Ali Ideflawen s’éteint, une voix de lutte et de mémoire disparaît !

Figure majeure de la chanson kabyle engagée, Ali Ideflawen, de son vrai nom Ali Aït Ferhat, est décédé ce dimanche 28 juin à Tizi-Ouzou, à l’âge de 69 ans. Membre fondateur du groupe Ideflawen, il laisse derrière lui une œuvre profondément liée à la mémoire, à la dignité et aux combats culturels amazighs.

Publié : 18h25 par La Rédaction

Ali Ideflawen
Crédit : Ali Ideflawen - Wikipédia - Adel.ferdjoukh

La chanson Kabyle perd l’une de ses voix les plus marquantes. Ali Ideflawen s’est éteint à Tizi-Ouzou, après une longue maladie. Pour des milliers d’auditeurs, sa voix n’était pas seulement celle d’un chanteur. Elle portait une époque, une langue, une mémoire et une forme de résistance.

Né le 16 janvier 1957 à Timizart, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, Ali Aït Ferhat s’est imposé au fil des décennies comme l’un des visages les plus respectés de la chanson kabyle moderne. Son nom de scène, Ali Ideflawen, est souvent traduit par « Ali des neiges ». Un nom devenu familier pour plusieurs générations, en Algérie comme au sein de la diaspora.

Une enfance marquée par l’épreuve

Le parcours d’Ali Ideflawen prend racine dans une histoire familiale douloureuse. Très jeune, il connaît la perte de son père, ancien maquisard de l’ALN. Après ce décès, sa mère retourne dans son village natal d’Ighil-Mahni. Cette enfance difficile marquera profondément l’artiste.

Dans ses chansons, cette sensibilité se retrouve dans le rapport à la terre, à la mémoire, à l’injustice et à la dignité. Ali Ideflawen n’a jamais chanté loin des préoccupations de son peuple. Son œuvre s’est construite autour d’une parole simple, mais forte, portée par une voix grave, reconnaissable entre toutes.

Ideflawen, un groupe devenu symbole

En 1977, Ali Aït Ferhat participe à la naissance du groupe Ideflawen, aux côtés de Lhacène Ziani et Zahir Adjou. Ideflawen s’est rapidement imposé comme une formation incontournable de la musique kabyle engagée. Ses textes abordaient la condition sociale, l’exil, la répression, l’identité, l’espérance et la liberté. À travers ses mélodies, le groupe a accompagné les aspirations de toute une génération attachée à la démocratie et à la reconnaissance de la culture amazighe.

Des titres comme Gget-iyi abridBerwagiya ou encore Tamurt inu ont marqué durablement le public. Ils restent associés à une période de lutte culturelle et politique, mais aussi à une forme de fidélité à la langue kabyle.

Un artiste fidèle à ses convictions

Ali Ideflawen appartenait à cette lignée d’artistes pour lesquels chanter était aussi témoigner. Son répertoire ne relevait pas du simple divertissement. Il donnait une place centrale aux blessures collectives, aux espoirs brisés, mais aussi à la force de tenir debout.

Dans les années 1990, il poursuit son chemin artistique en portant presque seul l’héritage du groupe. Il continue d’enregistrer, de monter sur scène et de s’adresser à un public fidèle, en Kabylie, en Algérie comme en Europe. Sa musique conserve alors la même sobriété, la même exigence et la même profondeur.

Une discographie riche et engagée

La carrière d’Ali Ideflawen s’étend sur plusieurs décennies. Sa discographie témoigne d’une grande constance artistique. Parmi ses albums figurent notamment Igujilen n yiles en 1983, Afeddix en 1986, Gget-iyi abrid en 1988, Berwagiya en 1991, Aferṭeṭṭu en 1992, A Rebbi mel-iyi en 1993, Acimi en 1995, Tissigar en 1998, Tamurt inu en 2001, Ay amxix en 2004 et Abudali en 2018.

À travers ces œuvres, Ali Ideflawen a gardé le même fil conducteur : chanter la Kabylie, ses douleurs, ses combats et sa dignité. Sa voix a accompagné des militants, des étudiants, des familles, des exilés et des amoureux de la chanson kabyle.