Ofer Bronchtein, la paix comme dernier combat !

Figure rare du dialogue israélo-palestinien, Ofer Bronchtein est mort ce lundi 18 mai 2026 à Paris, à l’âge de 69 ans. Franco-israélien, détenteur symbolique d’un passeport palestinien, il aura consacré sa vie à défendre une paix juste entre deux peuples que l’histoire n’a cessé de dresser l’un contre l’autre.

Publié : 18h13 par La Rédaction

Ofer Bronchtein
Ofer Bronchtein
Crédit : Ofer Bronchtein – Alliance pour les droits du peuple palestinien – Wikipédia

Il parlait de paix sans naïveté. Il en parlait avec les cicatrices de ceux qui ont vu la violence de près, mais qui ont choisi de ne jamais s’y résigner. Ofer Bronchtein, militant franco-israélien engagé depuis des décennies pour la coexistence entre Israéliens et Palestiniens, s’est éteint à Paris, lundi 18 mai 2026.

Sa disparition laisse un vide immense dans un paysage politique souvent dominé par la peur, la colère et le renoncement. Lui avait fait le choix inverse. Celui du dialogue, même quand il devenait presque impossible. Celui de la reconnaissance de l’autre, même au plus fort des déchirures.

Dans les derniers mois de sa vie, malgré la maladie, Ofer Bronchtein continuait de porter ce message avec une intensité intacte. Il disait sa peine devant les morts palestiniens, sa honte devant les souffrances infligées aux innocents, mais aussi son refus d’abandonner l’idée qu’une autre voie restait possible.

Un Israélien bouleversé par l’injustice

Né le 27 mars 1957 à Beer-Sheva, dans le sud d’Israël, Ofer Bronchtein grandit entre Israël et la France. Très jeune, il est confronté aux fractures de son pays. Son service militaire marque un tournant. Il y voit des violences, des humiliations, des gestes qui le heurtent profondément. Cette expérience le pousse à s’engager, non pas contre Israël, mais contre l’occupation, contre l’injustice et contre l’idée qu’un peuple puisse vivre durablement au détriment d’un autre.

À Tel-Aviv, notamment dans le quartier populaire de Shkhunat Hatikva, il milite pour la justice sociale, la réconciliation et la reconnaissance des droits palestiniens. À une époque où tout contact avec l’Organisation de libération de la Palestine était interdit par la loi israélienne, il franchit pourtant la ligne. En 1987, sa rencontre avec Mahmoud Abbas en Espagne lui vaut même un passage par la prison à son retour en Israël.

Ce geste dit beaucoup de l’homme. Ofer Bronchtein n’était pas seulement un commentateur de la paix. Il en acceptait le prix personnel.

Oslo, l’espoir brisé mais jamais renié

Dans les années 1990, son engagement le conduit au plus près de l’histoire. Conseiller du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, il participe à la dynamique des accords d’Oslo. Le 13 septembre 1993, à Washington, ces accords ouvrent une fenêtre d’espérance entre Israël et l’OLP.

Pour Ofer Bronchtein, ce moment reste fondateur. Il croit alors possible la naissance d’un État palestinien vivant aux côtés d’Israël. Mais l’assassinat de Rabin, en 1995, puis la poursuite de la colonisation et le retour des affrontements, brisent peu à peu cet élan.

Lui ne renonce pas. Il quitte Israël à la fin des années 1990 et s’installe durablement en France. Depuis Paris, il poursuit son travail de lien, de médiation, de conviction. En 2002, avec le Palestinien Anis al-Qaq, il cofonde le Forum international pour la paix, une structure destinée à favoriser les échanges entre Israéliens, Palestiniens, Européens et acteurs du monde méditerranéen.

Le rêveur au passeport palestinien

Le quotidien israélien Haaretz l’avait surnommé « Le rêveur israélien avec un passeport palestinien ». La formule lui allait bien. En 2011, Mahmoud Abbas lui remet en effet un passeport palestinien, honorant une promesse faite autrefois par Yasser Arafat. Ce document avait une portée hautement symbolique. Il disait la confiance d’une partie des responsables palestiniens envers cet Israélien qui avait fait de leur reconnaissance un combat personnel.

