assemblée nationale adopte une résolution condamnant la répression et rendant hommage aux victimes ainsi qu’à leurs familles.

Des archives qui redonnent une place aux habitants

L’apport de Monique Hervo tient aussi à la diversité des traces qu’elle a conservées. Aux photographies s’ajoutent des notes prises au quotidien et des enregistrements de la parole des habitants. Ces documents permettent d’approcher les conditions matérielles d’existence, les relations avec les administrations et les expériences individuelles derrière l’histoire collective du bidonville.

Cette matière nourrit notamment Bidonvilles : l’enlisement, écrit avec Marie-Ange Charras et publié en 1971, puis Chroniques du bidonville. Nanterre en guerre d’Algérie, 1959-1962, paru en 2001.

Ses archives sont aujourd’hui réparties entre plusieurs institutions : l’Humathèque Condorcet, La Contemporaine à Nanterre pour les photographies, et les Archives nationales pour des témoignages sonores. La Contemporaine donne également accès à ses clichés numérisés sur sa bibliothèque numérique, L’Argonnaute. Des chercheurs, des descendants et de nouveaux lecteurs peuvent ainsi retrouver ces fragments de vie.

Mehdi Lallaoui, une œuvre au service de la transmission

La présence de Mehdi Lallaoui à cette soirée prolonge un travail engagé de longue date. Cofondateur d’Au nom de la mémoire en 1990, avec Samia Messaoudi et Benjamin Stora, l’écrivain et réalisateur a consacré une large part de son œuvre aux histoires ouvrières, à l’immigration et aux héritages coloniaux. Dans un entretien à BED, il relie son désir de cinéma à son engagement citoyen et à « cette nécessité pour moi de témoigner et d’informer ».

Dès 1991, il coréalise avec Agnès Denis Le Silence du fleuve, consacré au 17 octobre 1961. Le documentaire rassemble des témoignages, des documents d’époque et des images tournées sur les lieux des événements. Il contribue à rendre cette histoire accessible par le cinéma, bien avant les déclarations officielles de reconnaissance.

Son travail suit également d’autres trajectoires. Ces Kabyles du Pacifique revient sur la déportation d’Algériens en Nouvelle-Calédonie. La série Un siècle d’immigration en France élargit le regard sur l’histoire migratoire du pays. Il a aussi réalisé Maroc, terre de partage, autour d’un voyage solidaire et de la découverte des réalités sociales et culturelles marocaines. Une filmographie qui fait circuler les récits entre plusieurs rives et plusieurs générations.

Avec Monique Hervo, une mémoire en partage, publié en 2021 aux éditions Au nom de la mémoire, les photographies de la militante rencontrent les textes de Mehdi Lallaoui. Le livre annoncé pour la soirée témoigne de cette continuité entre le regard de celle qui a vécu à La Folie et le travail de celui qui contribue à le transmettre.

Saluer Mehdi Lallaoui, c’est reconnaître cette persévérance. Recueillir une parole, retrouver une image, réaliser un film, publier un livre : ces gestes donnent aux générations suivantes les moyens de comprendre une histoire dont les témoins disparaissent. Son œuvre rappelle aussi combien les récits des immigrations appartiennent à l’histoire de la France entière.

Une soirée pour regarder, lire et échanger

Le programme annoncé par les organisateurs au Centre culturel algérien, débutera vendredi 16 octobre 2026, à 18 h 30 avec le vernissage de l’exposition photographique, visible jusqu’au 24 octobre, et une vente-dédicace du livre Monique Hervo, une mémoire en partage. À 19 h 30, le public pourra assister à la projection du documentaire Monique H, Nanterre 1961, réalisé par Mehdi Lallaoui. La soirée se poursuivra à 20 h 30 avec une rencontre-débat réunissant Mehdi Lallaoui, réalisateur et écrivain, et Saâdi Chikh, commissaire de l’exposition.