Nanterre, le coup d’éclat d’une génération sans complexe !

Invitée de l’émission Time Sport sur Beur FM, animée par Bilal Nedman, l’ES Nanterre est revenue sur la saison historique de ses U17 nationaux. Championne du groupe B, l’équipe nanterrienne a bousculé la hiérarchie face à plusieurs références de la formation française. Un parcours construit autour du travail, de la cohésion, de la discipline et d’une identité forte.

Publié : 13h10 par La Rédaction

ES Nanterre
Crédit : D.R

Il y a des saisons qui changent le regard porté sur un club. Celle des U17 nationaux de l’ES Nanterre en fait partie. Promue à ce niveau, la formation des Hauts-de-Seine a terminé en tête du groupe B du Championnat National U17, devant des structures habituées aux exigences de la formation de haut niveau.  

Sur le plateau de Beur FM, Vincent et Gaël, membres du staff nanterrien, ont raconté les coulisses de cette réussite. Leur discours tient en quelques mots : une ville, un groupe, une méthode et beaucoup de conviction. Dès les premiers échanges, Vincent a insisté sur le lien entre cette équipe et son environnement. Pour lui, cette réussite ne vient pas de nulle part : « Nanterre, c’est une ville particulière, avec des grands talents, que ce soit sportifs, que ce soit artistiques, même au niveau de la musique aussi. » Avant d’ajouter : « C’est une ville de passion et on est très content d’avoir fait cet exploit historique avec cette ville. »

Gaël a confirmé la portée de cette saison : « Terminer premier en tant que club amateur, c’est quelque chose qui n’a jamais été fait. Donc c’est vraiment historique pour le club, pour la ville, pour les joueurs. »

Un groupe sans complexe face aux centres de formation

Dans un championnat où les clubs professionnels disposent souvent de moyens supérieurs, Nanterre a choisi une autre voie. Le staff a rapidement compris qu’il ne pouvait pas lutter avec les mêmes armes matérielles. Il a donc misé sur l’état d’esprit, la solidarité et la capacité des joueurs à se dépasser. Vincent l’a résumé avec franchise : « On n’a pas la même matière, on n’a pas les mêmes conditions de travail. Il faut savoir que nous, on s’entraîne sur une moitié de terrain. »

Face à des adversaires mieux équipés, Nanterre a bâti une identité de compétiteur. Le staff a transformé ce manque de moyens en moteur. « On vient un peu en revanchard », a expliqué Vincent, en évoquant des joueurs parfois passés sous les radars des centres de formation. « Ça nous permet de regarder les clubs pros dans les yeux. »

Cette posture a marqué les esprits. Sur le terrain, les U17 nanterriens n’ont pas joué avec la peur du statut adverse. Ils ont assumé leur football, leur intensité et leur envie de se faire une place.

Mental, discipline et cohésion : les bases de la méthode

Gaël a détaillé l’un des grands axes du projet : construire un groupe solide avant de parler uniquement de tactique. À Nanterre, l’humain a occupé une place centrale. « On a beaucoup axé notre travail sur le mental, la discipline, parce que dans le monde amateur, on en a vraiment besoin », a-t-il expliqué. « On a beaucoup axé notre équipe sur la cohésion de groupe. »

Cette cohésion s’est vérifiée dans les moments les plus tendus de la saison. Gaël a notamment raconté un match où Nanterre devait absolument gagner. À la 90e minute, le score était encore nul. Mais le groupe n’a pas lâché. « Personne n’a douté parce qu’on a vraiment cette cohésion, cette rage de vaincre. »

Pour Vincent, cette réussite repose aussi sur la proximité entre le staff et les joueurs. Il refuse l’idée d’un encadrement trop distant. « On leur parle énormément », a-t-il confié. « C’est important de les écouter aussi, parce que quand un éducateur prend trop de place, des fois, ça ne laisse pas les joueurs s’exprimer. »

Le staff estime avoir trouvé un équilibre. Assez proche pour comprendre les jeunes. Assez exigeant pour les faire progresser. « Plus on est proche des joueurs, plus on peut tirer le maximum d’eux », a poursuivi Vincent.

Gabriel, symbole d’une saison où chacun a compté

L’un des exemples les plus forts cités à l’antenne concerne Gabriel Makola. Le jeune joueur a évolué une grande partie de la saison avec l’équipe B, en U17 R3, avant d’être intégré au groupe national. Le staff lui a accordé sa confiance. Il l’a accompagné, conseillé, encouragé.

