Abdelmadjid Tebboune assure que l’Algérie n’a rien demandé à Paris sur les visas et la mémoire !
En évoquant un retour à 250 000 visas délivrés chaque année aux ressortissants algériens, l’ambassadeur de France à Alger a provoqué une vive controverse politique. Le Quai d’Orsay, Jean-Noël Barrot puis Emmanuel Macron ont écarté l’existence d’un objectif officiel. Abdelmadjid Tebboune affirme, de son côté, n’avoir jamais réclamé le moindre quota à Paris.
Publié : 21h18 par La Rédaction
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Il aura suffi d’un chiffre pour raviver les tensions autour de la relation franco-algérienne. En quelques jours, les 250 000 visas évoqués par Stéphane Romatet sont devenus un sujet politique à Paris, un objet de mise au point à Alger et un nouveau révélateur de la fragilité du dialogue entre les deux pays.
Stéphane Romatet évoque un retour au niveau d’avant-crise
À l’origine de la controverse, un entretien accordé le 14 juillet au média algérien TSA. Stéphane Romatet, ambassadeur de France en Algérie, y détaille les conséquences de la crise diplomatique sur le fonctionnement de l’ambassade et des consulats français.
Le diplomate souligne notamment les difficultés rencontrées par les familles, les étudiants ou les entrepreneurs pour obtenir un rendez-vous. Il attribue une partie de ces blocages à la réduction des effectifs consulaires français en Algérie.
Avant la dégradation des relations bilatérales, la France délivrait environ 250 000 visas par an aux ressortissants algériens. Stéphane Romatet explique alors souhaiter une reprise progressive des délivrances afin de « revenir probablement au niveau antérieur à la crise ». Il annonce également un renforcement des équipes diplomatiques et consulaires durant l’été.
Cette déclaration intervient deux mois après son retour à Alger. Rappelé en France pendant la crise, l’ambassadeur avait repris ses fonctions sur place le 8 mai 2026, avec pour mission de travailler à la relance de la coopération bilatérale.
Un chiffre réel, mais pas un quota négocié
Le nombre avancé par Stéphane Romatet ne sort pas de nulle part. Il correspond presque exactement au volume de visas délivrés avant la forte baisse enregistrée en 2025.
Selon les données officielles du ministère de l’Intérieur, 204 243 visas ont été accordés aux ressortissants algériens en 2025. Ce total comprend 185 871 visas de court séjour et 18 371 visas de long séjour. Les Algériens occupaient alors la quatrième place parmi les principales nationalités bénéficiaires.
Sur un an, les délivrances ont reculé de 18,3 %. Le niveau atteint en 2024 était donc proche des 250 000 visas cités par l’ambassadeur. Jean-Noël Barrot a, pour sa part, arrondi cette diminution à 20 % dans ses interventions politiques.
La nuance est essentielle. Les 250 000 visas représentent un niveau statistique observé avant la crise. Ils ne constituent ni un quota garanti à l’Algérie ni une promesse de délivrance automatique pour les années à venir.
Paris recadre son ambassadeur
Les propos de Stéphane Romatet ont rapidement suscité de fortes réactions à droite et à l’extrême droite. Jordan Bardella, Éric Ciotti et Bruno Retailleau ont dénoncé, avec des mots différents, ce qu’ils considèrent comme une concession accordée à Alger sans contrepartie suffisante.
Face à cette offensive politique, le gouvernement a entrepris de préciser sa position. Dès le 18 juillet, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, affirme qu’aucune trajectoire numérique n’a été arrêtée. Il insiste sur le caractère réversible et conditionnel de la politique française envers Alger.
Trois jours plus tard, Jean-Noël Barrot intervient devant l’Assemblée nationale. Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères reconnaît la baisse des délivrances provoquée par la crise diplomatique et les restrictions imposées au réseau français en Algérie. Il écarte toutefois toute politique répondant à une « logique de volume » ou à une « logique de quotas ».
Selon lui, le réengagement français doit rester progressif, réversible et dépendre des résultats obtenus sur les questions migratoires, sécuritaires, judiciaires, ainsi que dans la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme.
Le 22 juillet, Emmanuel Macron intervient à son tour. Selon la porte-parole du gouvernement, le président de la République affirme qu’il n’existe « aucun objectif chiffré en matière de visas avec l’Algérie » et récuse tout « laxisme » de la part des autorités françaises.
Abdelmadjid Tebboune refuse le rôle du demandeur
La réponse algérienne est venue lundi 27 juillet. Dans des extraits diffusés par la présidence avant son entretien périodique avec la presse nationale, Abdelmadjid Tebboune affirme que l’initiative ne vient pas d’Alger.
« Le président algérien n’a jamais demandé un quota de visas », déclare le chef de l’État. Il assure également n’avoir réclamé ni un nombre précis de visas ni l’ouverture d’une négociation sur ce sujet avec les autorités françaises.
Abdelmadjid Tebboune aborde dans la même séquence le contentieux mémoriel. Il affirme : « Je n’ai jamais demandé d’excuses, je n’ai jamais demandé d’indemnisations », avant d’ajouter que « l’Algérie ne fera jamais la manche ».
Quelles conséquences pour les demandeurs algériens ?
À ce stade, aucune mesure officielle ne garantit la délivrance de 250 000 visas par an. Aucun quota public n’a été conclu entre Paris et Alger. Les demandes continuent d’être instruites par les consulats généraux de France à Alger, Annaba et Oran, qui restent seuls compétents pour prendre les décisions.
La perspective d’une amélioration repose principalement sur le retour des agents consulaires et sur l’augmentation des capacités de traitement. Davantage de personnel peut permettre d’ouvrir plus de rendez-vous et de réduire les délais. Cela ne signifie pas que les critères d’attribution seront assouplis ou que chaque dossier recevra une réponse favorable.
La politique française demeure également liée à l’évolution de la relation bilatérale. Paris entend mesurer les progrès réalisés dans plusieurs domaines avant d’aller plus loin. Une nouvelle détérioration diplomatique pourrait donc ralentir, une fois encore, le fonctionnement des services consulaires.
Les visas, thermomètre d’un dégel encore fragile
La polémique intervient alors que Paris et Alger tentent de sortir d’une crise ouverte à l’été 2024. Le soutien apporté par la France au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental avait provoqué la colère d’Alger et le rappel de son ambassadeur à Paris.
D’autres affaires avaient ensuite aggravé la rupture, notamment l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, l’affaire Amir DZ, les expulsions croisées de diplomates et les tensions autour de la réadmission des ressortissants algériens visés par une mesure d’éloignement en France.
Depuis le printemps 2026, plusieurs signes d’apaisement sont apparus. Stéphane Romatet est retourné à Alger. Des responsables politiques, dont Gérald Darmanin, ont effectué des déplacements pour relancer les coopérations judiciaire et sécuritaire. Cette reprise reste toutefois précaire et soumise aux dossiers encore en suspens.
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