Les actes antimusulmans en forte hausse en 2025 !

Près de 2 500 faits antireligieux ont été recensés en 2025. Si le total reste stable, les violences visant les musulmans explosent. La Grande Mosquée de Paris alerte et refuse toute mise en concurrence des souffrances.

Publié : 19h39 par La Rédaction

Islamophobie
Crédit : Martin Foskett - Pixabay

Un climat qui ne faiblit pas et les chiffres sont lourds. En 2025, 2 489 actes antireligieux ont été comptabilisés en France par le ministère de l’Intérieur. Un volume proche de celui de 2024. Mais derrière cette apparente stabilité, les tensions demeurent fortes.

Ces données, collectées à l’échelle nationale, ne constituent pas une statistique officielle au sens strict. Elles dessinent néanmoins une tendance claire : les violences visant des croyants et des lieux de culte restent installées dans le paysage.

La Grande Mosquée de Paris réagit sans détour. Elle « exprime sa vive inquiétude face à la persistance de ces violences. Elle constitue une atteinte directe aux principes fondamentaux de la République ».

Une flambée des actes antimusulmans

C’est la progression la plus spectaculaire. Les actes visant les musulmans ont bondi de 88 % en un an. 326 faits ont été recensés en 2025. Ils représentent 13 % du total. Selon le rapport du ministère de l’Intérieur, ces actes sont majoritairement constitués d’agressions physiques, d’insultes et de messages haineux diffusés en ligne.

Deux assassinats ont symbolisé cette montée de la violence : celui d’Aboubakar Cissé, poignardé dans une mosquée du Gard en avril 2025, et celui d’Hichem Miraoui, abattu à Puget-sur-Argens dans le Var.

Le grand imam de Bordeaux, Tareq Oubrou, ne se dit pas surpris par cette évolution. Il a affirmé sur LCI, « Plus la démographie, la visibilité des musulmans apparaît dans la société, plus cela engendre des craintes, des ignorances, des incompréhensions qui souvent engendrent des comportements d'exclusion ».

Refuser toute hiérarchie des haines

Face à ces chiffres, la Grande Mosquée de Paris appelle à une prise de conscience collective. Elle refuse toute comparaison entre les souffrances. Mettre les communautés en concurrence reviendrait, selon elle, à affaiblir le pacte républicain. Elle condamne « avec la plus grande fermeté » toutes les agressions visant des responsables religieux, des fidèles ou des citoyens en raison de leur foi. Elle affirme sa solidarité envers toutes les communautés touchées. L’institution insiste : protéger les croyants et les lieux de culte relève d’une responsabilité nationale partagée.

Antisémitisme toujours élevé malgré un recul

En 2025, 1 320 actes antisémites ont été enregistrés, soit une baisse de 16 % par rapport à l’an dernier. Une diminution relative, qui ne masque pas la gravité de la situation.

Sur les vingt-cinq dernières années, jamais le niveau n’avait été aussi haut que durant les trois années écoulées, dans un contexte international tendu depuis les attaques du 7 octobre 2023. Les agressions physiques, verbales et la haine diffusée en ligne représentent 67 % des faits. Plusieurs attaques ont marqué les esprits, notamment celles visant des rabbins à Orléans, Deauville et Neuilly-sur-Seine.

Les actes antisémites constituent plus de la moitié des faits recensés, soit 53 %, alors même que la communauté juive demeure minoritaire sur le territoire français, bien qu’elle soit la plus importante d’Europe.

Actes antichrétiens en hausse

Les faits visant les chrétiens progressent également. 843 actes ont été signalés en 2025, soit une augmentation de 9 %. Ils représentent 34 % de l’ensemble des actes antireligieux. La grande majorité concerne des dégradations de biens : églises, cimetières ou symboles religieux. Ces atteintes matérielles constituent 87 % des incidents.

Les agressions contre des personnes restent minoritaires mais augmentent fortement : +70 % sur un an. L’année a été marquée par l’assassinat d’Ashur Sarnaya dans le Rhône, le 10 septembre 2025. Un drame qui intervient à l’approche du dixième anniversaire de l’attentat contre le père Jacques Hamel.

Sécurisation renforcée et mobilisation de l’État

Le ministère de l’Intérieur affirme faire de la lutte contre ces actes une priorité. Un bilan annuel global doit désormais être publié chaque année. Depuis 2015, des réunions trimestrielles rassemblent forces de sécurité et représentants des cultes pour adapter les dispositifs de protection. Sur le terrain, patrouilles et points fixes sont déployés autour des sites sensibles, notamment lors des grandes fêtes religieuses. Un module de formation destiné aux responsables religieux a été lancé en mars 2025. Plus de 220 sessions ont déjà été organisées.

Côté financement, près de 48 millions d’euros ont été engagés en dix ans pour sécuriser les lieux de culte, notamment via la vidéosurveillance ou le renforcement des accès. Le gouvernement entend également recourir aux dissolutions d’associations, aux gels d’avoirs et aux signalements judiciaires lorsque cela s’avère nécessaire. Enfin, le président de la République a annoncé, le 12 janvier 2026, l’organisation prochaine d’Assises nationales et territoriales consacrées à la lutte contre les actes antireligieux.

Défendre la cohésion nationale

Dans un contexte de tensions internationales et de fractures sociales, la Grande Mosquée de Paris appelle à la vigilance contre les discours de stigmatisation et de désinformation. Elle plaide pour un dialogue constant entre pouvoirs publics et cultes, ainsi qu’un travail éducatif de long terme fondé sur la connaissance mutuelle. Elle insiste également sur la nécessité d’un travail éducatif et culturel de long terme en faveur de la connaissance mutuelle et du respect, afin de prévenir durablement les discours de haine et les logiques d’exclusion.

Dans cette période troublée, elle rappelle que la France ne saurait être le théâtre de la peur religieuse et qu’elle doit demeurer un espace où la liberté de conscience, la dignité et la fraternité restent des réalités concrètes pour tous.