La diversité s’invite au premier plan au Festival de Cannes 2026 !

Du 12 au 23 mai, la 79e édition du Festival de Cannes met en avant un cinéma plus ouvert, porté par des visages venus d’horizons multiples. Avec Eye Haïdara en maîtresse des cérémonies, Leïla Bekhti à la tête du jury Un Certain Regard, Hafsia Herzi présente dans deux sections et Laïla Marrakchi de retour sur la Croisette, cette édition donne à la diversité une place plus visible.

Publié : 15h24 par Djima Kettane

Festival de Cannes
Festival de Cannes
Crédit : Festival de Cannes

Les images ne sont jamais neutres à Cannes. Avant même les premiers palmarès, l’édition 2026 a donné le ton avec une affiche officielle inspirée de Thelma et Louise, film culte de Ridley Scott présenté à Cannes en 1991. Trente-cinq ans plus tard, le Festival remet en avant ces deux héroïnes devenues symboles d’émancipation, de liberté et d’amitié féminine. L’institution rappelle qu’elles “ont montré la voie de l’émancipation quand elle devient vitale” et que leur retour permet de célébrer “le chemin parcouru”, sans oublier celui qui reste à accomplir. 

Cette intention se retrouve dans plusieurs choix forts de la 79e édition. Le Festival confie ses cérémonies à Eye Haïdara, installe Leïla Bekhti à la présidence du jury Un Certain Regard et donne une visibilité importante à des artistes issues de parcours, de cultures et de territoires différents. 

Cannes reste bien sûr un lieu de prestige. Mais cette année, la représentation ne se joue pas seulement sur les marches. Elle se lit aussi dans les fonctions symboliques : qui ouvre la cérémonie, qui prend la parole, qui juge les films, qui incarne le cinéma devant le monde.

Eye Haïdara, une voix pour ouvrir Cannes

Le choix d’Eye Haïdara comme maîtresse des cérémonies d’ouverture et de clôture n’a rien d’anodin. L’actrice française, d’origine franco-malienne, révélée au grand public par Le Sens de la fête, est également présente cette année dans L’Objet du délit d’Agnès Jaoui, présenté hors compétition. 

Son rôle dépasse donc le simple cadre protocolaire. Eye Haïdara n’est pas seulement celle qui accueille les invités. Elle appartient pleinement à cette édition, à la fois sur scène et à l’écran. Dans le portrait que lui consacre le Festival, elle résume son rapport au plateau avec une phrase simple : “La scène, c’est ma cour de récréation préférée.” 

Lors de la cérémonie d’ouverture, elle a donné à la soirée une tonalité à la fois cinéphile et engagée. Le Festival rapporte qu’elle a cité Jean-Luc Godard : “On ne fait pas un film pour être prudent.” Elle a aussi rendu hommage à celles et ceux qui filment ce que beaucoup préfèrent détourner du regard, rappelant par-là que le cinéma peut être un art du courage autant qu’un art du spectacle. 

Leïla Bekhti, du tapis rouge à la présidence du regard

Autre symbole fort de cette édition : Leïla Bekhti préside le jury Un Certain Regard. Cette section, consacrée à un cinéma d’auteur, de découverte et de nouvelles voix, occupe une place essentielle dans l’identité du Festival. À ses côtés figurent la productrice sénégalaise Angèle Diabang, le compositeur libanais Khaled Mouzanar, la réalisatrice italienne Laura Samani et le cinéaste français Thomas Cailley. 

La composition de ce jury dit quelque chose de l’esprit de cette édition : plusieurs pays, plusieurs sensibilités, plusieurs manières d’aborder les films. Leïla Bekhti a elle-même donné le sens de cette mission en affirmant qu’elle serait là “à la place la plus précieuse : celle du public.” 

Cette phrase résume bien son rôle. Présider un jury, ce n’est pas seulement départager des œuvres. C’est aussi écouter, recevoir, débattre et défendre une certaine idée du cinéma.

