Alice Rufo défend le dialogue avec Alger face aux critiques du RN !

Interpellée à l’Assemblée nationale par le député RN Julien Odoul après son déplacement en Algérie, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, Alice Rufo, a assumé la relance de la coopération franco-algérienne. Elle a aussi confirmé une première visite consulaire au journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie.

Publié : 13h55 par La Rédaction

Alice Rufo
Crédit : Alice Rufo - LinkedIn

Le ton est monté, mardi 12 mai, dans l’hémicycle, autour d’un sujet toujours inflammable : la relation entre Paris et Alger. Quelques jours après la visite d’Alice Rufo en Algérie, Julien Odoul, député du Rassemblement national, a vivement critiqué ce déplacement, qu’il a présenté comme un geste de faiblesse à l’égard des autorités algériennes.

Face à cette attaque, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants a choisi de répondre sur le terrain des faits. Elle a d’abord évoqué la situation de Christophe Gleizes, journaliste français détenu en Algérie, en annonçant une avancée attendue par ses proches. « Je voulais informer la représentation nationale qu'hier, il a reçu pour la première fois une visite consulaire et bien évidemment rappeler notre souhait qu'il puisse rentrer rapidement en France », a-t-elle déclaré.

Christophe Gleizes au cœur des discussions

Le cas de Christophe Gleizes occupe une place importante dans le rapprochement en cours entre les deux pays. Arrêté en mai 2024 en Kabylie alors qu’il réalisait un reportage, le journaliste sportif français a été condamné en appel à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».

Selon Reporters sans frontières, la visite consulaire a été conduite lundi 11 mai par Bruno Clerc, consul de France à Alger. Thibaud Bruttin, directeur général de RSF, a indiqué que « Christophe a la santé et le moral ».

Cette visite, la première depuis son incarcération, avait été actée lors de la rencontre entre Alice Rufo et le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Pour la famille du journaliste, elle constitue un signal encourageant, même si son retour en France reste suspendu à une évolution politique et judiciaire. Ses proches ont récemment indiqué qu’il avait retiré son pourvoi en cassation, une démarche pouvant ouvrir la voie à une éventuelle grâce présidentielle.

Défense, sécurité et migration au menu de la visite

Alice Rufo a également détaillé les objectifs de son déplacement à Alger. Elle a confirmé avoir échangé avec les plus hauts responsables algériens, dont le président Abdelmadjid Tebboune et le chef d’état-major de l’armée. « Je me suis en effet rendue en Algérie et j'ai rencontré les plus hautes autorités algériennes, le président de la république et également le chef d'état-major des armées. Nous avons relancé la coopération de défense et de sécurité qui est essentielle dans la période des stabilisations que nous connaissons en Méditerranée, au Moyen-Orient et bien évidemment au Sahel. »

Pour Paris, cette reprise du dialogue sécuritaire intervient dans un contexte régional tendu. La Méditerranée, le Moyen-Orient et le Sahel concentrent plusieurs crises qui rendent la coopération entre les deux rives plus stratégiques. La ministre a aussi mis en avant la reprise de la coopération migratoire, après une période de blocage autour des laissez-passer consulaires. « Aujourd'hui, elle reprend et nous allons continuer en ce sens, tout simplement parce que ça marche », a-t-elle insisté.

La mémoire, sujet central du désaccord

L’échange a ensuite glissé vers la question mémorielle, souvent au cœur des tensions entre la France et l’Algérie. Julien Odoul a accusé le gouvernement de céder face à Alger et a évoqué les blessures liées à la guerre d’Algérie.

Alice Rufo a répondu en défendant une position de lucidité historique. Pour elle, reconnaître les zones sombres du passé français ne signifie pas affaiblir la France, mais au contraire assumer pleinement son histoire. « La France ne doit qu'à elle-même de regarder son histoire en face et elle se le doit à elle-même. Je suis fière de servir les intérêts d'un pays qui sait regarder son histoire en face dans ses parts de grandes lumières comme dans ses parts d'ombre. »

La ministre a poursuivi en affirmant son attachement au respect de la souveraineté des peuples et du droit international. Avant de conclure par une formule politique claire : « Respecter la France, c'est respecter ses intérêts. Il est dans son intérêt d'avoir un dialogue fonctionnel avec l'Algérie. »

Emmanuel Macron veut “réenclencher une dynamique positive

Cette ligne s’inscrit dans la position défendue par le président de la République. En marge du sommet Africa Forward, au Kenya, il a reconnu que les relations entre Paris et Alger avaient connu une forte dégradation ces derniers mois. « Il y a des choses qui se sont emballées. Et puis après, on est deux pays fiers. Et donc quand il y en a un qui durcit, l'autre durcit et répond », a-t-il expliqué au micro de Brut Afrique.

Le chef de l’État a aussi rappelé que la relation franco-algérienne dépasse largement le cadre diplomatique classique, car elle touche aux débats intérieurs des deux pays. « La question française en Algérie, c'est un sujet de politique intérieure, la question algérienne en France, c'est une question de politique intérieure. Ce ne sont pas des relations étrangères. Donc ça complexifie tout. »

Malgré les tensions passées, Emmanuel Macron dit croire à une reprise du dialogue. « Je pense qu'on est en train de réenclencher une dynamique positive », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Moi, je pense que la relation franco-algérienne est une relation d'avenir. »

Une ligne assumée : coopération plutôt que confrontation

À travers la réponse d’Alice Rufo, le gouvernement assume donc une stratégie de normalisation progressive avec Alger. Défense, sécurité, migration, mémoire et situation de Christophe Gleizes figurent parmi les dossiers prioritaires.

Le débat à l’Assemblée a surtout révélé deux visions opposées. D’un côté, une approche fondée sur le rapport de force et la dénonciation permanente. De l’autre, une ligne plus pragmatique, défendue par l’exécutif, qui considère qu’un dialogue régulier avec l’Algérie sert les intérêts français.

Dans un climat encore fragile, la visite consulaire accordée à Christophe Gleizes apparaît comme un premier signe concret.