Ce passeport ne changeait pas son identité. Il l’élargissait. Ofer Bronchtein était juif, israélien, français, et profondément attaché à la dignité palestinienne. Il ne voyait aucune contradiction dans ces appartenances. Au contraire, il en faisait le cœur même de son engagement.

Cette position lui a valu du respect, mais aussi des menaces. Certains, en Israël, l’ont accusé de trahison. D’autres ont tenté de l’intimider. Il a pourtant continué. Sans posture. Sans haine. Avec cette conviction simple : aucune paix ne peut naître de l’effacement de l’autre.

L’homme qui poussait la France à reconnaître la Palestine

À partir de 2020, Ofer Bronchtein se rapproche de l’Élysée. Emmanuel Macron lui confie une mission de rapprochement entre les sociétés civiles israélienne et palestinienne. Plus tard, il devient l’un des interlocuteurs écoutés du président français sur le Moyen-Orient.

Son objectif est clair : convaincre la France de reconnaître officiellement l’État de Palestine. Pendant des années, il plaide, argumente, insiste. Pour lui, cette reconnaissance n’est pas un geste hostile à Israël. Elle est au contraire une condition pour relancer une perspective politique crédible.

Lorsque la France franchit finalement ce pas à l’ONU, en septembre 2025, Ofer Bronchtein y voit l’aboutissement d’un engagement de toute une vie. Dans l’avion qui le ramène à Paris, il laisse éclater son émotion : « c'est le combat de ma vie ».

Cette victoire diplomatique porte une part de son empreinte. Elle ne résout pas le conflit. Elle ne répare pas les morts. Mais elle inscrit dans le droit et dans la parole politique une idée qu’il défendait depuis toujours : les Palestiniens ont droit à un État, les Israéliens ont droit à la sécurité, et l’un ne peut exister durablement contre l’autre.

Le pardon comme acte politique

Dans l’un de ses témoignages les plus bouleversants, Ofer Bronchtein racontait le message reçu d’un ami palestinien vivant à Gaza. Cet homme avait perdu sa sœur, sa maison, presque tout. Il vivait, disait-il, dans un décor de ruines. Et pourtant, c’est lui qui trouvait la force de lui envoyer des vœux et de lui dire qu’il ne fallait pas se décourager.

Ofer Bronchtein en avait été profondément remué. Il disait avoir eu les larmes aux yeux devant cette capacité à croire encore à la reconstruction, au lien, à l’avenir commun. Ce récit résume son regard : voir la souffrance palestinienne sans détourner les yeux, mais refuser que cette souffrance condamne définitivement les deux peuples à la séparation et à la haine.

Chez lui, le pardon n’était pas une formule. C’était une responsabilité. Une manière de dire que l’identité israélienne ne devait pas empêcher la compassion. Une manière de rappeler que l’humanité commence souvent par la reconnaissance de la douleur de l’autre.

Les hommages à un passeur

Après sa mort, l’Élysée a salué une figure essentielle du dialogue. Dans un communiqué, la présidence a rendu hommage à un homme dont la vie fut consacrée à rapprocher des mondes que tout semblait éloigner : « Avec lui s'éteint une voix humaniste qui portait l'espérance de la paix et donnait toutes ses forces pour la faire advenir ».

Jean-Noël Barrot a écrit aussi sur X " Ofer Bronchtein était un « rêveur israélien à passeport palestinien », un militant passionné et infatigable de la paix, une paix fondée sur la solution à deux Etats. Le 12 juin, en réunissant à Paris les sociétés civiles israéliennes et palestiniennes comme il l’avait fait l’an dernier, nous ferons vivre son héritage en montrant qu’il existe, malgré tous les obstacles, un chemin de paix entre ces deux peuples."

Une absence, et un héritage

Ofer Bronchtein souffrait d’une maladie respiratoire qui avait affaibli ses derniers mois. Elle ne l’avait pas fait taire. Jusqu’au bout, il a continué de défendre la seule issue qu’il jugeait digne : deux États, deux peuples, une reconnaissance mutuelle, et le refus de laisser les extrémistes décider seuls de l’avenir.