La nomination de Leïla Bekhti est aussi une évolution dans sa relation avec Cannes. L’actrice y a accompagné plusieurs films importants, dont Paris, je t’aimeLa Source des femmesLe Grand Bain et Les Intranquilles. Cette année, elle ne vient plus seulement présenter une œuvre. Elle participe à la décision, au regard, à la reconnaissance. 

Hafsia Herzi, une présence forte dans la sélection

La diversité de Cannes 2026 ne se limite pas aux cérémonies et aux jurys. Elle se retrouve aussi dans les films. Hafsia Herzi occupe cette année une place particulière, puisqu’elle apparaît dans deux œuvres de la Sélection officielle : Histoires de la nuit, en compétition, et Quelques mots d’amour, présenté à Un Certain Regard. 

Cette double présence confirme l’importance prise par l’actrice et réalisatrice dans le cinéma français contemporain. Révélée par La Graine et le Mulet, récompensée très tôt, puis passée derrière la caméra, Hafsia Herzi a construit une trajectoire solide, loin des effets de mode. Son parcours, marqué par une exigence constante, fait d’elle l’un des visages les plus singuliers de sa génération.

Laïla Marrakchi, un retour cannois ancré dans le réel

Laïla Marrakchi revient également sur la Croisette avec La Más Dulce, sélectionné à Un Certain Regard. Le film suit deux jeunes Marocaines parties travailler comme saisonnières dans les cultures de fraises du sud de l’Espagne. Leur espoir d’améliorer la vie de leurs proches se heurte à une réalité dure, marquée par un système d’exploitation qui fragilise leur dignité et leur avenir.

Avec ce récit, la cinéaste marocaine inscrit la question de la diversité dans une réalité sociale très concrète. Il ne s’agit pas seulement de présence à l’écran, mais de sujets : migration, exploitation, travail, dignité, solidarité féminine.

Laïla Marrakchi avait déjà marqué Cannes avec Marock, présenté à Un Certain Regard en 2005. Son retour, plus de vingt ans plus tard, donne à cette édition une profondeur supplémentaire. À travers son film, le Festival ouvre aussi son regard vers des histoires venues du Maroc, de l’Espagne et des trajectoires migratoires qui traversent la Méditerranée. 

Imane Khelif, une apparition qui élargit le cadre

Imane Khelif n’est pas une figure du cinéma. Pourtant, sa présence à Cannes a attiré l’attention. La boxeuse algérienne a fait ses débuts au Festival dans une tenue Chanel remarquée. Reuters l’a photographiée sur le tapis rouge le 13 mai 2026, tandis que Vogue Arabia a présenté cette venue comme ses débuts au Festival de Cannes. 

Sa présence raconte autre chose : Cannes n’est plus seulement traversé par les actrices, les réalisateurs et les producteurs. Le Festival devient aussi un espace où se croisent le sport, la mode, la culture arabe et l’imaginaire du cinéma.

Imane Khelif a confié à Vogue Arabia : “This is my first time attending Cannes, so everything feels magical and unforgettable.” Une phrase simple, mais révélatrice. Elle montre ce que Cannes continue de représenter : un lieu de fascination, mais aussi un espace où de nouveaux visages viennent élargir le paysage attendu. 

Une édition qui élargit le récit cannois

Les signes comptent à Cannes. Cette année, ils sont nombreux. Eye Haïdara donne le ton des cérémonies. Leïla Bekhti préside Un Certain Regard, entourée d’un jury international. Hafsia Herzi apparaît dans deux films de la Sélection officielle. Laïla Marrakchi revient avec La Más Dulce, récit social porté par deux femmes marocaines confrontées à l’exploitation dans les serres espagnoles. Même en dehors des films, la présence remarquée d’Imane Khelif sur le tapis rouge montre que la Croisette attire désormais des figures venues d’autres horizons culturels et sportifs. 

Cette diversité ne se résume donc pas à une image de façade. Elle traverse plusieurs espaces du Festival : la scène, les jurys, les sélections, les marches et les récits projetés en salle. Elle donne à cette 79e édition une couleur particulière, plus proche du monde tel qu’il est, avec ses langues, ses origines, ses circulations et ses combats.