La série « Ma Mère » : Une fugue contre l’inéluctable, un dernier voyage pour dire adieu !

Présentée au Nikon Film Festival, la mini-série Ma Mère s’impose comme un drame intime et bouleversant. En six épisodes courts, elle raconte l’ultime escapade d’un fils qui refuse de laisser sa mère mourir dans l’anonymat d’une chambre d’hôpital. Une fiction inspirée d’une histoire personnelle, portée par une émotion brute.

Publié : 12h09 par La Rédaction

Hacène Hadi
Crédit : D.R Beur FM

Une histoire née d’une épreuve réelle. Tout part d’une expérience intime. Celle d’un fils confronté à la maladie soudaine de sa mère. Un AVC, des semaines passées à l’hôpital, et le sentiment d’une froideur parfois déroutante dans l’univers médical. De cette épreuve est née l’idée de Ma Mère.

Le projet, écrit par Jean-Sébastien Lopez d’après une idée originale de Hacène Habi, puise directement dans ce vécu. « À l'origine, c'est tiré de ma vie personnelle », confie-t-il dans la Matinale de Beur FM. « Sur les derniers mois, j'ai une maman qui a fait un AVC, donc j'ai été confronté à la vie dans les hôpitaux, à cette froideur, à une déshumanisation. »

Loin d’un règlement de comptes, la série interroge la manière dont chacun affronte la fin de vie. « L'objet de la série n'est pas de taper sur les médecins », précise-t-il. Il évoque aussi « des équipes dévouées, vraiment corps et âme », tout en reconnaissant la fatigue et la pression qui pèsent sur le personnel soignant.

Une course contre la montre en six chapitres

Ma Mère adopte un format court et percutant : six épisodes de 2 minutes 20. Douze minutes pour raconter un acte d’amour.

Le point de départ est brutal. Dans un service de soins palliatifs, le verdict tombe : il ne reste que quelques heures à Diane. Son fils, Mathis, refuse cette fin impersonnelle. Il prend une décision radicale. Il sort sa mère de l’hôpital, l’installe dans sa vieille voiture et s’engage dans un voyage sans plan précis.

« On passe tous par là, nous dit le médecin. Mais 'Ma Mère' refuse cette banalité. C'est le récit d'un acte d'amour de 24 heures qui transforme une fin de vie subie en un dernier voyage choisi. ». Cette fuite est illégale. Elle est désespérée. Elle est surtout guidée par l’amour.

Un road-movie intime entre présent et souvenirs

La série navigue entre réalité et mémoire. Mathis traverse les tensions familiales, notamment lors d’une confrontation avec une tante distante, puis trouve refuge dans une ferme isolée.

Là, sous les notes de Lucio Dalla, passé et présent se confondent. Le fils ramène sa mère vers un lieu où, vingt-cinq ans plus tôt, la famille était encore unie. « C'est comme quand on se dit des fois, “tiens, s'il me restait mes dernières 24 heures, qu'est-ce que je ferais ?” Bon, là, ce n'est pas la sienne, c'est celle de sa mère. » La question est universelle. Que faire lorsqu’il ne reste presque plus de temps ?

Une œuvre sur l’amour filial et la dignité

Au-delà du contexte hospitalier, la mini-série parle avant tout d’un lien. Celui d’un fils qui refuse de laisser partir sa mère dans l’indifférence. « Le but n'est pas de faire pleurer les gens. Le but est de les toucher et de ramener encore une fois cette humanité », explique Hacène Habi.

Le projet assume son ancrage dans le réel : les tensions familiales, les incompréhensions, les désaccords autour de la fin de vie. « Ce qui m'est arrivé à moi arrive à tout le monde», dit-il à l’antenne de Beur FM, soulignant le caractère universel du récit.

Un personnage secondaire, celui du fermier, incarne cette humanité inattendue. Un inconnu ouvre sa porte quand des proches la ferment. Une manière de rappeler que la solidarité ne vient pas toujours de là où on l’attend.

Une reconnaissance déjà en cours

Diffusée sur YouTube et sur le site du Nikon Film Festival, Ma Mère participe à la compétition dans la catégorie mini-série. Plus de 2 500 courts-métrages et 112 mini-séries sont en lice.

Le format court n’enlève rien à l’ambition esthétique. Plans serrés, contrastes marqués entre l’univers hospitalier froid et la chaleur d’une maison de campagne, bande-son emblématique : tout concourt à installer une tension émotionnelle forte.

Le tournage s’est déroulé en quelques semaines seulement, avec une équipe réduite. « Il y a eu peut-être une dizaine de jours de préparation, six jours de tournage et une quinzaine de jours de montage », détaille le créateur.

Une fiction universelle

Drame social et road-movie intime, Ma Mère aborde des thèmes qui dépassent les frontières : la fin de vie, la dignité, la famille, l’amour. « On va tous être confrontés à un moment donné ou à un autre à la disparition d'un de ses parents », rappelle le créateur.

En douze minutes, la mini-série propose une réflexion simple et profonde : et si, face à l’inéluctable, il restait encore la possibilité de choisir la manière de dire adieu ?