Tunis et Paris reprennent contact autour de sujets sensibles !

À l’occasion du 70e anniversaire de l’indépendance tunisienne, le président tunisien Kaïs Saïed s’est entretenu par téléphone avec son homologue Emmanuel Macron. Migration irrégulière, situation au Moyen-Orient, relations avec l’Union européenne et récupération des fonds détournés sous l’ancien régime ont été au cœur de cet échange, qui suscite déjà des réactions en Tunisie.

Publié : 11h51 par La Rédaction

Kaïs Saïed
Crédit : DR

Soixante-dix ans après l’indépendance de la Tunisie, Tunis et Paris ont renoué le contact au plus haut niveau. Vendredi 20 mars, Kaïs Saïed et Emmanuel Macron ont échangé par téléphone sur plusieurs dossiers majeurs, à la fois bilatéraux et internationaux.

Au-delà de la portée symbolique de cette date, cet entretien intervient dans un moment où la Tunisie cherche à réaffirmer ses positions sur plusieurs sujets sensibles, en particulier la migration irrégulière et ses rapports avec ses partenaires européens.

La migration au centre des discussions

Sur ce dossier, Kaïs Saïed a de nouveau martelé une ligne déjà connue : la Tunisie refuse d’être « un pays de transit ou d’installation » pour les migrants. Les autorités tunisiennes mettent en avant, depuis plusieurs mois, la baisse des départs irréguliers vers l’Italie depuis les côtes du pays. Elles soulignent également la hausse des retours volontaires. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, 8 853 migrants ont été rapatriés vers leur pays d’origine en 2025, un niveau record.

Tunis espère désormais atteindre le seuil de 10 000 rapatriements d’ici à la fin de l’année 2026, selon le ministère tunisien des Affaires étrangères.

Lors de cet échange avec Emmanuel Macron, Kaïs Saïed a appelé à renforcer les efforts en faveur de ces retours volontaires. Il a estimé que la Tunisie avait déjà pris une part importante dans la gestion de cette crise, tout en dénonçant un système économique mondial déséquilibré et l’action de réseaux criminels opérant entre l’Afrique subsaharienne et le nord de la Méditerranée.

Le président tunisien a aussi insisté sur le rôle que doivent jouer, selon lui, les organisations internationales et les pays du Nord, appelés à assumer davantage leurs responsabilités.

Des critiques en Tunisie sur l’orientation de cet échange

Cet entretien n’a pas laissé indifférents certains observateurs tunisiens. Plusieurs réactions ont émergé, notamment autour de la place prise par la question migratoire.

Pour Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien des droits économiques et sociaux, il n’y a « rien de nouveau dans cette ligne politique si ce n’est que les autorités tunisiennes veulent renouveler des soutiens financiers similaires à l’enveloppe de 150 millions d’euros débloquée en 2023 lors d’un mémorandum d’entente avec l’Union européenne ». Le militant déplore surtout « un échange consacré à la sécurité des frontières et non pas au respect de l’État de droit dans le pays ».

Tunis veut revoir ses relations avec l’Union européenne

Au cours de la conversation, Kaïs Saïed a aussi évoqué les relations entre la Tunisie et l’Union européenne. Il a plaidé pour une révision de l’accord de partenariat, qu’il souhaite « plus équilibré, plus juste et plus équitable ».

La question des fonds détournés remise sur la table

Autre sujet abordé : la restitution des avoirs spoliés sous Zine El Abidine Ben Ali. Kaïs Saïed a réaffirmé la volonté de la Tunisie de récupérer ces fonds, qu’il présente comme un droit légitime du peuple tunisien. Selon lui, cette question ne peut ni se prescrire ni rester prisonnière de procédures judiciaires longues et inefficaces. Le président tunisien a ainsi rappelé que ce dossier demeure une priorité politique et symbolique pour son pays.

La Palestine et l’ordre international également évoqués

Les deux chefs d’État ont aussi échangé sur la situation internationale, en particulier sur la guerre au Moyen-Orient. Kaïs Saïed a insisté sur la nécessité de mettre fin aux souffrances du peuple palestinien. Plus largement, les deux présidents ont évoqué les limites de l’ordre international né après la Seconde Guerre mondiale, appelant à réfléchir à un nouvel équilibre fondé sur davantage de justice et de liberté.

Le chef de l'Etat tunisien a même évoqué l’idée d’une « nouvelle philosophie des Lumières », dans un monde qu’il juge engagé dans une phase de mutation profonde.