Le drame de Boumerdès livre ses premiers secrets !

Les premiers résultats de l’enquête sur l’accident d’autobus survenu le 31 juillet sur la RN24 en Algérie révèlent une accumulation de graves anomalies. Selon le parquet, le conducteur avait consommé plusieurs substances stupéfiantes, le véhicule transportait treize personnes de trop et roulait à plus de 121 km/h dans une zone limitée à 60. Le dernier bilan fait état de 28 morts et 36 blessés.

Publié : 18h42 par La Rédaction

Accident Boumerdes
Crédit : D.R

Le drame ne se résume plus à une simple perte de contrôle. Deux jours après l’accident qui a endeuillé la wilaya de Boumerdès en Algérie, les premiers éléments judiciaires dessinent un scénario marqué par la vitesse, la surcharge et la consommation de stupéfiants.

Le procureur de la République près le tribunal de Boumerdès a rendu publiques, dimanche 2 août, les premières conclusions des investigations ouvertes après le renversement d’un autobus sur la RN24, entre Boumerdès et Zemmouri. Le véhicule avait quitté la chaussée avant de basculer dans un ravin vendredi 31 juillet.

Les bilans ont évolué au fil des opérations de secours et des communications officielles. La Protection civile avait annoncé, dans la soirée du vendredi, 27 morts et 42 blessés. Le dernier bilan communiqué dimanche fait désormais état de 28 personnes décédées et de 36 blessés. 

Le conducteur sous l’emprise de plusieurs substances

Les analyses biologiques pratiquées dans le cadre de l’enquête ont révélé que le conducteur, décédé dans l’accident à l’âge de 33 ans, avait pris plusieurs substances stupéfiantes.

Deux comprimés psychotropes ont également été découverts dans ses vêtements. Leur nature exacte et leur éventuel lien avec les produits détectés par les analyses devront être précisés par la suite de l’enquête.

Une vitesse de 121,63 km/h dans une descente

Les données techniques recueillies par les enquêteurs montrent que l’autobus circulait à 121,63 km/h au moment des faits. Le véhicule se trouvait alors dans une portion descendante où la vitesse était limitée à 60 km/h.

L’autobus roulait donc plus de deux fois plus vite que la limite autorisée, avec un dépassement de 61,63 km/h. Cet élément renforce les interrogations sur les conditions dans lesquelles le conducteur abordait cette partie de la RN24.

Le véhicule, qui transportait des voyageurs en provenance de la wilaya de Sétif, a dévié de sa trajectoire avant de se renverser et de tomber dans un ravin au niveau de la région d’El-Karma, dans la commune de Boumerdès. Les secours avaient été mobilisés dès la matinée du 31 juillet pour évacuer les victimes vers les établissements hospitaliers.

Treize personnes de plus que la capacité autorisée

L’enquête a également mis en évidence une importante surcharge. Au total, 64 personnes se trouvaient à bord de l’autobus alors que celui-ci ne pouvait légalement en transporter que 51, conducteur compris.

Le véhicule comptait ainsi treize occupants au-delà de sa capacité maximale. Les enquêteurs devront notamment établir dans quelles conditions ce dépassement a été rendu possible et si d’autres personnes, en dehors du conducteur décédé, peuvent être tenues pour responsables.

Une enquête approfondie confiée à la Gendarmerie nationale

Le parquet a demandé la poursuite des investigations par les services de la Gendarmerie nationale. Leur mission sera de reconstituer précisément le trajet de l’autobus, d’examiner son état technique et d’établir l’ensemble des responsabilités.

Les conditions de chargement du véhicule, son entretien, son exploitation ainsi que les éventuels contrôles réalisés avant le départ devront être examinés. Les enquêteurs devront aussi déterminer si des défaillances humaines, techniques ou organisationnelles ont contribué au lourd bilan.

Les autorités judiciaires affirment que les mesures prévues par la loi seront prises contre toute personne dont la responsabilité serait établie. Le parquet s’est également engagé à informer l’opinion publique des développements de l’enquête.

Trois jours de deuil national

Face à l’ampleur de la catastrophe, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décrété trois jours de deuil national en Algérie. 

Le chef de l’État a également promis une réponse judiciaire ferme à l’issue des investigations. Il a assuré que les personnes reconnues responsables seraient poursuivies, dans un contexte où les accidents impliquant des transports collectifs suscitent une inquiétude croissante au sein de la population. 

Les victimes ont commencé à être inhumées samedi. Des membres du gouvernement et des représentants des autorités locales ont participé aux cérémonies, alors que de nombreuses familles restent au chevet des blessés.

Une vague de solidarité internationale

La tragédie a suscité de nombreuses réactions à l’étranger. Plusieurs pays ont adressé leurs condoléances au gouvernement et au peuple algériens, tout en exprimant leur solidarité avec les familles touchées.

L’Arabie saoudite a fait part de sa compassion à l’Algérie et souhaité un rétablissement rapide aux blessés. Le Qatar a également présenté ses condoléances, assurant les autorités et la population algériennes de son soutien dans cette épreuve.

La Somalie et la Turquie ont exprimé leur profonde tristesse face aux pertes humaines. Les deux pays ont adressé leurs pensées aux proches des victimes ainsi qu’à l’ensemble du peuple algérien.

Les ambassades des États-Unis, d’Allemagne, de Chine, de Belgique, de Pologne et d’Azerbaïdjan ont, elles aussi, publié des messages de soutien. Leurs représentations diplomatiques ont rendu hommage aux personnes décédées et formulé des vœux de guérison pour les blessés.