Gaël a raconté son parcours avec fierté : « On a un exemple, un gamin qui s’appelle Gabriel. Il a joué toute l’année en B, en R3. À un moment donné, on lui a fait confiance. » Cette confiance a fini par payer. « Au final, c’est lui qui marque encore dimanche contre Reims, le but à la fin », a poursuivi Gaël.

À travers cette anecdote, Nanterre revendique une idée simple : un joueur peut changer de dimension s’il est bien accompagné. Le staff ne s’est pas contenté de s’appuyer sur les éléments les plus visibles. Il a cherché à faire grandir tout un groupe.

Un staff complémentaire, entre exigence et proximité

La force de Nanterre tient aussi dans la composition de son encadrement. Gaël a décrit un staff aux profils variés, chacun jouant un rôle précis auprès des jeunes. Il a cité Elyes, passé par un centre de formation d'Angers, capable de transmettre son vécu. Il a également mentionné Carl, figure historique du club, présent depuis plus de quarante ans. « Il leur parle comme un grand-père », a expliqué Gaël.

Vincent, plus jeune, occupe une autre place auprès du groupe : « Il peut se permettre plus de choses avec eux, de discuter comme un grand frère. » Gaël, lui, assume un rôle plus strict : « Moi, je suis un peu plus dans la discipline, le père fouettard, on va dire. ». Une formule qui a fait sourire le plateau, mais qui dit beaucoup de l’équilibre recherché : proximité, exigence, écoute et cadre.

Le capitaine de l’équipe Karim a confirmé le poids du staff dans cette réussite : « C’est en partie nos coaches, le staff, qui ont fait beaucoup de choses pour qu’on puisse réussir cette année. »

Un club porté par une ville et une organisation familiale

Au-delà du terrain, Vincent a tenu à mettre en avant le travail de l’ensemble du club. Selon lui, l’ES Nanterre s’appuie sur une organisation solide et un environnement très présent autour de l’équipe.

Il a salué l’engagement du directeur technique Ousmane Diaby : « On a un directeur technique qui est magnifique, M. Ousmane Diaby. »  Pour Vincent, cette dimension familiale a beaucoup pesé : « Nanterre, c’est vraiment un club familial. » Il a insisté sur l’ambiance autour des rencontres : « Quand on voit le monde qu’il y a, il n’y a que chez nous, en amateur en tout cas, qui a ce monde-là. »

Former sans brider : la liberté au cœur du projet

L’un des thèmes forts de l’émission a concerné la formation. Comment faire progresser un jeune joueur sans l’enfermer dans un cadre trop rigide ? Comment protéger sa créativité tout en lui donnant les outils du haut niveau ? Gaël a défendu une approche équilibrée. Selon lui, plusieurs joueurs nanterriens ont le niveau pour rivaliser avec ceux des centres de formation, mais n’ont pas toujours bénéficié du même parcours. « Ce sont des joueurs qui ont peut-être été mal accompagnés, peut-être des joueurs à qui il a manqué quelque chose », a-t-il expliqué.

Le rôle du staff consiste donc à combler ces manques. « Nous, on leur apporte, on essaie de combler un peu le manque qu’il y a. » À Nanterre, le message envoyé aux joueurs a été clair : exploiter leurs qualités fortes. « Si ton point fort, c’est le dribble, vas-y, dribble. Si ton point fort, c’est la relance ou le combat, vas-y. »

Une équipe de transition, difficile à lire

Sur le plan tactique, le staff n’a pas tout dévoilé, mais il a donné quelques clés. Nanterre s’appuie d’abord sur une équipe généreuse, capable d’embêter ses adversaires. « On est une équipe qui embête beaucoup de monde », a glissé Vincent.

Interrogé sur le style de jeu, le staff a reconnu une préférence pour la transition. L’idée : bien défendre, récupérer, puis exploiter rapidement les espaces.  « On ne s’adapte pas à l’adversaire nécessairement, mais on va savoir leurs points forts, leurs points faibles », a-t-il expliqué.

Gaël a détaillé la richesse de ce jeu de transition : « Ça peut être des pistons, ça peut être des attaquants dans l’axe, ça peut être des milieux qui se projettent. » Cette variété rend Nanterre moins prévisible. « Ça peut venir de tous les sens et de tous les côtés », a-t-il ajouté.

