Les échanges entre la France et l’Algérie tombent à 8,9 milliards d’euros !
Le commerce de biens entre la France et l’Algérie continue de perdre du terrain. Entre juillet 2025 et juin 2026, les échanges bilatéraux ont représenté 8,9 milliards d’euros, contre 11 milliards en 2024. Automobile, machines, pharmacie et produits alimentaires figurent parmi les activités françaises les plus affectées.
Publié : 13h20 par La Rédaction
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Le froid politique entre Paris et Alger se lit désormais jusque dans les statistiques commerciales. Sur les douze mois allant de juillet 2025 à juin 2026, la France a vendu 4,019 milliards d’euros de marchandises à l’Algérie et en a acheté 4,884 milliards.Le commerce bilatéral atteint ainsi exactement 8,903 milliards d’euros. La balance reste déficitaire pour Paris, à hauteur d’environ 865 millions d’euros.
Un recul net depuis 2024
La tendance est suffisamment marquée pour dépasser les seuls effets d’un mauvais mois. En 2024, les échanges de biens avaient représenté environ 11,03 milliards d’euros, avec 4,803 milliards d’exportations françaises et 6,223 milliards d’importations. En 2025, le total était déjà descendu autour de 9,34 milliards, avant de passer à 8,90 milliards sur les douze derniers mois disponibles.
Malgré cette érosion, le marché algérien reste important pour les entreprises françaises en Afrique. Sur la période juillet 2025-juin 2026, l’Algérie représente 13,3 % des exportations françaises vers le continent, derrière le Maroc, à 26,4 %, mais légèrement devant la Tunisie, à 12,3 %.
Automobile, machines et pharmacie dans le rouge
L’automobile concentre une part importante du choc. Les produits issus de la construction automobile restent le premier poste des ventes françaises à l’Algérie, avec un peu plus de 1,03 milliard d’euros sur douze mois. Ils représentent encore 25,8 % des exportations françaises vers le pays, mais leur valeur a baissé de 15,3 % par rapport à juillet 2024-juin 2025.
Pour les équipementiers automobiles, le mouvement est plus brutal. Les ventes passent de près de 103 millions à 64,7 millions d’euros, soit un recul de 37,1 %. Les machines et équipements d’usage général diminuent de 20,4 %, à 355,6 millions d’euros. Les exportations pharmaceutiques tombent à environ 337 millions, en retrait de 19,9 %.
D’autres activités industrielles décrochent fortement. Les produits sidérurgiques et de première transformation de l’acier reculent de 36,4 %, à 60,2 millions d’euros. Les appareils de mesure, d’essai et de navigation se replient de 34,6 %, à près de 60 millions. Les produits chimiques divers abandonnent, eux, 27,5 % de leur valeur.
La contraction est encore plus spectaculaire sur certains produits alimentaires. Le poste douanier des « produits alimentaires divers » passe de 119,3 millions à 47,3 millions d’euros, soit une chute de 60,3 %.
Les produits agricoles issus de la culture et de l’élevage subissent parallèlement une baisse encore plus sévère : les ventes françaises vers l’Algérie passent de 132,5 millions à 13,8 millions d’euros, soit près de 90 % de recul sur un an. Ce décrochage prolonge la perte de terrain déjà observée sur le blé français. Les Douanes rappelaient en janvier que la part de la France dans les importations algériennes de blé était passée de 41 % en 2016 à 9 % en 2023.
L’aéronautique constitue une exception spectaculaire
La baisse n’est cependant pas générale. Un poste se distingue très nettement : la construction aéronautique et spatiale. Les exportations françaises de cette catégorie vers l’Algérie atteignent 456,7 millions d’euros, contre seulement 31,6 millions sur les douze mois précédents. Cette poussée exceptionnelle vient amortir le recul observé dans de nombreuses autres filières.
Côté algérien, neuf euros sur dix viennent de l’énergie
Pour l’Algérie, la chute des ventes à la France obéit à une autre logique. Elle est avant tout énergétique. Entre juillet 2025 et juin 2026, les achats français d’hydrocarbures naturels algériens se sont élevés à 3,54 milliards d’euros, contre 4,54 milliards sur les douze mois précédents. La baisse atteint 21,9 %, soit quasiment un milliard d’euros en moins.
Les produits pétroliers raffinés résistent davantage, mais reculent tout de même de 6,7 %, de 881,8 à 823,1 millions d’euros. Ensemble, hydrocarbures naturels et produits pétroliers raffinés représentent 89,5 % de toutes les importations françaises en provenance d’Algérie sur la période.
Les produits chimiques de base font figure d’exception. Ils progressent de 13,7 %.
« Qui paie réellement le refroidissement économique France-Algérie ? »
Dans l’immédiat, les entreprises exportatrices sont les premières exposées. Une étude publiée par les Douanes françaises en janvier 2026 recensait 5 222 entreprises ayant exporté vers l’Algérie en 2023. Parmi elles, plus de 1 300 ne vendaient à l’étranger que sur le marché algérien. Ces sociétés sont généralement beaucoup plus petites que les autres exportateurs présents dans le pays.
Les premiers signes de décrochage étaient déjà visibles en 2025. Entre janvier et octobre, le nombre d'entreprises françaises exportant vers l'Algérie avait diminué, en moyenne, d'environ 150 entreprises par mois par rapport à l'année précédente. Le recul avait atteint 385 entreprises en août. Selon les Douanes, le phénomène concernait principalement les PME et microentreprises indépendantes et relativement peu dépendantes du marché algérien.
Une crise diplomatique, mais aussi une politique de réduction des importations
Le ralentissement ne peut pas être lu uniquement à travers le face-à-face entre Paris et Alger. L’Algérie mène depuis plusieurs années une stratégie de substitution aux importations et de développement de sa production nationale.
En juillet 2025, la Commission européenne a même lancé une procédure d’arbitrage contre Alger au titre de l’accord d’association UE-Algérie. Bruxelles conteste plusieurs barrières appliquées aux entreprises européennes, dont des systèmes de licences d’importation pouvant avoir des effets proches d’une interdiction, ainsi que différentes restrictions à l’investissement et aux importations.
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