Abdelmadjid Meskoud, la voix d’Alger, s’est éteint !

Le chanteur algérien Abdelmadjid Meskoud est décédé ce jeudi 14 mai 2026 à Alger, à l’âge de 73 ans. Figure marquante du chaâbi et de la chanson populaire algéroise, il laisse derrière lui une œuvre profondément liée à la mémoire d’Alger, notamment grâce à son titre culte «Ya Dzayer Ya El Assima».

Publié : 20h38 par La Rédaction

Abdelmadjid Meskoud
Abdelmadjid Meskoud
Crédit : amekinfo from BLIDA, ALGERIE - Wikpédia

Il chantait Alger avec la pudeur de ceux qui l’aiment trop pour la raconter simplement. Abdelmadjid Meskoud, artiste populaire au timbre reconnaissable, s’est éteint ce jeudi 14 mai 2026 dans la capitale, après un long combat contre la maladie. Sa disparition plonge la scène artistique algérienne dans une profonde tristesse.

Né le 31 mars 1953 à El Hamma, dans l’ancien Belcourt, aujourd’hui Belouizdad, Abdelmadjid Meskoud appartenait à cette génération d’artistes qui ont grandi au contact direct des quartiers, des cafés, des fêtes familiales et des scènes populaires. Sa musique portait l’empreinte d’Alger, de ses ruelles, de ses douleurs discrètes et de ses joies simples.

Un parcours bâti loin des écoles

Autodidacte, Abdelmadjid Meskoud n’a pas suivi de formation académique en musique. Il s’est construit par l’écoute, la pratique et la passion. Très jeune, il s’intéresse à la guitare, compose ses premiers airs et se rapproche aussi du théâtre. Il participe à des troupes algéroises, notamment dans l’entourage de Hassan Hassani, avant de se consacrer progressivement à la chanson.

Ses influences disent beaucoup de son univers. Il puise dans l’héritage du chaâbi, avec une admiration particulière pour Cheikh M’hamed El Anka et Cheikh El Hasnaoui. Il écoute aussi la chanson française, de Jacques Brel à Léo Ferré, en passant par Édith Piaf et Georges Brassens. De ce mélange naît une sensibilité singulière, fidèle au patrimoine algérien mais ouverte aux grandes voix de la poésie populaire.

Avant la grande reconnaissance, Abdelmadjid Meskoud se produit dans les mariages, les soirées familiales et les galas de quartier. Pendant longtemps, son nom reste surtout attaché à Alger et à son public de proximité. C’est pourtant cette fidélité au terrain qui donnera à son œuvre sa force et son authenticité.

«Ya Dzayer Ya El Assima», plus qu’une chanson

La carrière d’Abdelmadjid Meskoud bascule à la fin des années 1980 avec «Ya Dzayer Ya El Assima». Sorti en 1989, ce titre devient rapidement l’une des chansons les plus aimées du répertoire populaire algérien. Il ne s’agit pas seulement d’un succès musical. Pour de nombreux Algériens, cette chanson est devenue une déclaration d’amour à la capitale.

Avec ce morceau, Abdelmadjid Meskoud a su donner une voix à la nostalgie d’Alger, à ses transformations, à ses souvenirs menacés par le temps. La chanson a traversé les générations. Elle a été reprise dans les fêtes, fredonnée par les familles, écoutée par la diaspora comme un lien intime avec le pays.

Une carrière interrompue par la maladie

En 2016, Abdelmadjid Meskoud est victime d’un accident vasculaire cérébral. Cet épisode marque un tournant douloureux dans sa vie et met fin à son activité artistique sur scène. Malgré cette absence forcée, son nom reste présent dans la mémoire collective.

Son œuvre continue de vivre dans les maisons, les archives, les hommages et les souvenirs de ceux qui l’ont écouté. Pour beaucoup, il demeure l’un des artistes qui ont su chanter Alger sans la trahir, avec une sincérité rare.

Les hommages officiels

À l’annonce de son décès, les réactions se sont multipliées. L’Office National des Droits d’Auteur et des Droits Voisins a présenté ses condoléances à la famille du défunt ainsi qu’à l’ensemble de la famille artistique algérienne. L’ONDA a salué le parcours d’un artiste membre de l’Office, considéré comme l’une des voix ayant enrichi le patrimoine de la chanson populaire.

Dans son message, l’Office a estimé que l’Algérie perdait « une grande figure artistique parmi ses trésors créatifs », soulignant son attachement à son identité artistique et patrimoniale. Le directeur général de l’ONDA, Samir Thaâlabi, a également adressé ses condoléances à la famille du chanteur, à ses proches et à ses admirateurs, priant pour que le défunt soit accueilli dans la miséricorde divine.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a lui aussi adressé un message de condoléances à la famille de l’artiste. Il y a exprimé sa tristesse après la disparition d’une figure importante de la chanson chaâbie algérienne. « C’est avec une immense tristesse que j’ai appris le décès d’Abdelmadjid Meskoud, puisse Allah Tout-Puissant lui accorder Sa sainte miséricorde. Avec sa disparition, la scène de la chanson chaâbie, notamment algéroise, perd l’une de ses figures emblématiques, qui ont marqué de leur empreinte ce genre musical, apportant, durant toute leur carrière, joie et bonheur à un large public », lit-on dans le message de condoléances.

Le chef de l’État algérien a ajouté : « En cette douloureuse épreuve, je vous adresse ainsi qu’à l’ensemble de la famille artistique, mes sincères condoléances et mes sentiments de profonde compassion, priant Allah Tout-Puissant d’accorder au défunt Sa sainte miséricorde et de l’accueillir en Son vaste paradis. À Dieu nous appartenons et à Lui nous retournons ».

Une mémoire qui ne s’éteint pas

Abdelmadjid Meskoud laisse l’image d’un artiste discret, profondément enraciné dans sa ville et dans son peuple. Il n’a jamais cherché à rompre avec ses origines. Au contraire, il a fait de ce lien la matière principale de son art.

Sa voix restera associée à Alger, à ses quartiers populaires, à ses blessures et à sa beauté. Avec lui disparaît une figure aimée du chaâbi, mais son répertoire, lui, continuera de circuler. Dans les fêtes, les cafés, les souvenirs familiaux et les cœurs de ceux qui ont grandi avec ses chansons, Abdelmadjid Meskoud gardera sa place : celle d’un chanteur qui a su transformer l’amour d’une ville en patrimoine collectif.