Karim, défenseur central et capitaine, incarne aussi cette polyvalence. Son jeu long, sa capacité à se projeter et son leadership ont été salués à l’antenne. Interrogé sur sa progression, il a répondu simplement : « Le gros truc, c’est déjà la mentalité, le leadership. J’ai beaucoup progressé là-dessus, même mon charisme sur le terrain. »

Des éducateurs franciliens qui veulent être davantage reconnus

L’émission a aussi ouvert un débat plus large sur la place des éducateurs issus du monde amateur, notamment en Île-de-France. Vincent a tenu à rappeler que la région ne produit pas seulement des joueurs. Elle forme aussi des entraîneurs de qualité. « On dit que l’Île-de-France, c’est la région qui exporte énormément de joueurs, mais je veux rappeler aussi qu’il y a de très bons éducateurs en Île-de-France », a-t-il déclaré.

Il estime toutefois qu’un plafond existe encore entre le football amateur et le monde professionnel. « Je pense qu’il y a une barrière à passer entre le monde amateur et le monde professionnel pour les éducateurs. » Avant d’ajouter : « On voudrait en voir un peu plus chez les clubs professionnels. »

Gaël a également évoqué les difficultés financières qui touchent de nombreux clubs franciliens. Selon lui, l’accompagnement existe, mais pourrait être renforcé. « Je pense qu’ils pourraient nous aider un peu plus peut-être sur le financier, parce que c’est le problème de beaucoup de clubs dans la région parisienne. »

Après l’exploit, un nouveau défi

La saison de Nanterre va forcément attirer les regards. Certains joueurs pourraient rejoindre des structures professionnelles. Le staff le sait. Il l’accepte même comme une conséquence logique du travail réalisé.

Gaël y voit une opportunité : « Quand on fait des saisons comme celle-là, c’est un peu plus simple. » Selon lui, les départs peuvent ouvrir la voie à d’autres jeunes, attirés par le projet nanterrien. « Ils se disent qu’à Nanterre, ça travaille. Ils se disent qu’à Nanterre, il y a l’opportunité. »

Vincent partage ce constat, tout en prévenant déjà la prochaine génération. « Les joueurs nous ont mis un peu en difficulté, parce qu’ils ont fait quelque chose d’extraordinaire.» L’an prochain, il faudra repartir avec un autre groupe, une autre dynamique et davantage d’attentes. « Il faudra faire passer le message aux joueurs que là, ça va être beaucoup plus dur que cette année. »

Le PSG en ligne de mire, sans complexe

Le quart de finale face au Paris Saint-Germain donnera une autre dimension à cette aventure. Le PSG, vainqueur du groupe A, était attendu en phase finale, tandis que Nanterre a créé la surprise dans le groupe B. La rencontre ES Nanterre - Paris Saint-Germain est programmée le dimanche 17 mai 2026. 

Sur Beur FM, Karim  n’a pas caché l’état d’esprit du groupe. Le capitaine sait ce que représente Paris pour les jeunes joueurs. Mais il refuse toute forme de complexe. « Nous, on attend qu’ils viennent chez nous », a-t-il lancé. Avant d’ajouter : « On n’est pas complexés. On va jouer la victoire. »

Le message est clair. Nanterre respecte le PSG, mais ne compte pas regarder l’affiche comme un simple honneur. Après avoir remporté son groupe avec 51 points en 26 journées selon le classement, l’ESN veut prolonger son histoire. 

Une saison déjà gravée

Quel que soit le résultat de la phase finale, Nanterre a déjà marqué son championnat. Le club a prouvé qu’une structure amateure pouvait rivaliser avec des références de la formation, à condition de porter un projet cohérent, exigeant et profondément humain.

Vincent l’a dit avec émotion : « On est très content d’être un peu le porte-drapeau du football amateur. » Les messages reçus de plusieurs régions de France l’ont touché : « Les gens nous disaient qu’ils étaient fiers de nous, qu’on était des exemples pour eux. »

À Nanterre, cette génération U17 a fait plus que gagner un groupe. Elle a offert une vitrine à tout un club, à une ville et à une certaine idée du football : celle où le talent compte, mais où le collectif, le travail et la confiance peuvent encore soulever des montagnes.